Un mot plutôt qu'un autre. Pourquoi un mot nous parle-t-il plus qu'un autre ? Pourquoi nous interpelle-t-il ?
Est-ce sa musicalité, son sens ou son histoire qui nous le font préférer à tous les autres ?
|
Sommaire |
|
|
Mot & merveilles Joie de vivre
"Joie de vivre" illustré par Catherine Lasnier
Diplômée de l’École d’Arts Graphiques Penninghen, Catherine Lasnier est une touche-à tout (graphisme, illustration et peinture) généreuse : elle enseigne aux ateliers pour enfants des Arts Décoratifs et se tourne de plus en plus vers l’Art Thérapie.
![]()
Légère comme une marguerite est la joie de vivre. Elle se communique facilement et se nourrit de rencontres simples : le bonjour d’un voyageur dans le métro, un « bonne journée » lancé d’une terrasse de café après une conversation brève avec un inconnu.
Joie de vivre
. Joie de vivre. Joie de vivre.
Joie de vivre. Et quand le monde sans Elle nous semblera trop cruel, trop injuste ou trop vide, c’est elle, cette petite voix tenace, ce courage doux, bienveillant, parce qu’il nous venait d’Elle, qui nous protègera du désespoir et du charme qu’exerceront sur nous les idées noires et le néant.
Joie de vivre, amour de la surprise, attention au présent, fleur fragile.
Elle me donna sa puissance. Aujourd’hui je Lui donne ma voix.
Aurélia Peyrical est en classe préparatoire littéraire. Elle suit donc une formation poussée en diverses matières dont la philosophie, les lettres, l'histoire, l'anglais etc... Après avoir voulu pendant un temps être professeur, elle se dirige maintenant plutôt vers l'édition et les métiers de la Culture. Comme tous les khagneux français, elle espère avant tout pouvoir entrer dans la sacro-sainte École Normale Supérieure mais elle serait aussi tentée par une formation dans une université anglaise ou québécoise. Elle écrit depuis plusieurs années des poèmes et nouvelles et travaille actuellement sur un roman. Aurélia se passionne aussi pour la photographie. Bonne chance Aurélia. |
|
|
Mot & merveilles Khouya*
![]() "Khouya", calligraphie arabe de Thami Benkirane En fait Thami n'est pas calligraphe mais photographe (voir la rubrique "Ma photo préférée"). Je vais vous expliquer toute l'histoire de cette calligraphie. Au départ, je pensais demander à un écrivain public de me réaliser cette calligraphie. Mais maintenant au Maroc ils n'utilisent plus que de méchantes machines à écrire, ce qui ne faisait pas mon affaire. Toutes les autres pistes pour trouver un calligraphe/illustrateur marocain que nous avons tentées s'étant avérées vaines, Thami a dû avoir pitié de moi. Et le jour de la réponse négative de notre dernière piste, il m'a envoyé cette calligraphie avec un mot: "Pour remédier à cette situation et bien que je ne prétende pas au statut de calligraphe, j'ai pris un papier Canson, un stylo à encre et essayé tant bien que mal de calligraphier le mot en question. J'espère que cela va faire l'affaire". Je trouve cette calligraphie magnifique. D'autant plus qu'elle a été faite avec l'élan du cœur. Merci Thami ! Khouya* Pas assez de temps pour apprendre l’Arabe, plongée davantage dans l’idée que je devais améliorer mon anglais. Pas assez de temps, doux mensonge pour ne pas dire que je ne me suis pas donnée le temps, ce qui est plus proche d’une certaine vérité ; encore faudrait-il qu’elle existe. Pas d’apprentissage académique certes, mais les oreilles et l’esprit bien ouverts pour entendre, capter les paroles de l’autre, proche ou lointain, dans la rue, la maison, au musée. Les yeux également attentifs, car la langue s’accompagne d’un langage des mains, jambes et visage, c’est bien tout le corps qui suit les cordes vocales : le mouvement des lèvres, l’intonation et la conviction que l’on y met, Langage silencieux si cher à Edward T. Hall, que je ne cesse de relire. Pour Mot et merveilles, je m’étais arrêtée sur deux mots, l’un plus gourmand, j’ai choisi l’autre, plus entier et pour moi plus représentatif de mon expérience marocaine. Une évidence, finalement. Et ce mot merveilleux à mes yeux et mon cœur, je l’ai entendu des dizaines et des dizaines de fois par