Le numéro 6 des Mots des Anges. Qui couvre deux saisons cette fois-ci. Avec l'idée de revenir à un rythme plus soutenu à la rentrée...
Nous avons longé les bords de Marne en remontant le courant pour rencontrer un sculpteur de pierre philisophe. Pour la photo, Marie-Pierre nous l'a ramenée du désert du Wadi Rum en Jordanie. Et la recette, c'est un clin d'oeil au monde merveilleux d'Alice. Il y a aussi le mot qui est tout petit et le mystère du Saint-Nectaire.
Bienvenue.
4ine
Conceptrice rédactrice
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N° 6
Printemps-Été 2008 ![]() ![]() ![]() ![]() ![]()
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Rencontre avec des êtres extraordinaires Le sculpteur de temps ![]()
Pour aller à sa rencontre on peut prendre l'autoroute, mais je vous conseille de prendre votre temps. Gare de l'Est on prend un train pour Lagny-sur-Oise. Et ensuite on longe les bords de Marne en remontant le courant. 40 mn nous avait-on dit. En fait il faut compter beaucoup plus (je n'y reprendrai pas mes filles à qui j'avais parlé de 30 mn...). Mais la Marne nous permet de nous préparer à la découverte. On se sent très loin de la ville et du bruit. Et au détour d'une forêt le Jardin jaillit. Tout tranquille. Des sculptures en calcaire d'assez grande taille. Faites avec des pierres de récupération. Au départ avec celles de l'ancien acqueduc de la Dhuys (bombardé en 1939) qui est juste à côté. Maintenant avec celles du tablier du Pont Neuf qui vient dêtre restauré. La pierre qui n'est pas de récupération est beaucoup trop chère (1000 le m3 sans compter le transport. Sachant qu'il faut 3 à 4 m3 pour une sculpture). Et elle n'a pas déjà une histoire. ![]() Si on s'avance au bout du chemin on aperçoit Jacques Servières dans son bleu de travail, assis dans son pliant, de dos et face à la sculpture qu'il a en chantier. Aujourd'hui il ne sculpte pas. Il peint. Des esquisses pour ses prochaines oeuvres. En sirontant du thé de son thermos. Nous allons dans la salle de réunion : deux troncs d'arbres creusés et couchés l'un en face de l'autre. Jacques Servières nous raconte son Jardin. Sa sculpture.
Une partie des photos a été prise par Aymée Nakasato (12 ans) C'est un art difficile, très physique, qui demande de la force. C'est aussi difficile parce qu'on est toujours face à un dilemme : il faut faire des choix (on garde ou on enlève) et il ne faut pas hésiter à rentrer dans la matière. Comme la vie en fait.
Il sculpte été comme hiver, les mercredis, samedis et dimanches. Deux sculptures par an. Il y en a une quarantaine maintenant, les dernières de plus en plus épurées et toutes en courbes. Immédiates. Et chaque nouvelle sculpture est placée un peu plus en amont de la rivière. Comme s'il voulait insconsciemment remonter le courant pour aller à la source. Par contre quand il regarde toutes ses sculptures, il peut remonter son propre temps et reconnaître dans chacune les événements qui ont jalonné sa construction. Ce sont des repères de sa propre vie, de sa propre histoire. Jacuqes Servières travaille toujours sur trois pièces en même temps : celle qu'il est en train de faire, celle qu'il est en train de finir et celle qu'il va faire. Il aime aller de l'une à l'autre.
