Archive des articles "Rencontre avec des êtres extraordinaires"

Il est de ces gens dont la rencontre vous ébranle. Par leur volonté et leur intelligence de l'autre. Par leur façon de voir la vie et de la vivre. Par leur engagement dans notre société.

Vous vous sentez grandis de les avoir approchés, regardés ou entendus. Leurs engagements sont pourtant modestes. Ils passent souvent même inaperçus. Ces êtres sont presque anonymes, mais uniquement pour ceux qui sont loin d'eux.
Nous avons voulu leur rendre hommage. Vous les faire rencontrer.

Sommaire
C'était ce que je voulais faire de ma vie

Comme son papa l'a fait lors de la cérémonie au Père Lachaise, j'ai choisi pour la Rencontre de laisser parler Alice. Et de vous donner à lire la lettre de motivation qu'elle a rédigée en vue d’intégrer l’École Supérieure de Cuisine Ferrandi.
Elle est datée du 17 mars et devait être remise en mains propres au directeur de l’école le 22 mars. Ce sont ses mots à elle qui la définissent bien.

Je l'ai recopiée à l'identique et y ai inséré des photos d'Alice en cuisine.

 

Numéro 11 Été 2010

Un Don Quichotte aux yeux bleus

C'est Stéphanie Max qui nous accueille à la Maison de la Photographie et commence à tout nous expliquer. Dans ce lieu, nous n'avons pas été accueillies comme des visiteurs mais comme des hôtes. Il y règne une telle qualité de respect et d'écoute que la découverte de ce patio plein de sérénité et de fraîcheur est une invitation à aller plus loin.
Nous commençons à déambuler à notre rythme dans les salles du rez-de chaussée et là nous sommes accueilles cette fois-ci par Patrick Manac'h. Il se dégage de lui une vraie lumière, et un charme naturel mêlant écoute, douceur et érudition. Il commence à nous parler de certaines oeuvres et nous entraîne dans leurs histoires fabuleuses.

En comprenant que Patrick est à l'initiative de ce lieu, tout fait sens : il a su insuffler de son idéal dans ce projet : on sent l'équipe unie, épanouie et joyeuse, le lieu magique. Qui est-il donc ?

Numéro 10 Hiver 2010

Le son des Choses

Cette fois-ci la rencontre va nous plonger dans l’univers de la musique. De son universalité. Et de son intériorité.

C'est Francis qui m'a fait découvrir Yuko Hirota : "vous verrez, m'a-t-il dit, c'est un ange...".

Numéro 9 Automne 2009

Un toit pour le Sahel

Thomas Granier est un maçon aux semelles de vent. À toujours parcourir le monde. Jusqu'au jour où il s'est arrêté en Afrique, au Burkina-Faso, pour peut-être donner un sens à sa vie. Avec Séri Youlou, un agriculteur local qui deviendra son beau-frère, il va adapter au Sahel une technique sumérienne vieille de 3500 ans.....

Numéro 8 Printemps 2009

Une tête blonde parmi les cornes

Cela faisait longtemps que j'avais eu envie de la rencontrer. Depuis que Francis son mari m'avait parlé d'elle et de cette vie qu'elle s'est choisie à 39 ans.
J'ai préféré un moment de l'année où c'est presque tranquille, où il y a beaucoup moins à faire. Juste avant que les femelles de son troupeau mettent bas. Laurence Nory est chèvrière.

Numéro 7 Hiver 2009

Le sculpteur de temps

Depuis 20 ans, Jacques Servières donne vie et surtout donne corps au Jardin de sculpture. Dans le vallon de Chessy-en-Brie, son unique atelier est un pré qui devient un chemin qui longe les bords de Marne.

Numéro 6 Printemps-Été 2008

Le dernier des guérisseurs

Avant de découvrir le personnage, j'ai été interpellée par son activité : Avenue Parmentier dans le 11ème, une petite boutique toute jaune. Pleine de baigneurs, et aussi pleines de bras, de jambes, de têtes. En celluloïd.

Numéro 5 Hiver 2008

Mélanie, ma fille, a rencontré Rajneet, une petite indienne de 13 ans, lors de sa colonie d'été dans les Pyrénées organisée par la Mairie de Paris.

Elle m'en a parlé à son retour, un peu bluffée par cette fille de son âge et son histoire déjà incroyable.

Mélanie l'a ensuite reconnue dans le film pour les sans papiers "Laissez-les grandir ici" diffusé en avant-première au festival du film en plein air de la Villette.

Nous avons eu envie de la retrouver et vous la présenter.

Rajneet nous a reçues avec sa famille dans leur trop petite chambre d'hôtel avenue de Clichy. Nous avons aussi rencontré sa grande soeur, Lovepreet.

 

Numéro 4 Automne 2007

Miroir d'un autre monde

C'est l'été dernier à la Bibliothèque de Pantin que j'ai rencontré Michel de Mota.
Il était en train de finaliser l'accrochage de son exposition. Ou plutôt de leur exposition. Des oeuvres à vous couper le souffle.

Michel, pourtant débordé par les préparatifs, a pris le temps de tout m'expliquer : les oeuvres, leurs auteurs, son rôle.

J'ai eu envie d'en savoir plus et d'aller les voir sur leur lieu de travall.

Numéro 3 Été 2007

Les Tarahumara (ou Raramuri)

Ils sont tellement loin de nous. Par la géographie mais aussi par presque tout ce qui les concerne et les entoure. Ils n'ont a priori rien mais ils sont peut-être plus riches que nous.
Riches de ce que nous ne savons plus toujours voir ou comprendre. Ou apprécier. Ou entendre.
Isabel est en licence d'Ethnologie à l'Ecole Nationale d'Anthropologie et d'Histoire de Mexico. Elle a eu la chance dans le cadre de ses études de vivre une semaine avec une famille de l'éthnie Tarahumara ou Raramuri (les Hommes aux pieds légers), dans l'Etat de Chihuahua au nord ouest du Mexique. Elle nous fait partager cette formidable expérience.

Numéro 2 Printemps 2007

Couleur, piment et sourire dans l'assiette de l'hôpital

Sarah est notre première invitée.