jour, je me le suis approprié et à mon tour, l’ai rejeté dans le quotidien. Ici, là, parfois à quelques centimètres de mes tympans, ce qui ne manquait pas de me faire bondir, l’interjection sonne claire et sera répétée jusqu’à atteindre son but. Hommes et femmes l’emploient. Dans les gorges mâles, il racle leur palet et s’élance avec force et fracas, chez les femmes aussi les r s’écorchent, peut-être avec moins de profondeur gutturale. À mon échelle et selon ma subjectivité, ce mot est empli de complicité, de respect, de douceur, et de fraternité. Ce mot c’est « Khouya », c’est le frère, mon frère, ton frère, et l’idée que nous sommes tous le frère ou la sœur de l’autre. Version trop candide, peut-être, je me suis plue à l’employer, parfois trop facilement au vu de mon interlocuteur. Et parfois avec quelques regrets, quand les sourires finissent par se ternir, sur le visage de l’autre et ou du mien. Quel bonheur de pouvoir dire « Khouya » quand l’occasion se présente, au sein d’une amitié franche, rare, mais aussi à celui à qui j’achetais chaque matin mon petit sac plastique de lait pour le café d’avant ouverture. « Khouya » résonne en moi, et si au fil des années le peu de vocabulaire d’arabe marocain que j’ai retenu s’estompe, c’est bien ce mot merveilleux et généreux que je n’oublierai pas. Quelques autres aussi, mais ce sont là de nouvelles histoires…
* Je me suis étonnée auprès de Thami qui m'avait corrigé l'écriture de Rhouya en Khouya. Pourquoi un "K" alors que Stéphanie parle de r qui s'écorchent. Voici la réponse du spécialiste : "Pas du tout, il ne s'agit pas d'un [r] ni d'un [R]. Mais d'une consonne uvulaire (réalisée au niveau de la luette ou voile du palais) non voisée. C'est l'équivalent de la jota de l'espagnol et que phonétiquement nous notons par un [x]. Les mots espagnols suivants : jefe, juicio, gimenez comportent à leur initiale ce son. Tu peux entendre la prononciation du mot trabajar (= travailler) ici : http://www.espagnol-online.de/grammaire/chapitre1/1_1_prononciation_c_ch.htm" Après 5 années aux Beaux-arts à Brest, où elle se découvre une passion pour la photographie, la gravure, et l'Image plus largement, Stéphanie Max fait un master en ethnologie, ce qui la conduit à la Maison de la Photographie à Marrakech où je l'ai rencontrée. Pour l'avenir, elle a des ailes qui vont la conduire encore plus loin et plein de projets ... |
|
|
Mot & merveilles Les anges
![]() Les anges Illustration d'Élodie Maravelle, graphiste parisienne (avec l'accent du Sud) qui a eu envie de mettre du rouge car les anges c'est coquin aussi, non ?
![]()
Silver Spring, 26 juin 2009
(extrait)
Maman, qui était une femme de foi, croyait à nos anges gardiens. Elle leur demandait des services et, à son témoignage, ils les lui rendaient ! Pourtant, bien qu’il soit beaucoup question d’anges dans la bible, j’avais, je l’avoue, succombé à un certain agnosticisme sur ce plan. Cela a résulté en partie d’une foi monothéiste tendant à renvoyer tout le surnaturel vers Dieu : les écrits les plus anciens de la bible racontent des rencontres avec Dieu. Plus tard, les juifs, saisis par la transcendance de l’Eternel, ont pensé : « nul ne peut voir Dieu sans mourir ». De ce fait, dans les écrits tardifs il n’est plus question de rencontres avec Dieu, mais seulement avec des anges. Un regard théologique moderne critique tend à faire re-disparaître les anges en tant qu’êtres personnels pour n’y voir que des « manifestations » de Dieu. Il y a eu aussi chez moi, il faut bien le dire, l’effet de l’ambiance matérialiste moderne où les adultes ne croient pas plus aux anges qu’au père Noël. C’est ainsi que j’avais entendu parler d’un livre où il était question d’apparitions d’anges au XXe siècle, et que je n’y avais pas attaché d’importance. Jusqu’au jour, l’an dernier, où un de mes frères, dans un courriel, m’a dit incidemment l’importance de ce livre à ses yeux. Je l’ai acheté et depuis c’est pour moi un livre de chevet, de ceux que l’on absorbe à petites doses. Les événements se sont déroulés en Hongrie de juin 1943 à novembre 1944. Pendant 17 