Archive des articles "Petit mystère de la Nature"

On l'a certainement appris à l'école. Ou par un grand-parent plus patient que les autres. Mais on a un peu oublié.

Et on s'est senti trop grand pour oser demander de nous l'expliquer encore une fois.
Nous avons décidé de prendre notre courage à deux mains pour reposer la question et savoir enfin. Une bonne fois pour toutes.

Sommaire
Le dressage : " Calme, en avant et droit "*

Onzième petit mystère :
Qu'est-ce que le dresssage ?


Cette fois-ci ce n'est pas vraiment un petit mystère de la Nature. Plutôt un mystère quant à une discipline équestre.
Si comme moi vous avez eu l'occasion d'assister à un entrainement d'une séance de dressage dans la carrière, vous serez d'accord pour dire que cela justifie un article : on ne comprend absolument pas ce qui se passe. Et cela a l'air très facile, quoiqu'en disent les cavaliers.
Agnès Toitot, la professeur de dressage d'Alice, nous livre ici avec détail et passion quelques clés.

Numéro 11 Été 2010

Al-warda

Dixième petit mystère :
Pourquoi y a-t-il des roses au Maroc ?

Mélipone, notre spécialiste Nature, n'ayant jamais été au Maroc (on n'y pêche pas la baleine), nous avons préféré lui trouver un(e) remplaçant(e) pour ce numéro spécial. Stéphanie (que vous allez découvrir dans la rubrique Mot et merveilles) a pensé à une passionnée du Maroc qui y vient régulièrement depuis dix ans, rencontrée elle aussi par la Maison de la Photographie : Joan Rundo. Joan a souhaité écrire sur la rose. Je lui ai proposé de nous expliquer comment les roses pouvaient pousser si loin au Sud...

Numéro 10 Hiver 2010

Nectarine or not nectarine, that is the question!

Neuvième petit mystère :
La sélection des variétés de pêches

Tout a commencé avec le clafoutis (la fameuse recette de maman) fait par Mélanie pour un pique-nique à la Villette.
Clafoutis aux abricots et nectarines.
Des nectarines ? N’était-ce pas plutôt des brugnons ? Ou des pêches abricot ?
Nous n’avons pas réussi à nous mettre d’accord : lequel de ces fruits a la chair blanche ? La chair jaune ? Un noyau libre ou adhérent à la chair ? Greffe de prunier et de pêcher ? Pourquoi pas tant qu’on y est avec l’abricotier ?

Jusqu’à imaginer qu’on peut tout faire avec la nature…..
Mélipone, toujours modéré, va nous démêler tout cela.

Numéro 9 Automne 2009

Tout n'est pas noir ou blanc

Huitième petit mystère (mystère que nous a confié Serge Momus) :
L'origine des couleurs

Avez-vous jamais imaginé que la nature pourrait être monochrome ou carrément sans couleur ? Un peu comme un paysage de neige sans la neige……
Et d’ailleurs d’où viennent toutes les couleurs de la nature ?
Et pourquoi y a-t-il tant de vert ?

Numéro 8 Printemps 2009

Que fait donc la Nature en hiver ?

Septième petit mystère :
De l'utilité de l'hiver

Nous venons de franchir le pas : plus de la moitié de l'humanité vit dans les zones urbaines. Et c'est un mouvement pour l'instant irréversible au niveau planétaire.

Pour les citadins, la nature devient rapidement une notion de plus en plus abstraite. À finir par se demander pourquoi elle existe ! Si on leur demandait leur avis, ils rayeraient l'hiver de la carte des saisons. Pour ne garder qu'un éternel été et profiter des terrasses de café sans grelotter.

Mais que fait donc la nature en hiver pendant que les ours hibernent ? Que se passe-t-il sous la terre ?

Mélipone, notre spécialiste nature, a pris le temps d'aller y voir de plus près.

 

Numéro 7 Hiver 2009

1+1 = 400 ?

Sixième petit mystère :
Les fromages

Comment se fait-il qu’avec deux ingrédients ou presque on puisse faire autant de fromages différents ?
Sans parler de toutes les gammes de goûts, odeurs, couleurs, textures qui existent pour un même fromage. Le Saint-Nectaire par exemple divise notre famille en plusieurs clans : il y a ceux qui l'aiment bien fort et gras, d'autres crémeux (voire coulant) mais pas trop fort, d'autres enfin plutôt ferme et sec avec son inimitable goût de noisette.

Mélipone qui aime les choses bien ordonnées va essayer de nous débroussailler ce mystère.

 

 

Numéro 6 Printemps-Été 2008

Les rêveries d'Hibernatus

Cinquième petit mystère :
L'hibernation

6 mois tranquilles.
Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ?
Si tous les hommes hibernaient pendant l’hiver nous ne serions plus que 3,25 milliards à vivre et polluer en même temps sur notre planète.
Et quel bonheur d’échapper aux mois de grisaille et de froidure et de se réveiller frais et dispos avec le printemps.
Alors pourquoi n’hiberne-t-on pas ?
Mais c’est quoi finalement hiberner ?

Numéro 5 Hiver 2008

Un monde sans miel ?

Quatrième petit mystère :
Le miel des abeilles

JP Gené dans sa rubrique hebdomadaire “goûts” du Monde 2 lance un cri d’alarme.
“Alerte sur les abeilles! Dans le monde entier les ruches se vident, les abeilles disparaissent. Or 80% des espèces de plantes à fleurs dépendent d’elles pour être pollinisées : sans abeilles, ni fruits ni légumes.“…

Ni miel non plus, pensais-je. Certains diront que nous n’avons qu’à manger à la place de la confiture de myrtilles ou du Nutella.
Mais au fait pourquoi les abeilles font-elles du miel ?
Mélipone, qui en consomme à lui seul des quantités fort peu raisonnables, va tout nous expliquer.
 
 

Numéro 4 Automne 2007

Désirs de lumière et de couleur

Troisième petit mystère :
La couleur des légumes
 
Les légumes ont besoin de soleil pour mûrir. Il suffit de regarder les tomates.
Mais le plus incroyable est que certains qui restent sous terre prennent aussi des couleurs : le radis n’a pas su choisir entre le rouge et le blanc mais la carotte ! Et encore plus scandaleux : la betterave rouge !
Mélipone va nous éclairer à défaut de nous faire rougir.

Numéro 3 Été 2007

Suivez le bœuf de l’étable à la table

Deuxième petit mystère :
"Boeuf qui es-tu donc ?"

Chez le Boucher, on commande du boeuf. Par contre dans les champs il n'y a que des vaches ou des taureaux. Il vient donc d'où ce boeuf ? Est-ce celui de la fable ou celui de la crèche ? Nous cacherait-on quelque chose ?
Mélipone, notre spécialiste Nature, s'est penché sur la question.

