WEBZINE N° 22
Balade au Japon

WEBZINE N° 22
Balade au Japon
La maison du pêcheur
rencontre
La cuisine des petits riens
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A small snake by the roadside
photo
Les plantes de la montagne
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Haïku
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édito
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Édito

Le numéro 22 des Mots des anges.

Pour ce numéro, j’ai eu envie de vous embarquer au Japon, le pays du soleil levant, où je suis allée en juin, après 10 ans d’absence. Un Japon en dehors des sentiers battus.

Voyage émerveillé dans ce pays qui m’est si cher et que j’ai retrouvé avec une joie non feinte. Une déambulation à peine préméditée, parsemée de belles rencontres qui ont ponctué et enchanté mon séjour. Et que j’ai plaisir à vous faire partager.

Dozo !

 


4ine
Conceptrice rédactrice
4ine

Rencontre avec des êtres extraordinaires

Il est de ces gens dont la rencontre vous ébranle. Par leur volonté et leur intelligence de l’autre. Par leur façon de voir la vie et de la vivre. Par leur engagement dans notre société.

Vous vous sentez grandis de les avoir approchés, regardés ou entendus. Leurs engagements sont pourtant modestes. Ils passent souvent même inaperçus. Ces êtres sont presque anonymes, mais uniquement pour ceux qui sont loin d’eux.
Nous avons voulu leur rendre hommage. Vous les faire rencontrer.

La maison du pêcheur

 

J’ai eu envie d’aller découvrir le surprenant projet artistique de la fondation Benesse, qui a débuté il y a presque 30 ans sur l’île de Naoshima dans la mer Intérieure, et se développe maintenant sur les petites îles proches d’Inujima et Teshima.

Pour le logement, j’ai testé l’époustouflant Benesse House de l’architecte Tadao Ando, mais j’ai voulu aussi une formule plus ancrée dans la réalité quotidienne des habitants de l’île. Le séjour chez Ikuta San le pêcheur (à Minpaku Akari, akari pour lumière) a surpassé mes attentes. J’y ai passé deux jours inoubliables, à tester des plats pour servir aux futurs invités, à le regarder cuisiner (et l’aider un peu), à pêcher et refaire le monde autour de repas de rois (de reine ?).

 

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La maison du pêcheur, la maison où vivaient ses parents.

 

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Le village.

 

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Vue de ma chambre.

 

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La préparation de la daurade pour le sashimi.

 

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Les nasses.

 

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À gauche : la cruche, piège à poulpes. À droite : le nom de la maison AKARI, calligraphié sur un gouvernail.

 

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La préparation du Tako meshi, riz au poulpe.

 

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Tako meshi, spécialité de l’île.

 

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Une partie de mon dîner…

 

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Sortie en mer à la tombée de la nuit.

 

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Lumières du village au loin.

 

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La pêche au filet : un bar.

 

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Sushi de bar… le plus extraordinaire que j’aie jamais mangé.

 

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Un lieu qu’Ikuta San aime bien et m’a fait découvrir.

 

Photos © 4ine.

 


Kiyoto IKUTA

En avril 2012, Kiyoto Ikuta a ouvert sa maison à la formule de logement chez l’habitant (Minpaku en japonais). « J’adore la mer, et comme je suis pêcheur, explique-t-il, je voulais donner la chance aux visiteurs de l’île de goûter le poisson d’ici. Ils auraient ainsi l’occasion de découvrir la cuisine locale et les merveilleux poissons de la mer Intérieure.
Depuis toujours, j’ai su que je reviendrais un jour sur mon île, parce que c’est l’île de mes ancêtres et que j’y ai tous mes outils. » La décision est prise à ce moment-là, quand l’île commence à recevoir des invités de tout le Japon et du monde entier, pour découvrir le projet artistique Benesse. Ikuta San décide alors de quitter sa famille et de revenir s’installer sur l’île.