mois, une fois par semaine, des anges ont dialogué chaque semaine avec quatre jeunes gens qui n’avaient pas eu d’éducation religieuse en tant que telle. Trois furent déportés en tant que juifs et n’en revinrent pas. La survivante, Gitta Mallasz, qui était graphiste de métier, vint habiter en France en 1960, s’y maria et y mena une vie recluse à la campagne. Elle qui ne connaissait que le hongrois et l’allemand s’était mise au français et s’était attelée à la tâche laborieuse de traduire en français les notes prises sur le vif. Tout cela restait confidentiel, jusqu’au jour où Claude Mettra, journaliste à France Inter, eut vent de l’existence des carnets. Il invita Gitta à son émission, le 22 avril 1976. Dès le lendemain, la station de radio reçut un déluge de lettres d’auditeurs fascinés. Pour Gitta, ce fut un signe que le temps était venu d’une publication. Aubier-Montaigne accepta immédiatement de publier le manuscrit sous le titre « Dialogues avec l’ange ». Le livre est aujourd’hui publié dans une bonne douzaine de langues et a fait l’objet d’une réédition enrichie de notes en français. L’écho à ce livre, de par le monde, ne fait que croître. Il est salué pour son importance spirituelle par des gens comme le violoniste Yehudi Minuhin. Qu’est-ce qu’ils racontent les anges, quand ils parlent ? Ce sont des paroles qui invitent à un développement spirituel, faut-il dire un éveil, comme les bouddhistes, ou une conversion, un retournement comme les évangiles ? Impossible de faire une synthétise en quelques lignes, là où il a fallu 17 mois aux anges pour susciter l’éveil chez ces quatre jeunes gens. Je prends quand même le risque de citer quelques phrases, dans l’espoir de donner envie aux lecteurs de faire eux-mêmes leur propre cheminement en lisant … et relisant le livre.
L’éternité n’est pas éternelle répétition Mais l’éternellement neuf.
Avec la lumière et la force qui viennent, Il n’y aura plus de temples, plus d’églises : Tout sera temple et église.
De Dieu seul vous pouvez recevoir À tous les autres, donnez ! Vous recevrez tout ce dont vous avez besoin.
Si vous avez la foi, Vous pouvez marcher non seulement sur l’eau, Mais encore sur le néant, sur le vide obscur. N’ayez pas peur, faites seulement attention à une chose : Ne vous penchez pas pour vous appuyer ! Ce qui vous semble votre plus sûr appui Deviendra le vide obscur Ne vous accrochez pas à un appui, Autrement vous deviendriez vous-mêmes le vide obscur
Il n’est nul besoin de repentants et d’ascètes Ils ne sont pas chers au divin.
Le monde créé et le monde créant, Entre eux : l’abîme. …Vous êtes le pont Le pont n’est pas le souhait mais la foi… Est-ce que l’argent peut apporter la délivrance ? Le sacrifice, la générosité, les bonnes intentions Ou la philanthropie peuvent-ils apporter la délivrance ? Tout cela tombe dans le puits sans fond.
Qu’est-ce que la liberté ? Servir ! Si vous servez, vous être unis avec le divin Et vous êtes libre !
P.S. Les dialogues ont eu lieu en hongrois. Je ne dispose pas de la traduction française et ai donc pris le risque de retraduire à partir du texte anglais.
Michel Valois, né en 1938, a été prêtre-ouvrier, économiste et directeur de cabinet, avant de créer une petite entreprise qui a fait faillite et l'a conduit, après des tâtonnements, à se réinventer traducteur. Une douzaine de livres traduits depuis. Il s'est installé aux Etats-Unis à 60 ans, il y a onze ans, avec son épouse qui ne trouvait plus de travail en France. Il y sert une nouvelle clientèle composée notamment d'institutions internationales. |
|
|
Mot & merveilles Tout a commencé par un punch.... « Très chère rédactrice, Nous avions été invités, tous les trois, plus trois autres chez deux encore. Et c'est trois beautés, dont deux inconditionnelles fans d'Yvon (la troisième ne l'ayant pas encore rencontré), qui nous les ont illustrés.
"Zanzibar", Illustré par Mélanie Nakasato, 15 ans
ZANZIBAR André vient de fêter ses 70 ans. En famille.
Le premier invité à cette fameuse soirée
![]()
"Voyage", illustré par Aymée Nakasato, 13 ans
![]()
VOYAGE Un jour, chemin faisant, je rencontrai un billet.