Numéro 2 Printemps 2007

Sélénade

Premier petit mystère :
"Lune, quelle lune es-tu ?"

Rousse. Noire. Pleine. Avec des premiers ou derniers décans. Comment s'y retrouver et savoir en la voyant celle que l'on regarde vraiment.
Quelques explications pour nous éclairer par Mélipone.

Numéro 1 Hiver 2006

Petit mystère de la Nature
Le dressage : " Calme, en avant et droit "*

 

 

 

 
Les débuts d'Alice en concours, sur Kémir de Neyron (la Plaine de Saint Hubert) 

 

 

 

Le dressage, en quelques lignes
 
Le dressage constitue en premier lieu l'activité par laquelle l'être humain enseigne au cheval les comportements (avancer, s'arrêter, tourner...) qu'il souhaite lui demander et les signaux par lesquels il les demande (voix, appel de langue, mouvements du corps, des mains, des jambes, des éperons...).
 
Le dressage est également une discipline olympique des sports équestres. Il est souvent considéré comme la discipline mère des autres disciplines équestres. En effet, aucune autre discipline n'est envisageable sans un dressage préalable du cheval.
 
Le dressage est un art car la recherche esthétique du mouvement y prend une place prépondérante, et des principes tels que la légèreté, la décontraction, l'impulsion et l'amour sont indispensables à l'atteinte de « la belle équitation », afin de l'élever au niveau de l'art. C'est la représentation stylisée des mouvements gracieux du cheval.
 
En compétition, le dressage sert à tester la qualité de la communication entre le cheval et son cavalier.

Le cavalier emploie des ordres aussi discrets que possible afin de paraître presque communiquer par télépathie avec sa monture.
Paradoxalement, aux yeux d'un public non averti, une bonne exécution donne l'impression que la discipline est facile. Cependant, une bonne reprise en compétition n'est que le résultat d'années de travail intense.
 

 

 

Alice au trot préparant le doubler final

 

 

Si vous voulez en savoir plus :

1. Le dressage dans l'histoire

L'Art du dressage n'est pas un phénomène récent. En effet, on a retracé une certaine forme d'équitation en carrière qui se pratiquait 1500 ans avant J.C. Dans la Grèce ancienne, on "travaillait" les chevaux, afin de les rendre obéissants et faciles à manoeuvrer pour déjouer l'adversaire lors de combats guerriers.

Le commandant grec Xénophon, né en 430 avant J.C. nous a laissé le premier traité d'équitation qui est toujours d'une actualité étonnante. Ses méthodes avant-gardistes pour son époque, incluaient une approche psychologique dont : le tact, la maîtrise de soi, la recherche constante de la beauté et de la perfection, la décontraction du cheval, et la légèreté. 


 

 

 

 

Position incorrecte selon Xénophon : genoux relevés, le cavalier se contracte et cherche son équilibre en s'accrochant au cheval qui ainsi se débat (fin VIe avant J.C.)

 

 

La France, considérée comme étant le berceau de l'équitation classique domina cette discipline pendant plusieurs siècles. On ne peut donc parler d'équitation classique sans évoquer la célèbre école de cavalerie française de Saumur, fondée en 1771 par le Duc de Choiseul. Ce n'est par contre qu'en 1814, après la révolution, que l'École de Saumur, aussi désignée sous le nom du Cadre Noir, vit vraiment le jour. 

 

 

"Airs de Haute École" présentant le passage et la pirouette (XVIIIe)

 

 

2. Les apprentissages 

Avant de parler "dressage", il faut avoir appris à monter à cheval, c'est-à-dire que les bases de la pratique de l'Équitation Élémentaire soient acquises et solides, devenues réflexes.
Ensuite, c'est une question de sentiment et de travail.

Pour être un bon cavalier, quelle que soit la discipline envisagée, il faut savoir reconnaître ses limites, ne pas avoir d'ambitions trop au-dessus de ses moyens et de ceux de son cheval.
 Ne pas oublier que dans le couple cavalier-cheval, c'est le cerveau du cavalier qui commande et le cheval qui exécute. 

Alors seulement à partir de ce moment, on pourra appeler ce cavalier "dresseur". Ce dresseur devra toute sa vie avoir à l'esprit et pratiquer ces quatre impératifs : observer, écouter, réfléchir et travailler.
 C'est un travail sur de nombreuses années.
Le dressage est un des très rares sports où l'on progresse et évolue toute sa vie, à la condition de savoir se remettre en question. 

Au-delà du galop 7 (examen qui sanctionne la maîtrise de l’Équitation Élémentaire), on aborde l’Équitation Supérieure. Elle permet d'affiner ses connaissances et de pouvoir ainsi dresser les chevaux, afin d'obtenir des chevaux faciles d'utilisation, compétitifs donc musclés, souples et équilibrés.

 

 

 
 Agnès Toitot avec son cheval Floyd, en 2009,
lors du Concours International de Vierzon
 
 
 
 

3. Les chevaux de dressage

Une bonne conformation, un tempérament énergique, des allures amples et régulières, voici les premiers critères de choix d'un cheval de dressage.
 Ensuite, il y a des races plus adaptées, comme les chevaux hollandais, allemands et belges.
 Tout dépend aussi du niveau du cavalier, le caractère et le niveau du cheval devant correspondre au niveau du cavalier.

Un vieil adage dit : « À jeune cavalier, vieux cheval ».
 

 

 

 

 
Alice et Perfavor
Sa fierté, avoir eu la permission de monter en concours de dressage un cheval de propriétaire qu'elle n'avait jamais monté, et qui plus est, un cheval de concours d'obstacles
 
 
 
 
 
3. Les figures
 
En compétition, les reprises comprennent une succession de figures imposées, comme en patinage artistique.
La pratique de l'équitation académique et du dressage repose sur quelques figures de base simples : les figures de manège. Celles-ci sont effectuées sur une carrière de dressage de 60 mètres de long et 20 mètres de large. Des lettres sont disposées en divers points de la carrière pour permettre aux cavaliers de se repérer et aussi pour fixer les points de départ et d'arrivée des figures.
 
 
 
 
 
Repères dans la carrière de dressage

 

 

Un exemple de figure : la Serpentine

Une serpentine est un ensemble de demi-cercles qui se succèdent en sens contraire : un à droite, un à gauche, etc. Elle peut comporter de trois à six boucles. Plus il y a de boucles, plus l'incurvation est importante et plus la figure est difficile. La rapidité de l'allure accroît aussi la difficulté. On commence une serpentine en A ou en C (au milieu du petit côté) : chaque courbe part de la ligne du milieu et y revient. Elle se termine lorsqu'on rejoint le milieu de l'autre petit côté.  

 

 

 

Alice. Belle concentration

 

* Citation du Général L'Hotte 

 

 

Agnès Toitot

Agnès Toitot est professeur de dressage à la Cartoucherie (Bois de Vincennes, Paris).

Ancienne cavalière de saut d'obstacles et de concours complet (a commencé la compétition à 17 ans), Agnès s'est spécialisée en dressage pur au niveau national il y a 4 ans.

Petit mystère de la Nature
Al-warda

 
 
 
 
 
Timbres émis par la Poste marocaine en janvier 2010 et parfumés à la rose
 
 
 
 
Chantée par les poètes de tous les pays et de tous les temps, de la Chine à l’Espagne, de l’Angleterre à la Turquie, la rose est depuis toujours le symbole de la beauté et de l’amour.

En arabe, la rose se dit al-warda.

Au Maroc où le climat peut être extrême, entre les cimes de l’Atlas et les douars isolés par le froid et la neige d’hiver ou les sables du désert, la rose a pourtant trouvé des lieux où elle est traitée comme une reine.

 

 

 

 

 

 

Le village de Kalâat Mgouna, niché entre la montagne et le désert, est son royaume. Elle en a fait un petit paradis, un avant-goût peut-être du verger foisonnant promis aux croyants dans les versets du Livre sacré, le Coran.

 

 

 


 

Le mois de mai est le mois de la cueillette. Et c’est au lever du soleil, quand la teneur en huile essentielle est la plus importante, que tous les villageois y participent : on cueille aussi bien les délicats boutons (cueillis entiers), que les pétales. Et il faut beaucoup de mains pour les cueillir : il faut 400 roses pour faire un kilo et 5000 kg de roses pour 1 kg d’huile essentielle !
Toutes ces roses embaument l’air et le village se pare de la couleur des pétales. Etendues pendant quelques heures en plein soleil, on les met ensuite à l’ombre pour sécher, avec un courant d’air naturel pour les rafraîchir. Avec une fourche, les hommes les retournent délicatement et les fleurs virevoltent dans l’air, comme un nuage de papillons odorants.

 

 


 

 

Les roses de Kalâat Mgouna sont très prisées des grandes maisons de parfumerie pour leur essence. Avec, les bonnes années, une récolte de 4 000 tonnes, le Maroc est juste derrière la Bulgarie et la Turquie en termes de production.

 

 

 

 

 

 

Les roses qui restent à Kalâat Mgouna seront distillées dans les familles en utilisant des alambics de cuivre, suivant un procédé ancien pour obtenir l’eau de rose.

 

 

 

 

Ce produit  est essentiel dans les rituels de beauté des femmes du Maroc et bien au-delà des frontières. Grâce à ses multiples propriétés, les roses transforment l’eau pure en une lotion astringente, pour tamponner le visage et préserver la beauté. L’eau de rose est également mélangée au ghassoul, l’argile utilisée comme masque de beauté pour les cheveux et la peau ou bien on en imbibe le merwad, le petit bâton utilisé pour appliquer le khôl. En compresses, l’eau de rose apaise les yeux fatigués.

 

 

 


 
 
 
 
Les boutons de rose, qui emplissent les échoppes dans les souks d’épices au printemps, sont aussi utilisés, avec le myrte, le clou de girofle, le souchet rond et l’écorce de lentisque pour parfumer le henné que l’on applique sur les cheveux et leur donner de riches reflets rouges.

Les roses au Maroc sont également très présentes dans le patrimoine de médecine populaire et traditionnel. Avec les boutons de rose, les mamans depuis toujours préparent des décoctions contre les maux d’estomac des petits ; mâchés, les pétales peuvent soulager des maux de dents et l’eau de rose peut être employée en compresses pour traiter la fièvre, les migraines et les insolations ou en gouttes pour traiter les otites. Il semblerait même qu'une cuillère à boire deux fois par jour calme la nervosité et l’anxiété.

 

Mais la rose au Maroc pousse aussi dans les villes : les jardins des ryads, maisons traditionnelles bâties autour d’un patio intérieur, les accueillent très souvent. La reine des fleurs est très à l’aise dans ces havres de paix qui traditionnellement ont quatre plates-bandes avec une fontaine ou un petit bassin au centre, suivant le schéma du jardin du Paradis abreuvé par quatre fleuves, de miel, de lait, d’eau très pure et de vin qui n’enivre point.  Ces patios ombragés, où les seuls bruits sont le piaillement des oiseaux et le murmure de l’eau de la fontaine, perpétuent l’époque d’Al-Andalus, et les villes-joyaux comme Cordoue, Séville et le palais de l’Alhambra de Grenade, chef d’œuvre architectonique qui incarne le raffinement mauresque tracé dans la pierre et les plantes. De cette époque sont les vers du poète de Cordoue, Ibn Zaydun  (1004-1070) :

 

Je me remémore notre vie à Az-Zahra, tout entière,

L’horizon était pur, et limpide la face de la terre,

Le vent du crépuscule errait avec fébrilité

Comme s’il languissait par compassion et par pitié

Et le verger, qui brillait sous la rosée de sourire :…

Au matin de leur vie, les roses scintillaient,

Et l’éclat du matin en fut tout réveillé.

 

 

 

 

Fontaine à Marrakech

 

 

 

Mais revenons au Maroc, où la rose est arrivée, selon une légende, dans les sacoches des pèlerins de retour de la Mecque. Au cours du long et périlleux voyage de la péninsule arabique, on traversait l’Iran, la Syrie et la Turquie, pays où la rose fleurit en abondance. On dit aussi que, comme les fleurs d’oranger, la rose est née de larmes du Prophète !

La rose est la fleur romantique par excellence et au Maroc, dans le langage magique des fleurs, la rose du Tafilalt « apporte l’amour en courant ».

Dans le temps - pas si lointain que cela -  selon un recueil de « pratiques des harems marocains », on croyait au pouvoir magique d’un mélange d’eau de rose, de sucre et d’amandes pilées comme un remède fort efficace contre l’impuissance virile…

Les roses font également partie de la longue tradition de l’hospitalité marocaine : des invités sont accueillis avec de l’eau de rose dans les élégants mrachat, les lance-parfums aux cols élancés pour rafraîchir et donner la bienvenue.

 

 

 

 

 
Dans le ryad, des roses pour nous accueillir...

 

 

 

Joan Rundo

Joan Rundo est anglaise mais se considère plutôt « citoyenne du monde », née en Écosse de parents européens (mère moitié suédoise, moitié suisse, et père juif polonais qui a grandi à Paris....).  Elle fait de la traduction, et dit qu’elle voyage entre les langues. Elle a étudié l’arabe et écrit (en italien) des livres de cuisine arabe et juive. Joan vit en Italie.

Petit mystère de la Nature
Nectarine or not nectarine, that is the question!

 
 
 

 

 

C’est depuis l’Asie que la pêche a gagné l’Occident, au cours des siècles. Elle devait atteindre d’abord la Perse (d’où son appellation «Prunus persica»), puis l’Arabie, la Mésopotamie et l’Egypte. Connue des Romains, elle mit plusieurs siècles à se faire apprécier chez nous. En effet, au Moyen Age, on considérait que la pêche était un poison pour l'estomac. C’est à partir du XVIème siècle que sa culture s’intensifia.

La diversité au sein de l’espèce pêcher est très grande : dans le jardin fruitier du roi Soleil à Versailles il existait une quarantaine de variétés différentes.

Au Conservatoire botanique national méditerranéen de Porquerolles (Var), la collection française comprend 160 génotypes composés essentiellement d’anciennes variétés d’origine française.

 

 

 

 

 

 

Malheureusement, dans les années 80 et 90, en raison de l’utilisation de variétés sélectionnées uniquement sur des critères agronomiques de productivité, non seulement nous avons abandonné la culture d’une grande partie des variétés mais la qualité gustative des pêches, notamment celles à chair jaune, s’est considérablement détériorée.

Pour s’y retrouver parmi celles qui nous restent, il faut considérer essentiellement 4 caractéristiques physiques, à savoir :

1- la peau généralement duveteuse,

2- la couleur apparente de la peau et de la chair du fruit qui peut être blanche, jaune ou sanguine

3- l’adhérence de la chair au noyau,

4- la forme du fruit généralement arrondie mais pouvant étre également aplatie.

 À partir de ces éléments, on peut distinguer :

- les pêches classiques à peau généralement duveteuse, à noyau adhérant ou non, et dont la chair peut être jaune, blanche ou sanguine.

- les « nouvelles pêches », qui sont en fait issues du croisement pêcher prunier (et non pêcher abricotier). Ces fruits ont la peau lisse des prunes et une chair adhérente (pour le brugnon) ou se détachant facilement (pour la nectarine).

- les pêches plates d’origine chinoise.




 

Nous attendons avec impatience le retour de variétés oubliées et d'une culture et d'une cueillette plus raisonnées pour pouvoir de nouveau manger des pêches avec un vrai goût... de pêche.

 

   

Mélipone

Petit mystère de la Nature
Tout n'est pas noir ou blanc

 
Les couleurs des légumes du couscous de Denise Momus

 




Le soleil est une des principales sources de rayonnement qui irradie notre planète. Seuls sont visibles par l’œil humain les rayonnements dont la fréquence est comprise dans une plage allant de 4.0 à 7.5 x 10 puissance 14 vibrations par seconde. Par ordre de fréquence croissante on distingue le violet, l’indigo, le bleu, le vert, le jaune, l’orange et le rouge.

 
 
 
 
 
Les couleurs de la terre (Narse du Puy d'Enfer, Auvergne)
 
 
 
 
 
Ces différents rayonnements visibles sont constitutifs de la lumière blanche et leur présence n’est révélée que de manière incidente (arc-en-ciel, bulle de savon, transmission au travers d’un prisme).

 

 

 

 
 Les couleurs de l'ombre d'un vitrail
 
 
 
 
 
Lorsque la lumière blanche est interceptée par un corps, elle peut être plus ou moins réfléchie, absorbée ou transmise au travers de ce corps.
C’est la lumière blanche réfléchie qui va permettre à l’œil d’appréhender les couleurs et les contours.En effet la lumière réfléchie n’a pas  forcément les mêmes caractéristiques physiques que la lumière incidente : elle ne contient qu’une partie des vibrations de la lumière blanche incidente, les autres ayant été absorbées ou transmises.
 
 
 
 
 
 
Les couleurs des salades de fruits frais (marché de la Boqueria, Barcelone)
 
 
 
 
 
Il y a deux cas extrêmes, celui des corps qui apparaissent blancs parce que la lumière qu’ils réfléchissent est comparable à celle de la lumière incidente (peu ou pas d’absorption) et celui des corps noirs qui ne réfléchissent aucune lumière. Entre ces deux cas extrêmes, les autres corps peuvent avoir tout un panel de couleurs.

Pour ne retenir qu’un exemple, la plupart des plantes apparaissent vertes car elles ne  réfléchissent que la lumière verte. C’est en effet grâce aux chlorophylles, pigments verts présents dans les chloroplastes essentiellement des feuilles, que les végétaux absorbent l’énergie lumineuse contenue dans le bleu et dans le rouge, le vert étant réfléchi.
Cette absorption d’énergie est à la base de la photosynthèse qui aboutit à la formation d’hydrates de carbone à partir du gaz carbonique de l’air.
 
Les animaux (diurnes) distinguent également les couleurs.
Même les poissons les voient : il  suffit de voir la gamme des couleurs des mouches utilisées pour la pêche des truites et brochets pour s’en convaincre.
 
 
 
 
 
 
Les couleurs de la lumière sur le vase à l'hortensia
 
 
 
 

Mélipone

Petit mystère de la Nature
Que fait donc la Nature en hiver ?

 

 




 La vie sous terre


On  peut considérer que d’un point de vue physico chimique les sols sont essentiellement constitués d’eau et surtout de minéraux (notamment les argiles) et de matières organiques en voie de dégradation (humus). Ces 2 derniers éléments, en formant un complexe argilo-humique, donnent naissance à des agrégats de formes et dimensions variables qui conditionnent «l’architecture des sols» (les agronomes parleront de structure).

Ces caractéristiques physico chimiques ne suffisent cependant pas pour définir les sols. En effet, ces derniers sont aussi le site d’un biodynamisme intense mais variable selon les conditions de milieu (voir plus loin). Tout d’abord, la plupart des végétaux y trouve les conditions indispensables pour ancrer leur partie aérienne, développer leur système racinaire nécessaire à leur croissance (absorption racinaire) et enfin stocker des réserves. Ensuite les sols sont un milieu de vie récurrent ou temporaire pour de très nombreux êtres vivants parmi lesquels figurent des tout petits (bactéries) mais aussi des insectes, des vers, des rongeurs qui y creusent de nombreuses galeries, etc.

 

 

 

 
 
 
 
 
 De l’influence de l’hiver

À première vue, l’hiver, par les modifications souvent brutales des conditions de milieu qu’il entraine, vient « martyriser » ces différentes formes de vie notamment dans les couches superficielles des sols. Ce sont tout d’abord les pluies abondantes qui en « fluidifiant » la structure des sols vont jouer un sale tour à nos forêts soumises aux tempêtes hivernales. Mais que dire de ces voies d’eau, terreur de nos mineurs, qui noient sans discernement les êtres faiblement ou pas mobiles.
 
L’hiver va aussi bousculer le gradient des températures dans le sol. Ainsi le gel va stopper ou détruire la vie dans les couches superficielles et la survie sera liée, ici aussi, à la faculté de pouvoir se rapprocher (un peu) du noyau de la terre. Inutile de dire que de ce point de vue le système racinaire des végétaux est d’autant plus vulnérable qu’il est superficiel. On citera le cas extrême de certains végétaux (céréales d’hiver, doucette, fraisiers) qui sont véritablement « déchaussés » par les cristaux de glace.

 
 
 
 

 

 

 

 

L’hiver apporte aussi des bienfaits, subis ou souhaités, dans les sols. En effet, il va être un élément  régulateur des populations vivant dans le sol (d’un point de vue écologique) en détruisant « la vermine » néfaste à l’agriculture (d’un point de vue anthropologique). Par ailleurs, il va apporter un concours substantiel à l’agriculteur en ameublissant la structure des sols et notamment celles des « terres fortes » (riches en argile) et labourées en automne.
En un mot l’hiver procède bien de l’ordre éternel des champs.

 

 

 


 
Puy du Montenard et lac d'Aydat, Noël 2008 (Auvergne, 63)

 

 

Mélipone

Petit mystère de la Nature
1+1 = 400 ?

 

Du fromage de qualité avec n’importe quel lait ?

 

« Maître corbeau sur un arbre perché tenait en son bec un fromage… ». Ainsi commençait cette célèbre fable de La Fontaine dont on connaît trop l’excellence pour penser qu’il ait choisi cet aliment par hasard. En effet, c’est une certitude, le fromage figure parmi les premiers aliments de l’homme : sans doute pour assurer durablement la croissance des humains après leur sevrage, il fallait alors pouvoir conserver la plupart des constituants nobles du lait dont la production chez les mammifères domestiques était éminemment périssable et saisonnière.

Compte tenu de cette très longue histoire, il n’est pas étonnant que le plateau de fromage, notamment de la France, soit abondamment garni (il y en aurait plus de 400 variétés).

Nous n’aborderons ici que quelques considérations sur les qualités sensorielles (goût, odeur, couleur et texture) des fromages qui arrivent dans notre assiette.

La qualité sensorielle des fromages dépend d’abord des caractéristiques chimiques et microbiologiques de la matière première c'est-à-dire du lait issu de la traite, puis en second lieu de la technologie utilisée pour fabriquer le fromage.

La composition de la matière première va elle-même dépendre des caractéristiques de l’animal (espèce, race, avancement de la lactation, état sanitaire notamment de la mamelle), de son alimentation très variable selon les lieux et la saison et enfin, de l’hygiène de la traite (colonisation par des microbes plus ou moins désirables).
Grâce aux progrès de la technologie laitière, les possibilités de modification du lait au moment de sa transformation en fromage sont devenues beaucoup plus diversifiées et ont donné un moment l’impression qu’il était possible d’atteindre une bonne qualité fromagère quelle que soit la matière première mise en oeuvre.

 

 

 

 
(Presque) toute l'Auvergne est dans le pré
Montage réalisé par Claude Bernard (Maman)

 

 

Aujourd’hui, sous la pression des consommateurs, les facteurs en amont de la transformation, et notamment ceux concernant l’alimentation des animaux, sont de plus en plus pris en compte par la filière de production et cela grâce aux résultats d’études récentes.

En voici 3 exemples :

La couleur
La couleur des pâtes fromagères dépend de la teneur en pigments caroténoïdes du lait, elle-même fonction de celle des fourrages. Ainsi l’herbe pâturée au printemps ou ensilée donne des pâtes jaunes alors que les foins et les ensilages de maïs, plus pauvres en carotène donnent des pâtes nettement plus pâles.

La texture
L’alimentation peut accroître indirectement la texture des fromages en modifiant la teneur en acides gras insaturés du lait. Ainsi des essais récents ont montré que l’herbe quelle que soit sa forme d’utilisation (pâturage, foin, ensilage) donnait des pâtes plus souples que l’ensilage de maïs.

L’arôme et la saveur

Les études portant sur les effets de la composition botanique des prairies notamment d’altitude ont mis en évidence des améliorations de flaveur et ou de textures d’autant plus importantes que la composition floristique des prairies était plus diversifiée et notamment riche en dicotylédones (la plupart des fleurs de prairies naturelles – voir photo- appartiennent à cette famille botanique).
Mais on a découvert avec surprise que contrairement à ce que l’on croyait les terpènes, substances aromatiques des plantes qui passent dans le lait et qui sont plus concentrées dans les flores complexes, n’étaient pas en concentration suffisante pour modifier suffisamment le goût.

Ces résultats montrent l’existence d’un lien entre les caractéristiques sensorielles des fromages et quelques-unes des composantes du terroir. Mais ils sont encore très partiels et difficilement généralisables car ils ont été souvent obtenus sans modifier les autres paramètres (études menées pour un type d’animal et pour une technologie fromagère donnée).

C’est donc un vaste champ expérimental qui s’ouvre notamment parce que les différentes technologies fromagères n’ont pas toutes la même aptitude à faire exprimer dans les fromages la qualité initiale des laits.

 

 

 

Mélipone

Petit mystère de la Nature
Les rêveries d'Hibernatus

 

 

Les températures anormalement élevées du mois de janvier viennent de sortir momentanément Hibernatus de son sommeil hivernal.

Hibernatus est un mammifère qui, comme tous les hérissons qui se respectent, possède la particularité d’entrer en hibernation au début de l’hiver sous l’action du froid. Son métabolisme s’abaisse fortement (diminution de la température corporelle et du rythme respiratoire). Avant de tomber en léthargie, il se met en boule (en prenant l’apparence d’une châtaigne) dans un nid douillet constitué non seulement de débris végétaux mais également de quelques provisions pour se nourrir durant les phases d’éveil qui émaillent son sommeil. D’autres espèces, comme les ours, certains oiseaux, certains poissons et les grenouilles possèdent à des degrés divers cette étonnante faculté qui les différencie notamment des animaux homéothermes comme l’homme : pour ces derniers, la température corporelle doit rester constante quelles que soient les conditions extérieures.
Cependant des applications thérapeutiques récentes (traitement des infarctus) révèleraient chez l’homme une certaine tolérance à l’abaissement artificiel de sa température corporelle.

 

 

 

 

 

Hibernatus au bois - Montage réalisé par Claude Bernard

 

 

 

Dans ce demi réveil, dis-je, Hibernatus se laisse aller maintenant à la rêverie d’un hérisson solitaire où transparaîssent vite deux sentiments.
Tout d’abord de l’angoisse : n’allait-il pas, lui et son espèce, périr d’insomnie si le réchauffement climatique engendré par les activités de l’homme venait à s’intensifier ? Au cours des temps, ce repos hivernal n’est-il pas devenu indispensable au lavage du cerveau des hérissons (certains diraient au « reformatage du disque dur ») encombré par les péripéties de la belle saison ?