Cet article est tiré du numéro 22 du webzine www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Cuisine imaginaire

Un cuisinier de métier ou un amateur éclairé nous livre une de ses recettes. Mais la condition est qu’elle soit inventée. Qu’on ne puisse pas la trouver dans les livres.

La cuisine des petits riens

Nous avons eu l’idée de parler ici de cuisine avec les plantes sauvages récoltées dans la montagne (voir rubrique Petit mystère de la Nature). Une cuisine un peu oubliée, qui prend du temps, avec des goûts assez marqués et plutôt déroutants.

Le lendemain de la récolte, nous avons cuisiné chez Yoshiko San, qui nous a accueillies avec générosité. Un bon moment entre fou rire, cuisine, petits papotages et dégustation.

Comme ce sont des plantes que vous ne risquez pas de trouver au marché du coin, et que vous n’avez sans doute pas la plupart des ingrédients dans votre frigo ou vos placards, laissons parler les photos sans trop détailler les recettes.

 

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La maison de Yoshiko San à Kyoto.

 

 

LA PREMIÈRE RECETTE, AVEC LE SANSHO (POIVRE DU JAPON)

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Retirer les feuilles et les tiges pour ne garder que les grains.

 

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Cuire à l’eau et égoutter.

 

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Ébouillanter les Chirimens jako* pour les dessaler.

 

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Égoutter puis cuire dans une poêle avec un peu d’huile de sésame.

 

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Ajouter les grains de sansho. Assaisonner (sauce de soja, mirin et saké) et mélanger.

 

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Se déguste froid (en petites quantités) en accompagnement de riz blanc.

* Nourrain en français. Un alevin de repeuplement de la famille des sardines.

 

 

LA DEUXIÈME RECETTE, AVEC LE DOKUDAMI

Là nous avons triché un peu : pour la décoction, nous avons utilisé des feuilles et tiges de Dokudami séchées, donc d’une précédente récolte.

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LA TROISIÈME RECETTE, AVEC LES TIGES DE FUKI

Nous n’utilisons pour cette recette que les tiges (les feuilles font l’objet d’une autre recette non détaillée ici).

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Précuire à l’eau.

 

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Enlever les fibres.

 

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On coupe le cognaku. Suivez la technique, c’est une jolie présentation.

 

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Le nœud.

 

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Le tour est joué.

 

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Prêts à la cuisson.

 

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Une recette secrète de la mère de Yoshiko San pour le bouillon (en mettre une cuiller à soupe dans le sachet en papier).

 

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Du combu.

 

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Ajouter sauce de soja et mirin.

 

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Ajouter les Fuki et le cognaku.

 

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Commencer à cuire à feu doux.

 

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Du tofu frit.

 

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Le couper en gros carrés.

 

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Ajouter le tofu et laisser mijoter avec un couvercle.

 

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Itadakimasu !

 

Photos © 4ine.

 


Yoshiko San

Yoshiko San est de ces femmes japonaises qui savent tout faire. Et le font avec énergie, discrétion, sensibilité, talent et joie de vivre.
Yoshiko San est interprète-traductrice (japonais / français). Elle est aussi maître d’ikébana, fin cordon-bleu... et je suis sûre que je ne sais pas tout.

Cet article est tiré du numéro 22 du webzine www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Ma photo préférée

La règle du jeu : un(e) photographe de métier nous présente parmi toutes ses créations celle qui a sa préférence.
Et il (elle) nous explique pourquoi c’est celle-ci plutôt qu’une autre.

A small snake by the roadside

J’ai fait la connaissance d’Eriko Koga par le biais du Festival Kyotographie.

Eriko Koga est photographe mais aussi compagne de moine. Ce qui influence énormément son travail. Elle explore le cycle de la vie – passé, présent, futur – dans une subtile évocation poétique et spirituelle.

Entre 2009 et 2014, elle a partagé sa vie entre Tokyo et le mont Koya, au sud de Kyoto, un haut lieu de pèlerinage. Là, elle s’est nourrie de l’esprit du temple Okuno-in où a été fondée, il y a 1 200 ans, l’école bouddhiste ésotérique Shingon. Puis, elle a livré Issan, une œuvre tout en couleurs denses et en immersions naturalistes dans une forêt spiritualisée.