Numéro 1 Hiver 2006

Rencontre avec des êtres extraordinaires
C'était ce que je voulais faire de ma vie

 

Au concours des Chefs

 

 

Objet : Lettre de motivation

 

 

Madame, Monsieur,

Depuis de nombreuses années, je sais que je veux être chef, et je m'y prépare. Je pratique beaucoup, cuisine et pâtisserie, refais ce que j'ai appris à l'école, créé. Mais j'organise aussi des dîners et je tiens un carnet de recettes inventées, glanées, testées ou à essayer.

 

 

La cuisine est aussi pour Alice un cadeau pour ceux qu'elle aime

 

 

Après mon Bac, j'ai fait une année de prépa culinaire à Ferrandi, avec le Chef Chanroux. Elle a été un véritable tremplin pour moi : en me faisant découvrir les bases professionnelles, elle m'a confortée une fois de plus dans l'idée que c'était ce que je voulais faire de ma vie.

 

 

 

 
Tous en toques

 

 

La rigueur, la conscience professionnelle, une très haute exigence, ainsi que la transmission de l'amour du produit, de la plus petite pomme de terre au plus beau carré d'agneau, c'est une toute petite partie des choses que le chef Chanroux m'a apprises au cours de cette année.

 

 

 

 

 

 

Mais je crois que mon premier véritable "choc" fut mon stage au Laurent, de 2 mois et demi. À ma grande surprise, j'ai fait tous les postes : 2 semaines de garde-manger, 1 merveilleuse semaine de boucherie (en pleine saison du gibier !), 3 semaines à la sauce au poste des cuissons seule avec le chef de partie, 3 semaines au poisson, cuisson et garniture, et 2 semaines en pâtisserie. Ce fut très dur, mais je réalise après-coup que j'ai "enregistré" cette rigueur quasi militaire, à tous niveaux.

 

 

 

 

 

Je suis cette année en connexe* pâtisserie. J'ai fait cette année pour compléter ma formation de cuisine, car j'aime autant les deux aspects de ce métier, et je voulais à la fois apprendre les vraies bases de la pâtisserie, et faire une année en alternance, pour "connaître" mieux le milieu professionnel, et toute l'attitude qui va avec.

Aujourd'hui je suis consciente de la difficulté de ce métier. Difficulté autant physique que mentale : j'ai appris qu'en cuisine, la confiance et le respect se gagnent par le travail, et c'est d'autant plus valable quand on est une fille... Je pense que ma force et ma détermination alliées à ma passion et ma créativité ainsi qu'un bon niveau en langues et matières générales sont mes meilleurs atouts pour ce métier.

 

Ces deux années m'ont apporté énormément et je pense être prête pour la formation Sup Restaurateur. Cette formation colle parfaitement avec mon projet de posséder mon affaire, et me permettra d'exercer ma créativité tout en recevant une formation technique précise.

 

                                               Alice MOMUS

 

Alice et Xavier

 

* Connexe pâtisserie : CAP en un an après un CAP de cuisine ou de boulangerie

 

Rencontre avec des êtres extraordinaires
Un Don Quichotte aux yeux bleus

 

Avant de vous reparler de ce Don Quichotte aux yeux bleus, je vous laisse pénétrer dans la Maison de la Photographie et découvrir certaines oeuvres.

C'est un ancien foundouk (lieu où se regroupent plusieurs ateliers d'artisans) de trois étages, entièrement rénové dans la pure tradition architecturale marocaine. Il a fallu de longs mois de travaux pour donner à la Maison l'aspect qu'elle a aujourd'hui.

 

 

 
 
Le patio central où sont exposés les grands tirages
 
 
 
 
 
 
 
 
Aymée et les salles autour du patio
 
 
 
 
 
 
La collection du musée est constituée de photographies couvrant les périodes allant des années 1870 à 1950.
 
Dans la première salle sont exposées les premières photographies de la collection, dont une de Tanger, photographiée en 1862. Elles s’inscrivent dans l’histoire des premiers outils photographiques. 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Les premiers photographes, pour la plupart britanniques, s’installèrent au Nord, à Tanger, et à Tétouan.
Cette approche se poursuit dans la deuxième salle du rez-de-chaussée, où la couleur prend ses marques à travers quelques autochromes. Le photographe Adolf de Meyer est représenté ici à travers deux portraits au charbon, déposé sur le délicat papier Japon.
Une troisième salle, consacrée aux plaques de verre, s’attache à expliquer ce médium.




 
 
 
 
 
 

L’accès au premier étage est, avant l’ascension des escaliers, l’opportunité de s’arrêter sur des documents cartographiques et photographiques renseignant sur la représentation de la ville de Marrakech, à différentes périodes, notamment à travers deux importantes gravures de Dapper.

Le « Désir du Maroc », titre choisit pour la salle cinq, se réfère à l’exposition de l’Hôtel Sully, à Paris, en 1999-2000. Les photographies présentes soulignent un Maroc photographié sous l’angle mythique et fantasmé.
 

 

 

 
 
 
Reflet d'une fenêtre en verre coloré sur une de mes photographies préférées
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
À gauche, la salle de projection.
À droite, vue de la terrasse où l'on peut boire un thé ou si,
comme nous vous avez de la chance, dîner et être servis par Mahjoub,
enjoué et volubile
.
 
 
 

Une salle de projection diffuse les films de Daniel Chicault, réalisés en 16 mm couleur lors d’une expédition de trois mois dans le Haut-Atlas au printemps 1957. Témoignage ethnologique exceptionnel, une partie importante est consacrée à la tribu Seksaoua et aux danseurs Tiskiouines. Le cinéaste accompagne la caravane muletière du Caïd qui se rend pour la première fois dans sa tribu. Puis, une autre partie est consacrée à la Tribu Mgouna, établie sur le versant Sud du Haut-Atlas. Quelques photographies, tirées de ses films, sont présentées dans cette même salle.
Tous les vendredis soir, un des films de Daniel Chicault est projeté dans le patio.

 

À l'origine de la Maison de la Photographie, il y a deux hommes, ou plutôt leur amitié. C'est en cherchant à donner du sens à long terme à l'affection qui a organisé sa relation avec Hamid Mergani que Patrick Manac'h a voulu l'incarner. "Réaliser une oeuvre commune, comme tout couple tente de le faire, par un enfant, l'art, ..." Car comme le souligne Patrick, des relations sans projet commun s’étiolent inexorablement.
 