Le deuxième invité à cette fameuse soirée
![]()
"Rêve, illustré par Léna Momus, bientôt 12 ans
LE RÊVE Je vais vous raconter le rêve du papillon.
La troisième invitée à cette fameuse soirée
"La plume au vent" |
|
|
Mot & merveilles Épiphanie ![]() "Épiphanie" par Diana Schneider, jeune graphiste texane Épiphanie est un mot qui porte en lui le mystère poétique de la révélation. Il en a la grâce… L’épiphanie est pour les chrétiens la révélation de la manifestation du Christ dans le monde. Ce fut même jusqu’au Ve siècle la grande et unique fête de la Chrétienté. L’épiphanie est associée pour moi à un imaginaire visuel. Des images liées à la fête d’abord : j’aime celle de mon enfance que j’associe à l’image naïve du calendrier de l’Avant où ces mages processionnaires et magnifiques, Melchior l’Africain, Balthazar et Gaspard se défiant du méchant roi Hérode, viennent déposer leurs offrandes de myrrhe, encens et or aux pieds de l’Enfant Jésus. Il y a celle moins colorée mais plus récente de la salle paroissiale du quartier, où les volutes profuses de l’encensoir ont fait tousser le curé et les fidèles. Et puis bien sûr, il y a celle légèrement nauséeuse des miettes de la énième galette sur l’assiette à gâteaux. Il faut savoir que ce mot épiphanie n’a pas qu’une acception religieuse. L’épiphanie est devenue poétique, littéraire, artistique, plutôt profane mais toujours élevée. De toutes les épiphanies que recèlent les narrations du moi, je préfère celle d’une amie chère qui en pèlerinage littéraire, s’est baignée dans l’étang jouxtant la maison d’un grand poète de Nouvelle Angleterre. Dans cette eau fraiche, le regard vers le ciel que dégageait la trouée des arbres, elle a, m’a-t-elle raconté, vécu une réelle épiphanie. Ca m’a frappé : et dans mes pensées, par la magie d’une révélation subséquente où s’est opéré un véritable décentrement du sujet, l’épiphanie prenait corps et faisait la planche dans un pond.
|
|
|
Mot & merveilles Oui
![]() "Oui", par Elise Pallot, graphiste
![]()
Oui : tout juste trois lettres, que des voyelles, zéro consonne. Un petit mot de rien qui peut changer tout. A quoi tient la force du oui, son zèle infini, son charme épanoui ? Au "ni oui ni non", je savais bien ne pas dire non, avec des nullement, pas le moins du monde et autre que nenni, désuet mais efficace. Pour éviter le oui, il y avait certes la panoplie inverse des volontiers, des peut-être et des pourquoi pas, mais d'une façon ou d'une autre, je finissais par dire oui, au détour parfois d'un je crois bien que oui pourtant bien amorcé. Aussitôt prononcé, le oui fatal en entraînait deux autres: "t'as-dit-oui-t'as dit-oui" et la partie était finie. Perdre parce qu'on avait dit oui me paraissait aussi injuste que de devoir jouer à la balle en silence, comme dans la "partie simple" qu'Anne Sylvestre chantait à l'époque, dans les années soixante: "Partie simple/ Sans bouger/ Sans rire et sans parler". Bouger, rire et parler : autant de manières de dire oui, d'être dans le oui, comme on est dans le vrai. A cette même période, la poupée de Michel Polnareff passait ses journées à dire "non non non non non non". A quoi, l'histoire ne le disait pas, mais il était troublant d'entendre que celui à qui elle disait non aurait "donné sa vie/ pour qu'elle dise oui". Une vie pour un oui, le jeu devait en valoir la chandelle. Mais hélas, la poupée est passée à côté, tout simplement parce que "personne ne lui avait jamais appris/ qu'on pouvait dire oui". On en vit comme on en meurt, d'un oui. Depuis cette terrifiante histoire, l'expression pour un oui pour un non a perdu son sens commun. Il y a le oui et il y a le non, comme il y a le yin et le yang, le Nord et le Sud, le salé et le sucré, le soleil et les nuages. C'est comme ça. Parmi ceux qui m'ont appris le sens du mot oui, il faut rendre à Oui-Oui ce qui est à Oui-Oui. Ce joyeux pantin de bois portait un bonnet bleu surmonté d'un grelot qui sonnait à chaque hochement de tête. Au pays des jouets, Oui-Oui savait dire oui, il passait même son temps à ça. Tout lui allait, la vie était belle, il ne se fâchait jamais, pas même contre Mademoiselle Chatounette qui avait pourtant si mauvais caractère (encore une qui n'avait pas appris à dire oui) et il déambulait avec bonheur au volant de son fringant taxi rouge et jaune, sans craindre d'être verbalisé par le gendarme pourtant pas commode de Miniville. Depuis Oui-Oui, le oui est resté associé aux couleurs primaires, et il me semble encore entendre tinter son bonnet à grelots à chaque oui qui compte. Ce n'est qu'une trentaine d'années plus tard, que j'ai appris, dans un Early Learning Center de Londres (un pays des jouets "à-soi-tout-seul"), qu'en version originale, le Oui-Oui d'Enid Blyton s'appelait Noddy, du verbe nod qui signifie "hocher la tête" (opiner du bonnet) et non pas, comme le mot aurait pu le laisser entendre, dire non. Comble de désorientation, une fois devenu Noddy, Oui-Oui roulait à gauche. Mais oui. Sans savoir comment ni pourquoi, le mot "oui-oui" en est venu à désigner, dans le babil familial, le zizi (qu'il soit "de garçon" ou "de fille"). Pas le moindre rapport avec Oui-Oui (il faudrait peut-être chercher) et le terme est devenu tout à fait naturel, au point qu'un de mes enfants s'est un jour étonné, en découvrant d'anciens volumes de la bibliothèque rose, qu'un personnage puisse porter un nom pareil... Ces derniers temps, il semblerait que le oui soit devenu à la mode, une forme de "lâcher-prise", une manière d'être en phase avec soi-même et son environnement. Dire oui, c'est accepter ce qu'on a, adhérer à ce qui est, et rester po-si-tif. Les années ont passé et on en arrive parfois à se demander si la poupée de Polnareff a fini par changer d'avis pour connaître enfin l'amen inouï du oui.
Géraldine Chouard enseigne l'anglais à l'Université Paris-Dauphine. |
|
Mot & merveilles![]() Illustration pour le mot "Commettre" par Emmanuelle Hucher, graphiste Commettre (un ouvrage)Commettre. Comment compléter ce verbe transitif ? Par du négatif. Commettre un crime, une injustice, des fautes, des actions blâmables… « Ce n’est pas parce qu’on craint de la commettre, mais c’est parce qu’on craint de la subir que l’on blâme l’injustice. » « Il est souvent plus grand d’avouer ses fautes que de n’en pas commettre. » « Mieux vaut encore subir l’injure que de la commettre. » Pourquoi tant de haine alors que l’origine du mot commettre est commitere qui signifie mettre ensemble ? Et s’il est pronominal ? Encore du négatif… Se commettre, c’est compromettre sa dignité, sa réputation. Et si vous entendez que votre auteur favori a « commis un nouvel ouvrage », comment allez-vous le prendre ? Commettre un texte, c’est en être l’auteur. Commettre pour écrire, accomplir, créer… « Être auteur », j’ai cru avoir le plaisir de découvrir un sens caché et élégant à un mot vilain, mais en approfondissant, là encore, on trouve un axe bien négatif : puisque dans ce cas, l’intention est de nuire par l’écriture, de mentir et de critiquer par les mots. Quoi ! des mots sans merveilles ? Des mots pour mettre à mal ? Quelle est la nature d’une telle démarche ? Satire, diatribe, pamphlet… rien de nouveau me direz-vous. L’édition française s’en nourrit. Mais cette expression me déstabilise, comment peut-on écrire pour nuire ? Et encore plus réaliser un livre, cet objet des merveilles, sans une intention positive ? Calmons-nous néanmoins puisque ce verbe ne se conjugue jamais avec le « je » de l’auteur. Personne ne crie : « ça y est, j’ai commis mon ouvrage ! ça va faire mal… » L’acte n’est donc pas mal intentionné, mais jugé par les lecteurs ennemis. Ah… Et vous, que commettez-vous en ce moment ? Freelance depuis 5 ans, Florence Morel propose ses services de relecture, réécriture, préparation de copie et mise en page à des éditeurs. Vous pouvez aller découvrir son blog sur son site www.suivi-editorial.fr |
|
|
Mot & merveilles Écran
![]() "Écran" Illustration de Oliver White, graphiste (avec une auréole...)
![]()
Écran nm (escren : fin XIIIème – néerlandais scherm « paravent ») La surface de projection, sur laquelle on projette ses images,
|
|
|
Mot & merveilles Encore Encore, écriture monocondyle par Denise Luc, Calligraphe Encore. Au moment considéré, l’empreinte de la persistance. Je [te] dis encore. Adverbe de supplément, injonction « au corps » ou «en corps». Allez savoir. Plus. Autre. Nouveau. Toujours. Encore et encore, d’accord, d’accord. Exclamatif, impératif, encore que (littéraire). Hinc ha hora, dit le latin… populaire. Autant dire le hic et nunc du pauvre. Qui en veut plus, c’est bien connu. Avec encore on passe la ligne d’avantage mais êtes-vous encore là et en voulez-vous davantage? Encore, c’est simple comme bonjour. Encore dit oui, c’est bon, on a compris : il va pas nous remettre ça encore une fois. « Non seulement par la raison mais encore par le cœur » Pascal, l’autre. Le Monsieur qui dit Encore |
|
|
Mot & merveilles Quand les mots me débordent. BORDEL.
nakasatO, Calligraphe www.moogai.com
Quand les mots me débordent. Bordel.
Je suis née dans une famille nombreuse, de parents cultivés, sensibles à la beauté et mon père qui était un lecteur familier de Raymond Queneau adorait les jeux de mots, les palindromes et les contrepèteries. « Je suis un fer bien pété » s'exclama-t-il un jour qu'on lui souhaitait la sienne. Les conversations à table étaient souvent épicées d'allusions coquines voire salaces que du haut de mes 8-10 ans, je m'efforçais de décrypter.
Bordel, un mot qui claque au vent comme le battant d'une cloche. Ce n'est pas du tout la maison de passe, le bar à pute avec l'hôtel attenant qui me viennent à l'esprit. Et pourtant, à Lyon, ma ville natale, j'ai arpenté sagement mais les yeux grands ouverts les rues des Archers, Mercière, Tupin, fascinée par ces « péripatéticiennes » aux chevelures excessives, aux poitrines dénudées et proéminentes, aux cuisses bottées, jambes résillées, jupes-gaines panthère, bouches écarlates, cigarettes, voix cassées, rires gutturaux qui me toisaient sans méchanceté, maigrelette dans ma jupe plissée écossaise, socquettes bleu marine, béret à pompon et lourd cartable de petite classe.
Eveneige La Rangée |
|
|
Mot & merveilles Le choix de Sophie : Volubile
Du latin classique "volvere" qui signifie "faire tourner", l'adjectif volubile évoquait au Haut Moyen Age la mer et ses humeurs aussi inconstantes que celles d'une femme, puis perdit son i joli pour devenir "voluble", heureusement très vite dissous dans les remous de la Renaissance. Littéralement "tournant", le terme s'applique aux tiges souples et graciles qui s'enroulent autour d'un support pour prendre un peu de hauteur. D'où les volubilis, que d'aucuns moins poètes nomment "liserons".
Sophie a demandé à ses amis de se prêter au jeu : brodeuse haute couture, artiste multimedia, chercheur en virologie et écrivain. Chacun d'entre eux, dans le désordre, nous invite à partager sa propre évocation.
"Pour moi, la volubilité évoque surtout la délicate convolvulacée de nos jardins. Incomprise et rejetée, elle fait danser ses tiges graciles. Elle se glisse dans le lit des cassis sérieux et des framboisiers romantiques et d’une étreinte sensuelle, elle éclos en immenses coupes éclatantes transformant le vert verger en tableau de Monet.
"Dans mon esprit, ce mot est féminin (je sais que c'est un adjectif) et je l'associe au papillon. Je m'explique. La première image qui m'est venue à son évocation est celle d'une femme qui bavarde sans discontinuer. La scène se passerait dans un café et d'une table voisine, d'où l'on ne pourrait pas vraiment suivre la conversation, son récit composerait une petite musique, semblable au vol d'un papillon. Trajectoire accidentée rythmée par un rapide battement d'ailes qui s'interrompt à peine lors de brefs atterrissages. Un peu étourdissante."
"Au mot "volubile" s'associe immédiatement pour moi celui de "bibelot" (d'inanité sonore), ce qui me fait penser à une jolie femme dont le doux babil me berce d'idées qu'un imbécile hâtif jugerait superficielles. Le simple fait d'émettre des sons avec une jolie voix est en soi suffisament métaphysique pour n'avoir que rarement à en regretter le sens particulier.
"Quand ma phrase bondit et que mes mots s’envolent
|