A small snake by the roadside fait partie de cette série. Laissons Eriko Koga nous raconter son histoire.

 

Caption (story):

“I was trudging along without taking any pictures when I came across this small snake. After watching it for a long time, I realized that it wasn’t moving and that its soul had already left its body.”

September 2011

 

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A small snake by the roadside.

 


Eriko Koga

Eriko Koga: Photographer

Born in Fukuoka (Japan) in 1980. Graduated from the French Literature Department at Sophia University in Tokyo. Received the Photo Documentary “Nippon” Award in 2004. Published the photo book Asakusa Zenzai (Seigensha) in 2011, and received the Sagamihara Photo City New figure encouragement prize the following year. Published the photo book Sekai no tomodachi Cambodia (Kaiseisha) in 2014, and the photo book Issan (Akaakasha) in 2015. Received the grand prix of KG+AWARD and National Geographic Photo Award. She will publish the new photo book Tryadhvan (Akaakasha) in 2016.

Koga has participated in numerous solo and group exhibitions, both in and outside Japan. Her works have also been acquired by facilities such as the Kiyosato Museum of Photographic Arts and Bibliothèque nationale de France. In addition to her work as a photographer, she is active as a writer and sometimes appears on TV. She currently lives in Kyoto.

 

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Ma préférée dans la série Asakusa Zenzai.

 

 

Cet article est tiré du numéro 22 du webzine www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Petit mystère de la Nature

On l’a certainement appris à l’école. Ou par un grand-parent plus patient que les autres. Mais on a un peu oublié.

Et on s’est senti trop grand pour oser demander de nous l’expliquer encore une fois.
Nous avons décidé de prendre notre courage à deux mains pour reposer la question et savoir enfin. Une bonne fois pour toutes.

Les plantes de la montagne

 

Vingt-deuxième petit mystère :
« La générosité de la nature »

 

Évelyne Mesnil, mon amie de Kyoto, m’a invitée avec Yoshiko San à aller dans son extraordinaire maison de la montagne (dans la région de Keihoku au nord de Kyoto) pour ramasser des herbes sauvages comestibles.

Une journée enchantée.

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Le jardin derrière la maison.

 

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Le jardin.

 

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Notre hôte, Évelyne Mesnil.

 

 

SANSHO (POIVRE DU JAPON)

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Les grains (détail).

 

 

DOKUDAMI (Houttuynia cordata)

C’est une espèce de plantes herbacées vivaces de la famille des Saururacées qui, à l’instar de la menthe, a tendance à devenir envahissante. Une plante très recherchée pour ses vertus médicinales.

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FUKI (ou pétasites)

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La récolte.

 

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La porte du petit sanctuaire (Hiyoshi jinja) qui veille sur les âmes du hameau.

 

Photos et illustrations © 4ine.

 

Cet article est tiré du numéro 22 du webzine www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Mot & merveilles

Un mot plutôt qu’un autre. Pourquoi un mot nous parle-t-il plus qu’un autre ? Pourquoi nous interpelle-t-il ?
Est-ce sa musicalité, son sens ou son histoire qui nous le font préférer à tous les autres ?

Deux invité(e)s se prêtent au jeu, l’un(e) pour l’écrire, l’autre pour l’illustrer, mais sans se concerter !

Haïku

Au début, je pensais vous proposer des mots français dans un contexte déroutant : des mots en franponais. Le franponais, c’est l’utilisation de mots français pour leur sonorité, leur origine, leur exotisme, sans tenir compte de leur sens ou de leur contexte syntaxique. On en voit beaucoup comme enseignes de magasins et c’est, la plupart du temps, très drôle.

Puis j’ai pensé au mot kawaï qui se prononce KA WA Ï mais plus souvent KA WA ÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏ ! Cela se traduit par « mignon » et, pour les jeunes Japonaises, c’est un mot indispensable.