 

 

 

 

Patrich Manac'h (photo prise par une Anglaise de passage)

 

 

 

 

 

Patrick Manac'h, Hamid Mergani et son épouse Sarah

 

 

 

"Donc, la Maison de la photographie, tout comme l'Écomusée berbère de la vallée de l'Ourika, sont les jalons de la construction relationnelle : avec le savoir, avec l'esthétique, avec l'Autre.
Les visiteurs ici viennent pour voir, regarder, garder, connaître. Or, connaître, c'est naître avec", m'explique Patrick.

"De plus, il y avait à l'origine de ce projet un défi qui a ses origines dans la culture classique : inviter une Muse, lui consacrer un lieu. En terre africaine, cela est assez gracieux !"

 

La collection qui comprend un fonds de 3500 photographies originales a été rassemblée pendant de nombreuses années, photographie par photographie, avec patience et beaucoup de sacrifices, sans aide ni reçue ni réclamée.

   

Avec générosité, Patrick m'a confié 4 tirages extraits de la collection pour illustrer cet article.
Je vous laisse les découvrir. 

 

 

 

 

 
 
 Macleod, Musiciens du sous, 1870
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Garaud, l'école de broderie indigène à Mazagan, vers 1920
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 Anonyme, le photographe et sa compagne, vers 1930
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
Daniel Chicault, versant sud, mai 1957

 

 

 

Patrick dit lui-même qu'il y a du Don Quichotte à faire vivre une telle structure par les seules entrées et les ventes de tirages photos.

 

 

 



Les préparatifs de la boutique (novembre 2009)

 

 

La Maison de la Photographie réunit amour et amitié, amour de l’Autre et du partage, amour pour cette ambition de montrer ce patrimoine privé si riche, et qu’il devienne public.

 

Souhaitons-lui bon vent !

Pour en savoir plus sur la Maison de la Photographie de Marrakech : www.ecomuseeberbere.com

 

Rencontre avec des êtres extraordinaires
Le son des Choses

 
Thé japonais dans la jolie théière créée par un de ses amis potiers
 

 

Yuko Hirota est japonaise. Menue. Affable et tout en sourire.

Son grand-père paternel était l'un des premiers facteurs de piano au Japon. Ses deux grand-mères étaient liées au chant traditionnel, l’une chantait le Ko-uta (Petit chant), l’autre était professeur de Naga-Uta (chant long du théâtre Kabuki chanté en s’accompagnant du Shamisen).

Yuko étudie le piano dès l’âge de 3 ans. Et remporte plusieurs grands prix. Elle décide de parfaire sa formation en venant en Europe.
Elle va trouver auprès du regretté Louis Hiltbrand, compositeur et professeur de piano de la Classe de virtuosité du Conservatoire de Genève, un véritable maître spirituel. Hiltbrand cherchait sans cesse la Vérité et la voix intérieure.

« La voix intérieure, c’est comme le sens et la valeur de ce qu’on ressent, quand cela résonne en soi. Il faut que cela résonne. Sans cette intensité, cette profondeur, cet écho, il n'y a pas de Musique, mais seulement des sons - et même pas des sons, des bruits ! Cette écoute est ce qui fait naître la Musique ».

 
 
 
 


 
Histoire d'ogre - Conte sans paroles de Yuko
   

 

C'est cette extraordinaire qualité d'écoute qui permit à Hiltbrand de rendre sensible l'âme du Japon dans une de ses œuvres qu’il composa suite à un séjour au Japon qui l’a profondément marqué.

Ses compositions ont boulversé Yuko et l’ont révélé à sa japonité.
Elle suivra l'enseignement de Hiltbrand pendant quatre ans et demi.

Mais pour se lancer dans la composition, elle a besoin de faire une deuxième rencontre majeure, celle du grand psychanalyste jungien Elie G. Humbert qui va la pousser à aller au bout de son « chemin ». 

Elle compose pour le piano.
Cependant pour Yuko la musique ne se limite pas à celle jouée avec les instruments classiques.
La musique peut être partout.

Le bruit se fait son, quand le bruissement d’une caisse de pois secs devient un orage ; quand ce n'est plus un vieil emballage de plastique que l’on entend, mais la vague sur la grève…
Elle accueille comme un cadeau du ciel ces sons faits par des objets qui ne sont pas construits pour être des instruments de musique. Pour elle ce n’est pas un hasard : c’est l’âme sonore des choses.

Elle compose donc pour "les Choses". Beaucoup pour les pots de fleurs en terre.
 
 
 
 
 
 
A droite, chez elle, le piano - à gauche, concert "Le Son des Choses"
 
 
 
 

Yuko veut faire partager cette expérience et en 1988 elle fonde un atelier de recherche d’expression sonore et d’improvisation : le Son des Choses.

Le Son des Choses permet à tous de pouvoir s'exprimer, dialoguer, jouer de la musique sans solfège ni technique instrumentale précise. On joue un monologue pour écouter sa musique intérieure. On joue un dialogue avec l'autre, pour la joie de jouer et de s'écouter.

Ces ateliers sont programmés dans plusieurs lieux mais surtout dans la yourte de Lunain.

Et Yuko a encore bien d’autres rêves qu’elle souhaite faire partager. Parmi eux, celui d’un Centre culturel mêlant création, tradition et éducation. Il s'appelera Piano no ki (l’arbre à piano en japonais).

Il ressemblera à 3 manguiers côte à côte : c’est Satoru Nakamura son ami architecte qui l’a vu ainsi.

 

 

La Yourte de Lunain où Yuko organise des concerts, des lectures de conte ou des soirées japonaises.

 

 

Pour en savoir plus sur Yuko Hirota et ses prestations : http://pianonoki.free.fr

 

Rencontre avec des êtres extraordinaires
Un toit pour le Sahel

 

 

Séri Youlou et Thomas Granier
 
 
 
 
 
 
Thomas avec Siméon son fils et Sita, sa femme

 


 

 

 

Quand on écoute Thomas nous raconter son projet, on se dit que c'est tellement simple, tellement efficace et tellement génial qu'on ne comprend pas tout à fait pourquoi le système ne se propage pas à la vitesse du feu dans la brousse.