Ensuite, son regard d’habitude si malicieux, est teinté de tristesse et de mélancolie : avec ces périodes d’insomnies hivernales nouvelles et inhabituelles, encore combien de ses congénères vont-ils périr aplatis sur les routes de la planète qui n’en peut plus du rodéo incessant de ses milliards d’humains.
Malheureusement à ce moment crucial de la réflexion, un courant d’air froid provoque un court-circuit subit au niveau d’un de ces neurones indispensables à la réflexion et Hibernatus retourne dans son sommeil avec un sentiment piquant d’inachevé…

 

Mélipone

Petit mystère de la Nature
Un monde sans miel ?

 
Parmi les quatre espèces d’abeilles qui existent sur notre planète deux seulement, dont celle de nos régions (l'Apis malefica), ont accepté de vivre en colonie dans les ruches fournies par l’homme sans cependant modifier leur comportement naturel.
Une colonie d’abeilles est constituée d’individus différenciés, mâles, ouvrières et reine, qui entretiennent entre eux des relations sociales permettant une survie de la colonie sur le long terme alors que chaque individu n’a qu’une vie éphémère.
Lors des opérations de butinage des fleurs, les ouvrières utilisent des organes très spécialisés adaptés à la collecte du nectar (langue longue et jabot) ou du pollen (corbeilles et brosses sur leurs pattes postérieures). Nectar et pollen constituent respectivement leur principale source de glucides (sucres du miel) et de protéines. L’abeille profite des grandes miellées des plantes à fleurs naturelles ou cultivées pour amasser, sous forme de miel, les réserves nécessaires à la couverture de ses besoins nutritionnels notamment hivernaux. Mais son instinct boulimique la conduit à amasser dans la ruche bien au-delà de ses stricts besoins, ce qui va permettre à l’apiculteur de prélever une partie du miel sans mettre en danger la vie de la colonie.
 
 
 
 
 
 


 
 
 
 
Cependant, le rôle des abeilles en agriculture ne saurait se résumer à la seule production directe de la ruche. Les abeilles jouent en effet un rôle primordial dans la pollinisation des plantes à fleur. La pollinisation est un processus de transport des grains de pollen depuis les organes mâles vers les organes femelles de la fleur ce qui assure la fécondation des plantes et la production de graines. Parmi les différents processus de pollinisation (animaux, vent, eau), celui impliquant les insectes, et plus particulièrement les abeilles, est essentiel pour la production de semences, l’arboriculture fruitière et les cultures sous abri : en faisant leur marché sur les fleurs, les abeilles, laissent tomber involontairement de leurs «corbeilles» du pollen sur les organes femelles d’une même fleur ou d’une fleur de la même espèce et assurent ainsi leur fécondation.


Durant les années 1960 à 1980, la modernisation de l’agriculture (destruction des haies dans le cadres du remembrement, emploi inconsidéré d’herbicides et d’insecticides) a entrainé un phénomène inquiétant de surmortalité et de dépérissement des insectes pollinisateurs et notamment des abeilles.

Des voix ont commencé à s’élever pour parler des conséquences néfastes de ce phénomène. Tout d’abord celles des apiculteurs, touchés directement (diminution sensible de la récolte de miel) puis des agriculteurs (diminution des rendements par défaut de pollinisation notamment dans le cadre de la production de semences et des cultures fruitières). Même le grand public constate la régression de la diversité des couleurs dans les paysages prairiaux (la disparition des abeilles n’en étant pas bien sûr -et hélàs- le seul facteur).
Mais c’est surtout l’humanité en charge de préserver la biodiversité et donc la qualité de la vie terrestre qui essaie de tirer la sonnette d’alarme : les insectes pollinisateurs, en participant à la biodiversité, jouent un rôle non seulement dans la lutte contre les désastres environnementaux liés aux maladies mais aussi dans le maintien de la plasticité des plantes face aux évolutions climatiques.
Cette prise de conscience devrait amener l’Homme à modifier encore plus rapidement son comportement vis-à-vis des abeilles, et plus généralement des insectes, pour les réintégrer dans un monde où ils avaient leur place.

 
 
 
 



Ruche ayant perdu ses habitants

 
 
 
 
Deux articles pour en savoir plus :
"Alerte sur les abeilles", JP Gené, goûts, Le Monde 2 , n° 176
"Les abeilles malades de l'homme", Gaëlle Dupont, Le Monde du 30 août 2007



Mélipone

Petit mystère de la Nature
Désirs de lumière et de couleur

 
 
La lutte contre le développement des maladies dites du futur (« épidémie de l’obésité », maladies cardiovasculaires, etc.) et l’intérêt croissant pour la « déco» dans nos assiettes, devraient converger vers un nouvel essor de la consommation des fruits et légumes dont la « valeur santé » est souvent associée à la vivacité de leurs couleurs.
La lumière joue un rôle prépondérant, qu’il soit direct (parties aériennes) ou indirect (parties souterraines) dans la genèse des couleurs des végétaux qui entrent dans notre alimentation.
Dés que le premier germe d’une graine ou d’un tubercule apparait, la lumière devient indispensable pour lui : elle entraîne la production de chlorophylle, pigment vert qui permet l’absorption d’une partie de l’énergie lumineuse et l’élaboration de glucides nécessaires à la croissance. Quel jardinier n’a pas fait le constat, pour en tirer profit, de ce « désir de lumière » des tubercules de pomme de terre qui donnent des germes longs, blancs et cassants (on dira étiolés) lorsqu’ils sont maintenus à l’obscurité. Par contre exposés à la lumière, les germes suivent la loi des « turgescences printanières » : tout en verdissant, ils deviennent fermes, vigoureux et de ce fait plus aptes à une croissance rapide !
 
 
 
 


Une couleur verte peut en cacher une autre

En termes d’apparence des parties aériennes, la lumière associée à des températures favorables va favoriser très rapidement l’hégémonie de la chlorophylle sur les autres pigments également présents comme les carotènes et les xantophylles (jaunes, orangés, rouges), les composés flavoniques (jaune crème) et surtout les anthocyanes. Ces dernières ont un comportement très versatile (rouge, rose, bleu, violet et pourpre) selon les conditions de milieu (notamment l’acidité des sols).
 
 
 
Une hégémonie parfois mise en échec

Cependant, les anthocyanes aux couleurs rose, rouge ou pourpre précèdent souvent la coloration verte donnée par la chlorophylle en début de végétation (jeunes pousses de rosier, jeunes plantules de maïs par printemps froid) ou lui succède à l'automne (feuillages chamarrés des arbres).
Par ailleurs, la chlorophylle est largement supplantée notamment par les carotènes et xantophylles lors de la phase de maturation des fruits (tomates, cerises, etc.).
Les organes comme les racines et tubercules qui poussent à l’abri de la lumière soit naturellement soit artificiellement (forçage des légumes pour les rendre plus tendres) sont souvent faiblement colorés. Il y a cependant de nombreuses exceptions comme celle de la carotte dont la racine stocke durant sa première année de végétation (celle où on la consomme) des glucides de réserve qui proviennent de la photosynthèse des parties aériennes et qui sont associés à des pigments qui lui donne des couleurs variées (figure 1). Quant à la betterave rouge, elle doit ses propriétés colorantes particulièrement puissantes à un pigment spécifique « le rouge de betterave » qui est de nature azotée.

Comme cela a été décrit dans le cas de la carotte (M. Pitrat et C. Foury, 2003), l’homme est intervenu largement pour modifier la couleur des légumes et la rendre plus attractive.

Depuis quelques années, les légumes semblent n’en faire qu’à leur tête : en plus de changer de couleur, ils changent aussi de statut.
Ils s’invitent désormais au dessert.
Nous avions le carrot cake en Angleterre ou les haricots rouges au Japon.
En France, un des premiers à oser exploser les règles a été Guy Martin du Grand Véfour qui, depuis le début des années 1980, a commencé à tout mélanger.
Il propose par exemple sur sa carte des desserts « Fraises, tomates et herbes en mille-feuille», « Potiron confit au thym-citron et pomelo ».

 
 
 
 
Bibliographie :
. Histoire de légumes des origines à l’orée du 21ème siècle
. Les légumes s'invitent au dessert (Libération du 18 mai 2007- rubrique Gastronomie)
 
 
 

Mélipone

Petit mystère de la Nature
Suivez le bœuf de l’étable à la table

Il s’agit là d’un très vaste sujet et notre ambition n’est pas ici d’être exhaustif en la matière, mais seulement d’évoquer quelques aspects qui nous paraissent essentiels.

 

Qu’est-ce que la viande ?

La viande (étymologiquement « ce qui sert à la vie ») est constituée par la chair des mammifères et des oiseaux que l’homme, à l’origine chasseur et cueilleur, utilise comme aliment pour subvenir à ses besoins. Tel qu’il est vendu au consommateur, c’est un produit très hétérogène puisque constitué essentiellement par des muscles auxquels s’ajoutent en quantités variables du gras et de l’os. Cependant, au bout de notre fourchette, il n’est pratiquement plus constitué que de muscles.
Le muscle, dont la composition chimique moyenne chez les mammifères est caractérisée par l’importance de l’eau (75%) et des protéines (19%), comprend trois tissus : le tissu musculaire, le tissu conjonctif et le tissu adipeux. Le tissu musculaire est constitué de fibres musculaires (unité structurelle de base) groupées en faisceaux qui définissent l’apparence (nous dirons la texture) telle qu’elle apparaît par exemple sur une tranche de faux filet. Les tissus conjonctifs et adipeux sont répartis soit en périphérie soit à l’intérieur du muscle. A l’intérieur du muscle, le collagène (tissu conjonctif) conditionne la tendreté (elle diminue généralement avec la teneur en collagène) alors que le persillé (tissu adipeux situé entre les faisceaux) améliore la flaveur (olfaction et gustation).

Mais, particulièrement dans le cas des bovins, une source coûteuse

Si la viande bovine contient notamment des protéines de qualité, sa production est par contre très coûteuse pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, les différents cycles de production de la viande bovine sont nettement plus longs que ceux des porcs ou des volailles ce qui entraine des frais importants notamment d’alimentation et ce d’autant plus qu’ils intègrent une phase d’engraissement très « énergivore » (consommatrice en calories). Ces cycles ont d’ailleurs tendance à devenir moins intensifs et donc à s’allonger pour mieux tenir compte des contraintes de qualité : par exemple, le gras de persillé ne se dépose dans le muscle qu’en phase terminale de l’engraissement.
Ensuite, le rendement du passage du poids vif de l’animal vivant (au départ de la ferme) à celui de la viande consommable est faible (de l’ordre de 35 à 40%) soit 245 Kg pour un animal vivant de 680 kg (Fig 1). On notera que parmi les pertes figurent en priorité le contenu digestif qui peut atteindre jusqu’à 20% du poids vif de départ car les bovins sont des polygastriques (estomac à plusieurs compartiments). Par ailleurs, le cinquième quartier, dont la valorisation demeure difficile, représente environ 26% du poids vif.


Et dont la consommation diminue en valeur relative

Des prix élevés auxquels il faudrait adjoindre l’évolution des modes de vie et des considérations de diététique (discrédit du gras), ainsi que la crise sanitaire de la vache folle sont des facteurs explicatifs de la tendance générale à une diminution relative des consommation de viandes bovine et ovine en France (entre 1989 et 2000 elles ont diminué respectivement de 13 et 18%) au profit de celles de porc et de volaille qui ont progressé respectivement de 8 et 15% (1). Cette diminution relative pourrait être à l’avenir contrebalancée par la mise au point de nouvelles formes de commercialisation des morceaux à cuisson lente (teneur élevée en tissus conjonctifs) qui sont de plus en plus difficiles à commercialiser malgré leur prix plus attractif.

 


La viande, une des premières sources de protéines de qualité

Les protéines sont des nutriments indispensables à la construction et à l’entretien de l’organisme de l’homme. Sans vouloir engager une polémique avec ce que je dénommerais sans condescendance « les philosophies nutritionnelles », je m’en tiendrai à l’avis de la communauté scientifique qui considère que les protéines de la viande, sont, au même titre que les autres sources de protéines animales (œufs, poissons et produits laitiers), mieux équilibrées que les protéines végétales. Nous ne nous étendrons pas ici sur les autres points forts de la valeur nutritive de la viande.
 


 
Le taureau de Laguiole (Aveyron), de la race Aubrac
 
 
 
Le bœuf, c’est quoi ?

Ut fama est (Comme le rapporte la légende), un quidam déclarait un jour « Je ne crains pas la maladie de la vache folle parce que je ne commande que du bœuf à mon boucher ». En fait, sous le terme courant de bœuf on trouve rarement à l’étal du bœuf au sens strict c'est-à-dire un mâle adulte castré (8% de la consommation) mais la plupart du temps des génisses (femelles n’ayant pas vêlé) ou des jeunes bovins (mâles non castrés de 15 à 18 mois) - au total 44% - et surtout des vaches de réforme c'est-à-dire des vaches issues des troupeaux spécialisés en lait ou en viande et qui finissent leur carrière en boucherie (48%).