Mais je me suis dit que ces mots, finalement, ne traduisaient pas l’atmosphère de mon voyage, de ma déambulation. Haïku est devenu une évidence.

 

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Illustrated Scroll of The Tale of Sumiyoshi – Color on paper – Kamakura period, 13th century (détail).

 

Extraits de Fourmis sans ombre. Le livre du haïku
anthologie-promenade par
Maurice Coyaud (1934-2015)
Éditions Phébus Libretto.

 

Description

« Les Haïkistes japonais notaient volontiers leurs petits poèmes – trois vers (cinq syllabes, puis sept, puis cinq), c’est tout – en marge du récit de leurs randonnées comme autant de pauses, de points de suspension.

Au tout début du XIsiècle, les lettrés nippons cultivaient déjà le Haïkaï (poèmes en vers libres). C’est à la fin du XVIIe que le haïku deviendra un genre parfaitement autonome […]

Cette poésie qui occupe si peu de place et qui occupe si légèrement sa place.
[…] Rien de plus que la saisie éphémère d’un instant : prêt à être oublié, à jamais inoubliable.
[…] Il s’agit simplement de dire. Avec le minimum de paroles. Mais surtout avec des paroles de peu.

[…] C’est une poésie qui ne demande qu’à respirer librement, en tenue de tous les jours, le long des chemins sans gloire – mais non sans secrets – de la vie quotidienne.

[…] C’est une poésie qui a les pieds sur terre et qui se moque de tout.

[…] Le haïku n’est porteur d’aucun message chiffré, les Japonais au contraire l’apprécient à la mesure de sa gratuité.

[…] Le haïku est aussi souvent irrespectueux, le ton est familier, il y a une connivence entre les humains et les autres créatures.

[…] Un seul impératif : toucher juste. Chaque mot doit atteindre le centre exact de la cible, choisie étroite à dessein.

[…] Cette brièveté dans l’expression, cet art de l’impromptu, nous le retrouvons chez les peintres chinois et japonais. La rapidité de pinceau est la vertu cardinale : quelques traits, jetés sur le papier avec une apparente désinvolture, suffisent à cerner l’image avec une miraculeuse précision. Là encore, il s’agit d’évoquer beaucoup en montrant peu, l’essentiel étant laissé au blanc de la page qui symbolise l’espace indéfiniment ouvert. »

 

Quelques haïkus (pour le plaisir…). Illustrés de photos glanées au gré de cette belle errance.

Dans la jarre d’eau flotte
Une fourmi
Sans ombre

Seishi (né en 1901)

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La rivière d’été
Passée à gué, quel bonheur
Savates à la main

Buson (1715-1783)

L’escargot n’accorde
Pas un regard
À l’œillet

Issa (1763-1827)

 

Sorties de la cage
Elles deviennent une à une, les lucioles
Des étoiles

Seisensui (1884-?)

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Un camélia
Tomba, tuant
Un taon

Sôseki (1865-1915)

Dans la gelée blanche du sentier
Épanoui oublié
Un pissenlit

Buson (1715-1783)

 

Sur les iris,
Collées
Des chiures de Milan

Buson (1715-1783)

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Sieste
La main cesse
De mouvoir l’éventail

Buson (1715-1783)

Verte grenouille
Tu viens te faire repeindre
La carcasse ?

Akutagawa Ryûnosuke

 

Même le lapin
Laisse pendre une oreille
Quelle chaleur !

Akugatawa Ryûnosuke

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Le chêne
Sa mine indifférente
Devant les cerisiers fleuris

Bashô (1644-1694)

La nuit s’approfondit
Dans l’eau des rizières
La voie lactée

Issa

 

Le foulard de la fillette
Trop bas sur ces yeux
Un charme fou

Buson (1715-1783)

 

Quel est le con qui est allé
Pisser
Sur cette neige fraîche

Kikaku (1660-1707)

 

Photos © 4ine.

 

Cet article est tiré du numéro 22 du webzine www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités