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Rencontre avec des êtres extraordinaires

Il est de ces gens dont la rencontre vous ébranle. Par leur volonté et leur intelligence de l’autre. Par leur façon de voir la vie et de la vivre. Par leur engagement dans notre société.

Vous vous sentez grandis de les avoir approchés, regardés ou entendus. Leurs engagements sont pourtant modestes. Ils passent souvent même inaperçus. Ces êtres sont presque anonymes, mais uniquement pour ceux qui sont loin d’eux.
Nous avons voulu leur rendre hommage. Vous les faire rencontrer.

Dans la terrible jungle

 

Ombeline Ley et Caroline Capelle. Crédit photographique : © Stanislas Cadeo

 

Ombeline Ley et Caroline Capelle sont deux jeunes réalisatrices/cinéastes. Je les ai rencontrées la première fois lors de la présentation de leur film au cinéma le Louxor (Paris 18e) dans la programmation ACID Cannes 2018. Puis à la  présentation en avant-première au ciné 104 (Pantin, 93).

Au 104, elles ont expliqué, mutines, qu’elles avaient cherché sur Google comment faire un bon blockbuster d’auteur. Elles ont donc réuni tous les ingrédients requis : un super héros, des cascades, un peu de sensualité mais pas trop, un jeune en fauteuil roulant turbo speed, des adolescents en ébullition, une fille populaire, un groupe de rock et quelques lapins pour les amateurs de nature. Et trois pommiers.

« Dans la terrible jungle » est un film documentaire-fiction, tourné dans l’IME (Institut médico-éducatif) La pépinière, dans le Nord-Pas de Calais.

 

L’affiche du film

 

L’aventure s’est construite petit à petit, au gré des rencontres avec un groupe de jeunes adolescents du centre. Au départ, c’était plus un truc avec la musique. C’est Léa, une des protagonistes du film, qui a décidé qu’on ferait un vrai film.

Ombeline et Caroline ont finalement eu envie de faire un long métrage avec ces adolescents et non sur eux. En tissant avec grâce, distance et bienveillance des fils rouges autour des histoires personnelles de ces jeunes à part, qui s’épanouissent malgré tout, tout en restituant leur humour décapant et jubilatoire. Un film choral qui entremêle le monde réel avec les inventions échafaudées de concert avec  les jeunes du centre, la mise en scène de scènes vues et non filmées, où tout entre pourtant en cohérence et en résonnance malgré la multitude de personnages et d’histoires a priori sans rapport.

Le souci esthétique (plans larges, gros plans, lumières naturelles, etc.) contribue à faire de ce moment de rire et de partage une expérience privilégiée, intime et fantastique.

Leur regard amusé, complice et totalement respectueux nous emballe et nous galvanise sans nous choquer car elles ont su trouver la juste distance. Telle la scène très impressionnante où Gaël fait une crise lors d’une séance de tonte de pelouse. Où celle avec Ophélie à la piscine.

Ophélie et La femme chocolat

Ce film nous donne à voir sans voyeurisme une aventure qui est le récit d’une rencontre entre deux réalisatrices et l’esprit d’un lieu, d’une communauté. Il nous permet d’entrer dans le quotidien de ces adolescents et de voir qu’ils sont de vrais héros du quotidien.

Et de formidables comédiens !

Le titre (« Dans la terrible jungle ») interroge. Ne dessert-il pas le film ? Non, pas du tout, répondent-elles. Elles voulaient que le titre ait un rapport avec Ophélie et avec la musique. C’est une phrase qu’elle prononce à la fin du film, quand elle fait une reprise de la chanson Le lion est mort ce soir. C’est un titre qui parle aussi de l’adolescence, moment de tous les grands chambardements, une période qu’il est parfois difficile de traverser. Mais les jeunes du film, finalement, s’en sortent plutôt pas trop mal.

Ombline et Caroline ont mis 1 an et demi à tourner, à raison d’une semaine par mois au centre. Et ensuite 7 mois de montage (80 heures de rushes), avec l’aide éclairée de Céline Perreard, monteuse. Mais cela en vaut la peine.

Le film a été projeté à Cannes en mai 2018 et est sorti en salles le 13 février 2019. Ensuite des mois de marathon pour trouver des distributeurs, le montrer, et organiser des rencontres  et des séances spéciales dans les salles de France et de Navarre (le récit de certaines projections à l’organisation improbable m’a fait penser aux soirées dans des petites villes de province du film Tandem de Patrice Leconte).

Leur film continue à être programmé dans différents cinémas et festivals. La liste des futures programmations est disponible sur le site de l’Acid ou des Acacias. Voici la liste de ses prix et sélections :

Programmation ACID Cannes 2018
États Généraux du film documentaire de Lussas
Festival du film de Douarnenez
Filmfest Hamburg
Festa do Cinema Francés, Porto
Festival Travelling, Rennes
Festival Cinémondes, Berck-sur-Mer : film de clôture
Festival Effervescence de Mâcon, France

Souhaitons-lui longue vie. Et attendons le prochain.

 

 

Si nous vous avons donné envie de voir le film, vous pouvez acheter le DVD sur internet (16,99 €) :
https://www.esc-distribution.com/comedie/1812-dans-la-terrible-jungle-3760247206913.html?search_query=dans+la+terrible+jungle&results=60
Ne pas faire l’impasse des bonus : un entretien avec Ombline et Caroline et un teaser irrésistible. Sinon, vous pouvez l’emprunter en bibliothèque : j’ai eu le plaisir de le voir dans les nouveautés de la bibliothèque Georges Brassens (Paris, 14e). Ou me l’emprunter.

Ombline et Caroline ne sont pas à court d’idées. Elles ont lancé, en parallèle de tout ce qu’elles font autour de leur film, Les séances des films perdus.

Les « films perdus » sont des films pépites qui disparaissent trop vite, faute de distributions, faute de droits, faute d’endroits pour exister. Des courts et des longs-métrage que certains spectateurs fureteurs auront peut-être eu la chance de voir en festivals mais qui, aussitôt, se perdent.

Les séances des films perdus s’inscrivent dans la continuité de leur démarche (débutée en 2014 avec leur programmation au cinéma des Studios l’Albatros à Montreuil, et à l’Écran Voisin aux Grands Voisins). Leur projet : donner une seconde vie aux pépites du cinéma d’auteur, disparues trop tôt, et inviter les réalisateurs-trices à parler de l’expérience bouleversante et semée d’embûches de faire un film.

Parce que 18 films du réseau commercial sortent chaque semaine, sans parler du réseau parallèle où éclosent les films d’auteurs. Et parce qu’il est aussi important de faire des films que de montrer ceux des autres.

Elles recherchent des lieux d’accueil pour ces séances. Avis aux amateurs.

 


Caroline Capelle

 

Cet article est tir du numro 23 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imagin par 4ine et ses invits
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