N° 11

N° 10

N° 9

N° 8

N° 7

N° 6

N° 5

N° 4

N° 3

N° 2

N° 1

N° 11

N° 10

N° 9

N° 8

N° 7

N° 6

N° 5

N° 4

N° 3

N° 2

N° 1

N° 11

N° 10

N° 9

N° 8

N° 7

N° 6

N° 5

N° 4

N° 3

N° 2

N° 1

N° 11

N° 10

N° 9

N° 8

N° 7

N° 6

N° 5

N° 4

N° 3

N° 2

N° 1

N° 11

N° 10

N° 9

N° 8

N° 7

N° 6

N° 5

N° 4

N° 3

N° 2

N° 1

Rencontre

Photo

Nature

Écriture

Cuisine

Rencontre

Photo

Nature

Écriture

Cuisine

Rencontre

Photo

Nature

Écriture

Cuisine

Rencontre

Photo

Nature

Écriture

Cuisine

Rencontre

Photo

Nature

Écriture

Cuisine

Rencontre

Photo

Nature

Écriture

Cuisine

Rencontre

Photo

Nature

Écriture

Cuisine

Rencontre

Photo

Nature

Écriture

Cuisine

Rencontre

Photo

Nature

Écriture

Cuisine

Rencontre

Photo

Nature

Écriture

Cuisine

Rencontre

Photo

Nature

Écriture

Cuisine
Création
- Réalisation
Copyright@lesmotsdesanges.com, 2007 - Mentions légales