 

Le voici résumé en 5 idées.

 

 

 

1ère idée : un système d'architecture adapté aux nouvelles conditions économiques et démographiques de l'Afrique sahélienne

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 


 

 

La voûte nubienne est une technique africaine de construction de toits en terre qui n'utilise ni bois, devenu rare, ni tôles (chères car importées et totalement inadaptées : brûlantes le jour, glaciales la nuit) qui obligent les populations à une architecture les enfermant dans un cercle vicieux de pauvreté. Utiliser un système simple et économe des ressources naturelles est d'autant plus nécessaire que la région est victime d'une démographie galopante (le Sahel devant doubler sa population d'ici à 2020, atteignant plus de 100 millions d'habitants).

 

 

 

 


 

 

 

Les voûtes nubiennes sont fraîches, bien isolées, faciles à construire, composées de matériaux disponibles à portée de main et bon marché. Elles sont aussi utilisées comme greniers pour les oignons, les mangues, le mil ou le coton, dont le Burkina est le premier producteur africain. Séché et stocké là, le coton y perd moins de poids.

Et pourtant ce système n'a pas séduit tout de suite la population, sceptique au départ. "Les gens ne nous croyaient pas. Ils pensaient que tout allait s'écrouler, ils se moquaient de nous", raconte Séri Youlou.

 

 

 

2ème idée : simplifier le système de construction pour qu'il puisse être appris par tous

 

 

 

 

 


 

 

 

La voûte nubienne initiale en ogive, Thomas Granier l'a transformée en une forme plein cintre, beaucoup plus simple à réaliser pour des maçons formés sur le tas et censés transmettre aisément leurs acquis.

 

 

 

 

 


 

 

Pour en faciliter la construction, ce maçon de métier a inventé le principe d'un câble, qui remplace le cordeau, mais à trois dimensions. Ce câble sert de repère au maçon pour dessiner sa voûte. L'usage en est fort simple et le coût très modeste (2 euros). Si la longueur est variable, la largeur ne peut excéder 3,25 m, mais le nombre des voûtes peut être multiplié à volonté. Un avantage important pour des populations pauvres qui peuvent ainsi agrandir leurs maisons dès que leur revenu le leur permet.

 

 

 

 

 


 

 

 

3ème idée :  concevoir un modèle de développement soci-économique pérenne

 

 

 

 

 

 

 

 

Thomas et Séri Youlou créent en 2000 l'Association Voûte Nubienne (AVN). L'objectif de l'association est de former des maçons à la construction des voûtes nubiennes (il faut entre 2 mois et ... jamais pour apprendre la technique). Et par cooptation les maçons formés enseignent à leur tour cette technique aux travailleurs qu'ils embauchent. La formation se fait sur le chantier directement.

 

 

 

 

 

 
 
 
 


 

 

80% d'entre eux sont des paysans, qui continuent de travailler leurs terres pendant la saison des pluies (saison où l'activité de construction s'arrête). Se former à la maçonnerie leur permet de diversifier leurs activités et d'accroître leurs revenus.

Le système est souple aussi pour les négociations. Les maçons fixent eux-même leur prix. Et le client décide de participer ou non à la construction pour limiter les frais (il pourra s'occuper de la fabrication des briques). Il y a parfois du troc dans la négociation.
 

La construction des voûtes créé un véritable marché local avec uniquement les ressources locales (main d'oeuvre et matières premières). 

 

 

 

 

 


 

 

 


4ème idée : rendre le système autonome

 

L'objectif de l'association est d'amorcer le marché de la Voûte Nubienne (générer et dynamiser l’offre et la demande) jusqu’à un seuil de 5% de la population sahélienne. Une fois ce seuil atteint, la technique aura un ancrage populaire suffisant pour permettre l’autonomie totale de la vulgarisation : l’offre sera suffisamment organisée et la population suffisamment informée pour assurer en autonomie la diffusion pérenne du concept architectural VN. 

Après le Burkina, c'est au Mali, au Sénégal, au Niger, au Togo, en Guinée et au Ghana que l'association a  continué à étendre son action.

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 

 



 
 

 

 

5ème idée : changer d'échelle

 

L'objectif de 100 000 toits pour le Sahel est encore loin mais les 900 vont être atteints à la fin de la saison et le rythme de construction est plus qu'encourageant.
Autres chiffres très positifs : il y a 150 maçons formés et 200 en formation (le ratio est passé à 0,7 maçon formé par maçon). 

Passée en quelques mois du monde des ONG à celui de l'entrepreunariat social, l'association se professionnalise. Thomas et son équipe ont su séduire les grandes Fondations (Hermès, Veolia).

Ils ont aussi commencé à vendre leur savoir-faire. Maintenant ils aimeraient arriver à développer le nombre des investisseurs sociaux (investissement à partir de 5 euros par mois). 

 

Le frein principal est peut-être que le marché est très pauvre. Parmi les plus pauvres du monde. Et que dans ces régions la notion du temps est différente. On peut mettre des années avant de se décider à construire une maison. 

C'est aussi pour ces raisons que l'AVN a des projets publics (écoles, mosquées, etc.) et dans les villes (on peut construire en étage sans coffrage en béton). 

 

 

 

 

 


 

 

Si vous voulez en savoir plus sur l'Association Voûte Nubienne : www.lavoutenubienne.org

 

Crédits photos (hors photos de Thomas Granier et sa famille) :  Jack Souvant, Peeyush Sekhsaria, Rachel Ford, Seri Youlou, Antoine Horellou, Gaelle Bois-Soulier et Laure Cornet

 

Rencontre avec des êtres extraordinaires
Une tête blonde parmi les cornes

 


 
Dans la maison suèdoise tout en bois, bien au chaud autour d'un café.
La boîte en fer blanc pour le sucre
.

 

 

La mise bas va commencer dans neuf jours. Laurence le sait car elle connaît son troupeau.Et le suit de très près. Avec amour et dévotion. Et beaucoup d'écoute et d'intuition. En attendant donc c'est presque une vie normale ! 

 



 
Avec le troupeau de race poitevine

 

 

 

Le troupeau compte 28 chèvres et un bouc. Sans parler de celui qui va le remplacer et qui est pour l'instant en quarantaine. 