 
« La tournée en solitude du boucher-abattant » (2), un circuit de transformation et de distribution en voie d’extinction

Ce maillon de la ruralité (le boucher achète ses animaux chez des éleveurs qu’il a sélectionnés, récupère leur carcasse à l’abattoir et en commercialise la viande dans les marchés ou campagnes) disparaît progressivement. Les circuits de collecte, de transformation et de distribution ont considérablement évolué au cours des dernières décennies. Ainsi aujourd’hui par exemple, la viande de bœuf consommée par les ménages est distribuée à 79% en grandes surfaces.

 
« Mange et tais-toi » (3)… c’est fini !

Pour le consommateur, la valeur nutritive (apports de protéines, etc.) et les satisfactions gustatives liées aux caractéristiques organoleptiques (tendreté, couleur, flaveur, jutosité) ont constitué pendant longtemps les principaux critères de la qualité de la viande.
Aujourd’hui le consommateur formule des exigences de plus en plus pointues notamment sur la valeur hygiénique de la viande (absence de contamination microbienne ou parasitaire, de résidus d’hormones), sur le contexte de la production (lieu, race), sur la valeur « éthique » du type de production (degré de bien-être des animaux, conditions d’abattage), sur la valeur environnementale des fourrages et aliments concentrés ayant servi à les engraisser (pollution par les nitrates), etc.

En conclusion, la viande est un aliment très important mais aussi très particulier car il met en jeu depuis des temps très anciens les relations ambivalentes entre l’homme et les animaux domestiques que le professeur Ruckbush définissait comme des animaux capables de supporter les peines de cœur. Mais l’auteur ajoutera, "pas toutes les peines : ils demeurent des êtres sensibles envers qui l’homme a des obligations".


 



Sources (1) le site internet du Sénat www.senat.fr
(2) titre d’un article du Monde
(3) titre d’un ouvrage écrit par Mr Paillotin

 

 

Mélipone

Petit mystère de la Nature
Sélénade

 

 

 

 
Lune d'été (El Palmar, Espagne)
 
 

 

Depuis la nuit des temps, la lune a fasciné l’homme comme en témoignent les multiples expressions qui émaillent son langage et qu’il serait fastidieux de rappeler ici. Une seule retiendra notre attention : « être dans la lune ». Elle suscite en effet une interrogation récurrente : comment se peut-il que l’homme, à l’instar de l’écureuil, puisse être aussi souvent dans la lune tout en la connaissant aussi peu ? Sans vouloir être exhaustif sur les relations entre la vie terrestre et la lune, voici quelques aspects qui nous sont apparus essentiels.

 

 

 

Lune d'été (Puezac, Cantal)

 

 

La lune, un astre brillant qui éclaire nos nuits

La lune n’émet pas de lumière par elle-même mais reflète celle du soleil. Les différents aspects sous lesquels elle apparaît vue de la terre (on parlera de phases lunaires) dépendent des positions relatives de la terre, de la lune et du soleil (fig.1). Les phases lunaires qui se répètent tous les 29 jours (durée d’un cycle lunaire) sont les suivantes : à partir de la nouvelle lune (lune noire), la surface lumineuse de la lune augmente chaque jour pour prendre la forme d’un croissant (premier quartier) jusqu’à devenir un disque parfait (pleine lune). Puis le disque lumineux diminue régulièrement en passant par le dernier quartier et enfin disparaît complètement.
Pour savoir si la lune est dans son premier ou dernier quartier, il suffit d’ajouter un jambage au croissant de la lune pour faire apparaître une lettre minuscule qui est soit « p» pour le premier quartier, soit « d » pour le dernier.

 

 

 

 

La lune et son influence présumée

Côté météorologie

Les relevés météorologiques collectés depuis plus d’un siècle n’ont pas permis d’établir des relations fiables entre les mouvements de la lune et la plupart des phénomènes météorologiques : ce sont bien souvent des relations de coïncidence (du type : le taux de natalité augmente avec la production d’acier) que des relations de cause à effet (du type : la pointe est enfoncée par le marteau).
Il y a une exception à cela, celle des marées. Il est maintenant prouvé que la lune dans son mouvement autour de la terre attire les masses d’eau océaniques provoquant une dénivellation (marée) qui pour des raisons de mécanique céleste se décale d’environ 50 minutes d’un jour à l’autre dans un même lieu. L’amplitude des marées va varier dans le temps. Elles seront maximum (« vives-eaux ») quand la terre et le soleil seront sur le même axe (fg. 1) et, de ce fait, conjugueront leurs forces attractives avec un point culminant aux équinoxes de printemps et d’automne. A l’inverse, les faibles marées (« mortes-eaux ») coïncideront aux premier et dernier quartiers lorsque ces forces s’opposeront.

Côté végétation

Les effets attribués à la lune forment une très longue liste surtout à la campagne comme par exemple : il faut couper le bois d’œuvre et mettre le vin en bouteille en lune décroissante etc….Nous développerons un peu plus ici les effets concernant les plantes cultivées car ils sont encore très souvent respectés par les jardiniers (calendrier lunaire).
D’une manière générale, on profite de la lune croissante pour « s’occuper » de toute la partie aérienne des plantes (fruits, graines, fleurs) et de la lune décroissante pour « s’occuper » des parties feuilles et racines. Ainsi la lune croissante est favorable aux cueillettes et aux récoltes qui se conserveront mieux. A l’inverse, on sèmera les radis (dont on consomme la racine) et les salades (dont on consomme les feuilles) en lune décroissante.
Enfin, attention à la lune du mois de mai lorsqu'elle brille par une nuit claire : par son effet propre ou plutôt celui du gel provoqué par un refroidissement nocturne lié à l'absence de nuages, elle a la mauaise réputation de "roussir" les semis trop précoces des jardiniers impatients (d'où son nom de lune rousse).
Cependant, la confrontation de tout ce savoir pragmatique fait apparaître de nombreuses contradictions et il est parfois difficile « d’y retrouver son latin ».


 
Côté pêche

Enfin d’un point de vue anecdotique, la lune permettrait d’expliquer la versatilité de l’appétit des truites de nos rivières aux eaux froides et claires. Ainsi, J. Porret, Professeur de pêche au lancer à Sarlat (24) s’est aventuré à relier la réussite de la pêche à un calendrier lunaire perpétuel.
Sans entrer dans le détail, les 8 jours qui suivent la nouvelle lune (noire) et le dernier quartier seraient selon lui, les périodes les plus favorables… Mais les « Tartarins » de la pêche veilleront quand même à choisir un parcours de pêche à proximité d’… une pisciculture.

Sans doute nos connaissances sur la structure de la lune ont beaucoup progressé depuis Cyrano de Bergerac qui prétendait aller sur la lune avec un aimant, mais les inter relations entre la vie terrestre et la lune s’apparentent souvent encore, à de l’alchimie.

 

 

 

 

Lune d'automne (Tamdaght, Haut Atlas, Maroc)

 

 

Mélipone

 
 

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