Pour en savoir plus : www.jardindesculpture.net |
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Ma photo préférée Errances 01
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Dans la série Errances, Marie hésitait entre celle du campement au loin et celle de la tente bleue, un endroit maintenant abandonné mais fabriqué avec la poésie innée des bédouins. Celle du campement au loin a été prise du haut d'une montagne face à un campement bédouin aménagé pour accueillir des touristes. "La caravane de chameaux ressemble à une colonne de fourmis et c'est ce qui m'a plu. Encore une fois cette notion de l'immensité et de relativité de l'être humain dans tout ça..." Enfin, pour les plus curieux, quelques lignes sur Wadi Rum : "Wadi Rum is one of the most stunning desertscape epitomizing the romance of the desert. Lying 300 km southwest of Amman, between Petra and Aqaba, its uniquely shaped massive mountains eroded by the wind rise vertically out of the pink desert sand, which separate one dark mass from another in a magnificent desert scenery of strange breathtaking beauty, with towering cliffs of weathered stone.
Marie Sauvaitre is a French photographer, now residing in NYC. |
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Petit mystère de la Nature 1+1 = 400 ?
Du fromage de qualité avec n’importe quel lait ?
« Maître corbeau sur un arbre perché tenait en son bec un fromage… ». Ainsi commençait cette célèbre fable de La Fontaine dont on connaît trop l’excellence pour penser qu’il ait choisi cet aliment par hasard. En effet, c’est une certitude, le fromage figure parmi les premiers aliments de l’homme : sans doute pour assurer durablement la croissance des humains après leur sevrage, il fallait alors pouvoir conserver la plupart des constituants nobles du lait dont la production chez les mammifères domestiques était éminemment périssable et saisonnière.
![]() (Presque) toute l'Auvergne est dans le pré Montage réalisé par Claude Bernard (Maman)
Aujourd’hui, sous la pression des consommateurs, les facteurs en amont de la transformation, et notamment ceux concernant l’alimentation des animaux, sont de plus en plus pris en compte par la filière de production et cela grâce aux résultats d’études récentes.
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Mot & merveilles Oui
![]() "Oui", par Elise Pallot, graphiste
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Oui : tout juste trois lettres, que des voyelles, zéro consonne. Un petit mot de rien qui peut changer tout. A quoi tient la force du oui, son zèle infini, son charme épanoui ? Au "ni oui ni non", je savais bien ne pas dire non, avec des nullement, pas le moins du monde et autre que nenni, désuet mais efficace. Pour éviter le oui, il y avait certes la panoplie inverse des volontiers, des peut-être et des pourquoi pas, mais d'une façon ou d'une autre, je finissais par dire oui, au détour parfois d'un je crois bien que oui pourtant bien amorcé. Aussitôt prononcé, le oui fatal en entraînait deux autres: "t'as-dit-oui-t'as dit-oui" et la partie était finie. Perdre parce qu'on avait dit oui me paraissait aussi injuste que de devoir jouer à la balle en silence, comme dans la "partie simple" qu'Anne Sylvestre chantait à l'époque, dans les années soixante: "Partie simple/ Sans bouger/ Sans rire et sans parler". Bouger, rire et parler : autant de manières de dire oui, d'être dans le oui, comme on est dans le vrai. A cette même période, la poupée de Michel Polnareff passait ses journées à dire "non non non non non non". A quoi, l'histoire ne le disait pas, mais il était troublant d'entendre que celui à qui elle disait non aurait "donné sa vie/ pour qu'elle dise oui". Une vie pour un oui, le jeu devait en valoir la chandelle. Mais hélas, la poupée est passée à côté, tout simplement parce que "personne ne lui avait jamais appris/ qu'on pouvait dire oui". On en vit comme on en meurt, d'un oui. Depuis cette terrifiante histoire, l'expression pour un oui pour un non a perdu son sens commun. Il y a le oui et il y a le non, comme il y a le yin et le yang, le Nord et le Sud, le salé et le sucré, le soleil et les nuages. C'est comme ça. Parmi ceux qui m'ont appris le sens du mot oui, il faut rendre à Oui-Oui ce qui est à Oui-Oui. Ce joyeux pantin de bois portait un bonnet bleu surmonté d'un grelot qui sonnait à chaque hochement de tête. Au pays des jouets, Oui-Oui savait dire oui, il passait même son temps à ça. Tout lui allait, la vie était belle, il ne se fâchait jamais, pas même contre Mademoiselle Chatounette qui avait pourtant si mauvais caractère (encore une qui n'avait pas appris à dire oui) et il déambulait avec bonheur au volant de son fringant taxi rouge et jaune, sans craindre d'être verbalisé par le gendarme pourtant pas commode de Miniville. Depuis Oui-Oui, le oui est resté associé aux couleurs primaires, et il me semble encore entendre tinter son bonnet à grelots à chaque oui qui compte. Ce n'est qu'une trentaine d'années plus tard, que j'ai appris, dans un Early Learning Center de Londres (un pays des jouets "à-soi-tout-seul"), qu'en version originale, le Oui-Oui d'Enid Blyton s'appelait Noddy, du verbe nod qui signifie "hocher la tête" (opiner du bonnet) et non pas, comme le mot aurait pu le laisser entendre, dire non. Comble de désorientation, une fois devenu Noddy, Oui-Oui roulait à gauche. Mais oui. Sans savoir comment ni pourquoi, le mot "oui-oui" en est venu à désigner, dans le babil familial, le zizi (qu'il soit "de garçon" ou "de fille"). Pas le moindre rapport avec Oui-Oui (il faudrait peut-être chercher) et le terme est devenu tout à fait naturel, au point qu'un de mes enfants s'est un jour étonné, en découvrant d'anciens volumes de la bibliothèque rose, qu'un personnage puisse porter un nom pareil... Ces derniers temps, il semblerait que le oui soit devenu à la mode, une forme de "lâcher-prise", une manière d'être en phase avec soi-même et son environnement. Dire oui, c'est accepter ce qu'on a, adhérer à ce qui est, et rester po-si-tif. Les années ont passé et on en arrive parfois à se demander si la poupée de Polnareff a fini par changer d'avis pour connaître enfin l'amen inouï du oui.
Géraldine Chouard enseigne l'anglais à l'Université Paris-Dauphine. |
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Cuisine imaginaire L'étendart à linge d'Alice
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Au sujet du poireau translucide, c’est en observant un morceau de poireau collé à la pâte d’une flamiche qui cuisait au four que le concept de la bouchée était lancé.
Les poireaux diaphanes On utilise principalement les verts de poireaux que l’on nettoie et que l’on blanchit dans une eau bouillante additionnée de bicarbonate de sodium (5 gr pour un litre d’eau) afin que la couleur du légume soit bien franche. Même traitement pour des lamelles fines de poivrons multicolores et de carottes (l’utilisation d’un économe permet d’obtenir un bon résultat). Une fois les légumes ramollis on les rafraîchit. On crée ainsi des montages rappelant les techniques de collage artistique. A ce moment de la préparation il n’y a pas de règle précise pour assembler les ingrédients entre eux. Les formes peuvent varier, les contrastes de couleurs également… selon l’inspiration, au gré de son imagination.
![]() (Gros plan) à gauche : une feuille de poireau enfermant une lamelle de poivrons rouge, vert et jaune à droite : une feuille de poireau enfermant 3 feuilles de basilic et une lamelle de carotte (Gros plan) à gauche : quatre lamelles de poireau tressées avec des lamelles de carotte, poivrons rouge à droite : une feuille de poireau enfermant 3 lignes d'encre de seiche ![]()
(Gros plan) à gauche : une feuille de poireau enfermant une lamelle de carotte et de poivron, une
![]() A l’orange, effervescente et pétillante à la bergamote et à la fleur d’oranger
Laurent Maire est Chef de cuisine à domicile. Aux 3èmes Rencontres art, science et gastronomie (parrainées par Hervé This et Pierre Gagnaire), il a été Lauréat dans la catégorie "artistique" et a reçu le Prix Spécial du jury pour l'originalité de son concept. Pour en savoir plus sur Laurent, www.laurentmaire.com Pour en savoir plus sur le concours : www.sciencesetgastronomie.com |

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