Car Laurence n'a pas choisi la facilité. Son troupeau est de race poitevine, une race ancienne qu'elle essaie avec quelques uns en France de relever. Il faut donc changer de bouc régulièrement pour éviter la consanguinité. Et comme il n'y a plus que 2000 têtes de cette race ce n'est pas tâche aisée d'en trouver des purs.

Aussi elle ne les écorne pas car elle estime que cela leur change le caractère. Par contre cela demande plus de vigilance car un coup de corne peut être fatal.

 

 


 
À midi, distribution de foin

 

 

Et elle les nourrit bien : au foin et en complément un mélange d'orge et de pois biologiques. C'est meilleur mais cela coûte plus cher. Car elles mangent les chèvres : 3 à 4 kg de foin par jour et 3 fois 200 gr de complément. Pour 3 à 4 litres de lait (contre 6 litres pour la race des alpines). Le foin c'est le sien, mais l'an dernier à cause des pluies elle n'a pas pu tout le rentrer et a dû en acheter. Des frais supplémentaires qui n'étaient pas prévus.

Elle a des projets de semer des herbes médicinales pour que les chèvres puissent s'automédiquer. Elle les a vu faire quand elle apprenait le métier aurpès d'une autre chèvrière. Les chèvres, comme les grands singes notamment, savent trouver les plantes qui leur faut quand elles sont malades. Encore faut-il qu'elles soient en liberté pour les chercher !





 
À droite, l'endroit de la traite 
 
 
 

Le troupeau devrait passer à 45 têtes. Et Laurence ne sait pas encore comment elle va arriver à tout gérer. Avec 45 elle devrait s'en sortir mieux financièrement. Par contre plus de chèvres à traire, et plus de lait produit cela implique des nouveaux investissements. 20 000 euros. Que le banquier a refusé de lui prêter. Les banques ne sont pas compréhensives, ni les services sanitaires d'ailleurs. Depuis le début elle se bat pour maintenir son activité mais rien n'est acquis. 

45 têtes c'est aussi le double de travail. Car en plus de s'occuper du troupeau Laurence fait ses fromages qu'elle vend sur les marchés des environs et par le canal des AMAP*. Pour les AMAP elle s'engage à livrer 5 € de fromage par semaine et par panier. Mais cela implique de s'occuper aussi des livraisons et comme elle est loin de tout (à 20 km de Nemours) c'est beaucoup de temps de perdu.






 
Moule à crottin (on le remplit de lait + une louche pour obtenir un seul petit crottin )
- La gamme des prix : de 1,50 à 5 euros - Les récompenses 

 

 

 

Au bout de quatre ans d'exercice, le travail est toujours aussi dur, les journées aussi longues (la traite étant à 6h30, les jours de marché le lever est à 4h30...) et on ne part pas en vacances. Mais les récompenses sont arrivées.

Le troupeau va bien : elle n'a plus de chèvres malades comme les 2 premières années. Et elle a remporté 4 prix (dont 2 Médailles d'or) au Concours de chèvres fermiers 2008 d'ïle de France. Un exploit pour une toute nouvelle dans le métier.

Laurence va bientôt pouvoir traire à nouveau et refaire ses fromages. Nous les attendons avec gourmandise !

 

 

 

 
Laurence au milieu de son troupeau

 

 

AH ! J'avais oublié de vous signaler qu'elle a appelé sa chèvrerie Missacapri. Car quand ses chèvres bêlent de concert, on dirait une messe, une vraie communion.

 

 

* Une AMAP est une Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne ayant pour objectif de préserver l'existence et la continuité des fermes de proximité dans une logique d’agriculture durable, c'est-à-dire une agriculture paysanne, socialement équitable et écologiquement saine, de permettre à des consommateurs d’acheter à un prix juste des produits d’alimentation de qualité de leur choix, en étant informés de leur origine et de la façon dont ils ont été produits, et de participer activement à la sauvegarde et au développement de l’activité agricole locale dans le respect d’un développement durable.

Elle réunit un groupe de consommateurs et un agriculteur de proximité autour d’un contrat dans lequel chaque consommateur achète en début de saison une part de la production qui lui est livrée périodiquement à un coût constant. Le producteur s’engage à fournir des produits de qualité dans le respect de la charte des AMAP.

Rencontre avec des êtres extraordinaires
Le sculpteur de temps

 
 
 

 

 

Pour aller à sa rencontre on peut prendre l'autoroute, mais je vous conseille de prendre votre temps. Gare de l'Est on prend un train pour Lagny-sur-Oise. Et ensuite on longe les bords de Marne en remontant le courant. 40 mn nous avait-on dit. En fait il faut compter beaucoup plus (je n'y reprendrai pas mes filles à qui j'avais parlé de 30 mn...). Mais la Marne nous permet de nous préparer à la découverte. On se sent très loin de la ville et du bruit.

Et au détour d'une forêt le Jardin jaillit. Tout tranquille. Des sculptures en calcaire d'assez grande taille. Faites avec des pierres de récupération. Au départ avec celles de l'ancien acqueduc de la Dhuys (bombardé en 1939) qui est juste à côté. Maintenant avec celles du tablier du Pont Neuf qui vient dêtre restauré. La pierre qui n'est pas de récupération est beaucoup trop chère (1000 le m3 sans compter le transport. Sachant qu'il faut 3 à 4 m3 pour une sculpture). Et elle n'a pas déjà une histoire.

 
 

 
 
 

Si on s'avance au bout du chemin on aperçoit Jacques Servières dans son bleu de travail, assis dans son pliant, de dos et face à la sculpture qu'il a en chantier.

Aujourd'hui il ne sculpte pas. Il peint. Des esquisses pour ses prochaines oeuvres. En sirontant du thé de son thermos.

Nous allons dans la salle de réunion : deux troncs d'arbres creusés et couchés l'un en face de l'autre.

Jacques Servières nous raconte son Jardin. Sa sculpture.
Il dit que la sculpture cela ne s'apprend pas, ce n'est pas un art savant. On devient sculpteur au fur et à mesure de ses rencontres et de son propre cheminement. c'est un médium si on a quelque chose à dire.

 

 

 

 
Une partie des photos a été prise par Aymée Nakasato (12 ans)
 
 
 

C'est un art difficile, très physique, qui demande de la force. C'est aussi difficile parce qu'on est toujours face à un dilemme : il faut faire des choix (on garde ou on enlève) et il ne faut pas hésiter à rentrer dans la matière. Comme la vie en fait.
La sculpture est l'expression de l'être intérieur.

 

Il sculpte été comme hiver, les mercredis, samedis et dimanches. Deux sculptures par an. Il y en a une quarantaine maintenant, les dernières de plus en plus épurées et toutes en courbes. Immédiates.

Et chaque nouvelle sculpture est placée un peu plus en amont de la rivière. Comme s'il voulait insconsciemment remonter le courant pour aller à la source. Par contre quand il regarde toutes ses sculptures, il peut remonter son propre temps et reconnaître dans chacune les événements qui ont jalonné sa construction. Ce sont des repères de sa propre vie, de sa propre histoire.

Jacuqes Servières travaille toujours sur trois pièces en même temps : celle qu'il est en train de faire, celle qu'il est en train de finir et celle qu'il va faire. Il aime aller de l'une à l'autre.

 

Pour en savoir plus : www.jardindesculpture.net
 

Rencontre avec des êtres extraordinaires
Le dernier des guérisseurs

 

 




 

Henry Launay qui fêtera le 24 février ses 81 ans est sur le pied de guerre dès 9 heures. Il me reçoit en réparant un beau baigneur : il y a bien longtemps un enfant lui a enfoncé un oeil. Henry pourra changer la paire d'yeux : en mettre des dormeurs ou des "riboulants". il en a tout un stock.
Un stock unique de pièces détachées qu'il a acquis et qui lui permet de réparer les baigneurs en celluloïd. Depuis qu'on les a retirés de la consommation en 1965 (le celluloïd est un produit inflammable), personne n'en fabrique plus.

 

 

 


 

 

 

Pourtant on en a fabriqué ! Les premiers, ceux de la marque Petit Collin sont apparus en 1912. Avant, dès 1870-1880 il y avait les poupées avec la tête en biscuit (porcelaine cuite deux fois). Puis on a inventé les poupées incassables avec la tête en carton pâte.

 

 

 




 

Quand on lui amène ces poupées, il est pour les clients comme un guérisseur qui redonnerait vie à leur enfant. Avant, un jouet était considéré comme superflu. On faisait un grand sacrifice pour en acquérir un. Pour un enfant malade par exemple. Et il n'en avait qu'un. Ses clients sont pour la plupart âgés. Il en a aussi des plus jeunes (40-50 ans) qui lui amènent leur ours en peluche. Tout râpé.

Henry en fait était électricien. Il y a 44 ans, il a ouvert une petite boutique de réparation d'articles de voyage et de parapluies. Ce sont ses clients du quartier qui ont commencé à lui amener leurs poupées. Il a dû tout apprendre par lui-même. S'inventer des outils. Des techniques de travail.

Et il s'est pris de passion pour ces enfants de celluloïd. Toujours émerveillé des mécanismes sophistiqués comme celui pour imiter les pleurs. Henry aime aussi sa Harley qu'il chevauche à la campagne. Pour le vélo il commence à trouver les côtes un peu raides. A Paris il prend son scooter.

 

 

 

 


Voici les coordonnés du magasin :
114, avenue Parmentier 75011 Paris  -   tél : 01 43 57 09 02

 

Rencontre avec des êtres extraordinaires

 

 





Rajneet a eu 14 ans le 14 octobre. Lovepreet en a presque 16. Leurs parents ont 38 et 41 ans. Ils ont aussi ici un fils de 10 ans (au foot cet après-midi-là).

Ils sont Sikhs, originaires du Penjab en Inde (voir infos en fin d'article). Le père était agriculteur et chauffeur. Pour des raisons politiques, ils ont dû fuir leur pays et sont partis avec quatre valises. Ils sont arrivés en France il y a deux ans, sans famille ni amis ni même leurs passeports. Sans parler la langue non plus. Ils ont demandé l'asile poilitque mais pour l'instant leur demande n'a pas été "écoutée".

 

 

 
Le thé indien chauffé dans le micro-ondes, seul appareil culinaire toléré dans l'hôtel

 

 

 
 
Rajneet nous montre un tour avec une cuillère, Lovepreet sa broderie

 

 

 

A leur arrivée en France Rajneet et Lovepreet parlaient le penjabi, l'indi, l'urdu et l'anglais. Elles parlent maintenant en plus le français et l'allemand pour Rajneet et l'espagnol pour Lovepreet.

Elles ont été quelques mois dans une classe d'intégration. Elles sont prises en charge aussi par tout un réseau de soutien qui leur permet de rattraper leur retard. Brillantes et extrêmement motivées, elles ont rapidement intégré une classe normale et sont toutes les deux premières de leur classe. Elles travaillent dur, jusqu'à tard le soir et font leur devoir sur le grand lit car il n'y a pas la place pour une table ou une chaise. Le matin elles prennent un bus à 7h00 pour aller rejoindre leur collège qui est loin de chez elles. Malgrè toutes les conditions très précaires dans lesquelles vit la famille, elles ont le sourire et ne se plaignent pas, avec déjà des rêves d'avenir bien arrêtés. Lovepreet sera chirurgien. Rajneet ingérieur en Télécoms.

 

 

Tout un groupe d'amis les soutiennent et ont organisé l'anniversaire de Rajneet

 

 

Bonne chance Rajneet et Lovepreet !

 

Infos sur le Penjab (source Wikipédia)

Patrie des Sikhs, le Panjâb - ou Penjab, littéralement l'État des cinq, panch, rivières, âb - est situé au nord-ouest de l'Inde. Le Penjab original a été partagé entre l'Inde et le Pakistan lors de la partition qui a accompagné l'indépendance des deux nations. Le Pakistan possède ainsi une province aussi appelée Penjab.

 

 
 

Rencontre avec des êtres extraordinaires
Miroir d'un autre monde

 
Michel de Mota est instituteur spécialisé à l’IMP (Institut Médico Pédagogique) de Pantin.

L’IMP, fondée et gérée par une association de parents, accueille 72 enfants de 3 à 16 ans, présentant un déficit d’acquisition lié soit à des troubles de la personnalité, soit à une affection biologique ou congénitale à retentissement mental.
L’IMP propose à chacun de ces enfants des soins et une éducation spécialisée, sans rupture avec sa famille (les enfants rentrent chez eux tous les soirs et les week-ends), dans un cadre de vie stimulant afin de lui permettre une meilleure insertion au regard de ses potentialités, en vue de sa future intégration sociale.

Michel, qui peint lui-même, a créé un atelier de peinture dans l’Institut il y a une dizaine d’années. Il est ouvert à cinq enfants du groupe des grands (13-15 ans) qui y participent une fois par semaine, le jeudi.
Il conduit cet atelier avec Nicole, l’infirmière, qui s’intéresse comme lui à la peinture.
 
 
Michel avec J. La restitution. Nicole.

 

 

 

Michel dit que l’expression spontanée de ces enfants est souvent limitée à une représentation stéréotypée. C’est qu’elle est soumise à la répétition de ce qui fait souffrir, elle est la traduction de leur symptôme. Dépasser cette répétition et leur permettre d’accéder au potentiel de richesse qui les habite, tel est le but de cet atelier.
Aussi l’effet de groupe aide à libérer les potentialités.
Il est arrivé que certains enfants qui participent à l’atelier aillent jusqu’à dessiner ou peindre tous les jours : ils ont trouvé dans la peinture un mode d’expression qui leur manquait. Ici chacun peut developper son projet au travers des nombreuses activités proposées (danse, théâtre, musique, modelage, peinture, équitation, piscine, etc.).

La peinture leur permet de parler d’eux. En dessinant, les enfants se découvrent.

 

 

 


Par discrétion, nous ne citerons pas le prénom des enfants et ne donnerons que des initiales.
 
 
 
La séance de ce jeudi 14 juin est un peu différente de d’habitude. Elle sera un peu écourtée. Moins concentrée.
Parce que je suis là et qu’ils ne me connaissent pas. Parce J. attend sa maman qui a un entretien avec la directrice. Parce qu’aussi il y a du bruit : les fenêtres sont ouvertes et les enfants de l’école d’à côté répètent (bruyamment) leur concert de fin d’année.
Parce qu’aussi c’est la fin de l’année et qu’on ne donne plus de consignes.
Mais I., A., J., O. et L. vont quand même, comme tous les jeudis, peindre.
 
 
 
 
Et en fin de séance tous s’assoient et sont invités à s’exprimer sur les travaux qui viennent d’être réalisés, ce qui se fait sans jugement de valeur mais en posant une double interrogation :
Qu’est-ce que cela représente ?
Qu’est-ce que cela m’évoque ?
Dans la mesure du possible, chaque enfant est invité à trouver un titre (un mot, quelques mots ou parfois une phrase) qui puisse résumer ce qu’il a exprimé.

Michel demande à J. : “Où es-tu dans le travail ? Il faut que tu sois dans le travail”.
J. se lève et va se rajouter sur le dessin.
Michel “Tu t’es représenté tout petit, pourquoi ? “J’aime bien”
Michel demande ensuite ce qu’il a voulu représenter. J. raconte une histoire de cache-cache où l’on se perd.
Michel :”Cela finit bien ?” “Pas bien”. “C’est quoi pas bien ?” “C’est dormir toute la vie”
Michel “et il n’y a pas moyen d’éviter cela ? Que pourrait-il se passer pour que cela finisse bien ?"
“Il faudrait que le père vienne les chercher….”
On va ensuite montrer une série d’oeuvres faites tout au long de l’année qui ont été choisies pour faire partie de l’Exposition.
Elle a lieu tous les ans. L’été à la Bibliothèque de Pantin.
Pour Michel c’est dans l’exposition, c’est-à-dire dans la rencontre entre le regard des visiteurs et leur peinture que s’achève véritablement ce travail.
 
 
 
 
 
Merci à Michel pour nous avoir ouvert les portes de son lieu De ce monde.
 
 
 

Rencontre avec des êtres extraordinaires
Les Tarahumara (ou Raramuri)

 

 

 

 

La famille  Susana et Amulfo (25 ans tous les deux et 10 ans de mariage)
et leurs trois enfants Matias,Hilda et Julio.
Leur maison.

 

Les Tarahumara (ou Raramuri) sont un peuple d'agriculteurs. Ils habitent dans des hameaux qui regroupent des maisons (les rancherias) avec les champs de labour attenants.
Ils vivent dans une région montagneuse formée de canyons. Les rudes conditions climatiques (30 à 40° en été, jusqu´à moins 10° en hiver) les ont conduits à vivre sur les hauteurs pendant la saison chaude et pluvieuse pour semer le maïs et à se réfugier dans les Barrancas en hiver où la végétation est tropicale. (La différence de température entre le haut et le bas est approximativement de 10°).

Les Rarámuri cultivent principalement le maïs, mais aussi le haricot noir, un peu de blé et quelques légumes comme les courges ou le piment. Dans les vallées, ils cultivent des fruits et légumes comme la papaye, la banane ou l’avocat.
Le travail des champs se fait collectivement. Tout le monde y participe selon le mode d'organisation appelé la tesgüinada (le tesgüino est une boisson à base de maïs fermenté). La famille qui veut labourer son terrain invite ses voisins pour l'aider et faire la fête.

Les hommes travaillent aux champs (ils n'ont pas d'outils à part les machettes). Certains s’exilent en ville ou parfois y vont pour s'employer comme saisonniers dans la construction ou l'agriculture. Les femmes s'occupent d'aller chercher l'eau, de préparer la nourriture (moudre le maïs sur le metate en pierre volcanique), tisser des paniers et des couvertures pour les vendre, faire de la poterie et coudre leurs vêtements, qui sont entièrement faits à la main (le couteau faisant office de ciseaux). Dans les villes du nord du Mexique on voit des femmes Rarámuri vendre leur artisanat dans la rue, mendier ou se prostituer.
 
L'arrivée du narco trafic est en train de précipiter les boulversements de leur fragile équilibre : les cultures du pavot et de la marihuana se subtituent à celle du maïs. Les Tarahumara sont ainsi obligés d'acheter leur aliment de base. L'arrivée d'argent entraîne aussi l'apparition de la civilisation avec tous ses fléaux, notamment la production de déchets que l'on voit jetés n'importe où.
Les enfants gardent les chèvres à partir de 7 ou 8 ans. Ils sont scolarisés à partir de six ans, ce qui les oblige à faire de longues marches par les sentiers de montagne pour rejoindre l'école la plus proche.
Les vieux ramassent le bois et aident aux tâches les moins pénibles.
 
Leur nourriture est essentiellement à base de tortillas (galette de maïs épaisse), de frijoles (haricots noirs ou rouges), et de chile (piment). La viande (de chèvre ou de mouton) est consommée à l'occasion des fêtes uniquement et en petites quantités. Les bébés sont allaités pendant un an environ. Ils mangent ensuite la même nourriture que les adultes.

 

 

 

Vie quotidienne. Cangra moud le maïs, Elba prépare les tortillas, Curesia coud.

 

 

 

Les Raramuri habitent sur des terres communautaires. En fait ce sont des réserves même si au Mexique ce terme n´existe pas légalement. Chaque famille a droit a une parcelle pour la maison, le champ et les trojes (greniers à céréales). Un hectare environ pour la famille d'Isabel.


Pas d'eau courante ni d'électricité. Il faut marcher environ 10 mn pour aller chercher l'eau.


Leurs maisons sont construites en Adobe (briques de terre), avec le toit en aluminium. Il fait sombre et frais à l´intérieur. Comme aménagement y a une base en bois qui fait office de lit ou de siège. Ils dorment sur des petates (nattes). Pour s'asseoir, certains disposent d'un ou deux petits tabourets très bas, d'autres utilisent une bassine renversée qui pourra aussi éventuellement servir de table. Ils rangent leurs habits dans des sacs à patates, mangent à la main sans assiette et boivent dans des verres en plastique. Aucune décoration, à part un petit bout de miroir qui traîne sur le bord de la seule petite fenêtre de la maison.


Les femmes refont leurs tresses une fois par jour ou tous les deux jours à l´aide d´un peigne en plastique. Les quelques bijoux qu´elles portent sont des colliers ou bracelets en perles de verre de couleurs. Certaines ont des boucles en or avec des pierres précieuses.

 

 

Ce qui a le plus impressionné Isabel chez les Raramuri c'est leur douceur naturelle et leur patience face aux événements. Même quand ils attendent la pluie pour les récoltes et que des nuages se forment puis repartent pour plusieurs jours, ils ne s´énervent pas. Ils attendent en toute sérénité. Ils ne sont ni impatients ni énervés.
Chaque jour les événements arrivent sans heure précise (ils n'ont pas de montres). Il y a une sorte de quiétude et de certitude que les choses arrivent par elles-mêmes (c´est une notion difficile à expliquer car elle est inconcevable chez nous). "La vie rythme leur propre vie".

 

Rencontre avec des êtres extraordinaires
Couleur, piment et sourire dans l'assiette de l'hôpital

 

Sarah Mangu Mas est ougandaise. Elle est arrivée en 1980 en France sans avoir pensé rester.
Elle a une voix trainante et pleine de soleil. Elle est extrêmement posée et chaleureuse. On est tout de suite en confiance. Et en famille. Comme beaucoup d'africains, elle parle plusieurs langues (l'anglais, le français qu'elle a appris ici et trois langues africaines). En 89 elle a monté avec une amie sa première association de Femmes médiatrices. Celle de pantin voit le jour en 93. Elles sont 12 maintenant
à travailler dans l'association.

L'Hôpital d'Avicenne, qui dans son service des maladies infectieuses (VHS, tuberculose etc...) se trouve confronté à des malades qui perdent du poids faute de vouloir manger, entend parler d'elles et les contactent en 2000.
Il faut un an pour mettre en place le projet avec l'administration, la psychologue, les diététiciennes et... la cuisine.
Sarah obtient le feu vert pour une double action : tisser des liens avec les primo-arrivants sans famille ni langue ni connaissance de nos us, coutumes et nourriture. Avec ceux aussi qui sont ici sans famille ou avec mais qui n'ont pas de contact avec elle car ils leur cachent leur maladie.
Les Femmes médiatrices vont donc leur parler dans leur langue. Du pays. Du temps. De tout. De rien. Pour oublier un peu la maladie. Pour refaire surface.

L'autre action est de leur cuisiner la cuisine qu'ils aiment. Celle de leur pays. Celle que l'on mange même quand on n'a pas faim. L'Hôpital met à leur disposition une mini cuisine toute équipée.
Les consignes sont strictes : les règles d'hygiène et de conservation sont drastiques. Presque tous les produits sont fournis par l'hôpital. Elles peuvent amener de l'extérieur les légumes du pays (le manioc, le gobo, ...). Les épices et le piment. Les patients aimeraient bien manger du Capitaine aussi mais cela n'est pas possible (le poisson comme la viande sont obligatoirement fournis par la cuisine de l'hôpital).

 

Elles sont trois pour mener cette action à Avicenne. Sarah est secondée par Nora d'Algérie et Véro de la République du Zaïre.
A elles trois c'est plein de langues et la cuisine de presque tout le continent africain.
Elles s'occupent aussi parfois de patients d'Asie (Sri Lanka, Inde..) avec lesquelles elles peuvent communiquer en anglais.
Aujourd'hui elles cuisinent pour 4 patients. Pour certains elles vont cuisiner pendant des mois (les repas du midi en semaine). Pour d'autres ce ne sera que pour quelques jours.
Une fois les plats cuisnés, elles doivent les mettre par portions individuelles dans des barquettes plastiques sous film. Comme pour tous les autres produits de l'hôpital. Elles font en plus systématiquement une barquette témoin qu'elles stockent dans le frigo pour des contrôles éventuels.
Ensuite elles amènent elles-même les repas aux patients. Avec les moins malades elles rigolent pendant qu'ils mangeant le poulet à la sauce pimentée.
Après Sarah va se sauver pour aller encore une fois plaider la cause de leur action, obtenir des subventions, participer aux autres actions à Avicenne où l'on a besoin de Femmes médiatrices.
Et toujours avec le sourire.
Merci Sarah.

 
 

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