WEBZINE N° 23

WEBZINE N° 23
Dans la terrible jungle
rencontre
Riso Venere con funghi e verdure
cuisine
Rouge
photo
Marabouts et bouts de ficelle
mystère
Reflet
mot
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édito
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Édito

Le numéro 23 des Mots des anges.

Après “Balade au Japon”, nous revenons pour ce numéro 23 à une formule non thématique. La Rencontre est avec 2 jeunes réalisatrices françaises et leur film “Dans la terrible jungle”. Pour la Recette imaginaire, direction la campagne piémontaise où Scilla nous concocte sa recette de week-end. Pour Ma photo préférée, carte blanche (rouge ?) à la photographe Jacqueline Salmon. Pour le Petit mystère de la nature, direction l’Afrique de Barbès et Château rouge. Enfin, deux sœurs jumelles se sont emparées du Mot & merveilles et de son illustration.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  Bon voyage !


4ine
Conceptrice rédactrice
4ine

Rencontre avec des êtres extraordinaires

Il est de ces gens dont la rencontre vous ébranle. Par leur volonté et leur intelligence de l’autre. Par leur façon de voir la vie et de la vivre. Par leur engagement dans notre société.

Vous vous sentez grandis de les avoir approchés, regardés ou entendus. Leurs engagements sont pourtant modestes. Ils passent souvent même inaperçus. Ces êtres sont presque anonymes, mais uniquement pour ceux qui sont loin d’eux.
Nous avons voulu leur rendre hommage. Vous les faire rencontrer.

Dans la terrible jungle

 

Ombeline Ley et Caroline Capelle. Crédit photographique : © Stanislas Cadeo

 

Ombeline Ley et Caroline Capelle sont deux jeunes réalisatrices/cinéastes. Je les ai rencontrées la première fois lors de la présentation de leur film au cinéma le Louxor (Paris 18e) dans la programmation ACID Cannes 2018. Puis à la  présentation en avant-première au ciné 104 (Pantin, 93).

Au 104, elles ont expliqué, mutines, qu’elles avaient cherché sur Google comment faire un bon blockbuster d’auteur. Elles ont donc réuni tous les ingrédients requis : un super héros, des cascades, un peu de sensualité mais pas trop, un jeune en fauteuil roulant turbo speed, des adolescents en ébullition, une fille populaire, un groupe de rock et quelques lapins pour les amateurs de nature. Et trois pommiers.

« Dans la terrible jungle » est un film documentaire-fiction, tourné dans l’IME (Institut médico-éducatif) La pépinière, dans le Nord-Pas de Calais.

 

L’affiche du film

 

L’aventure s’est construite petit à petit, au gré des rencontres avec un groupe de jeunes adolescents du centre. Au départ, c’était plus un truc avec la musique. C’est Léa, une des protagonistes du film, qui a décidé qu’on ferait un vrai film.

Ombeline et Caroline ont finalement eu envie de faire un long métrage avec ces adolescents et non sur eux. En tissant avec grâce, distance et bienveillance des fils rouges autour des histoires personnelles de ces jeunes à part, qui s’épanouissent malgré tout, tout en restituant leur humour décapant et jubilatoire. Un film choral qui entremêle le monde réel avec les inventions échafaudées de concert avec  les jeunes du centre, la mise en scène de scènes vues et non filmées, où tout entre pourtant en cohérence et en résonnance malgré la multitude de personnages et d’histoires a priori sans rapport.

Le souci esthétique (plans larges, gros plans, lumières naturelles, etc.) contribue à faire de ce moment de rire et de partage une expérience privilégiée, intime et fantastique.

Leur regard amusé, complice et totalement respectueux nous emballe et nous galvanise sans nous choquer car elles ont su trouver la juste distance. Telle la scène très impressionnante où Gaël fait une crise lors d’une séance de tonte de pelouse. Où celle avec Ophélie à la piscine.

Ophélie et La femme chocolat

Ce film nous donne à voir sans voyeurisme une aventure qui est le récit d’une rencontre entre deux réalisatrices et l’esprit d’un lieu, d’une communauté. Il nous permet d’entrer dans le quotidien de ces adolescents et de voir qu’ils sont de vrais héros du quotidien.

Et de formidables comédiens !

Le titre (« Dans la terrible jungle ») interroge. Ne dessert-il pas le film ? Non, pas du tout, répondent-elles. Elles voulaient que le titre ait un rapport avec Ophélie et avec la musique. C’est une phrase qu’elle prononce à la fin du film, quand elle fait une reprise de la chanson Le lion est mort ce soir. C’est un titre qui parle aussi de l’adolescence, moment de tous les grands chambardements, une période qu’il est parfois difficile de traverser. Mais les jeunes du film, finalement, s’en sortent plutôt pas trop mal.

Ombline et Caroline ont mis 1 an et demi à tourner, à raison d’une semaine par mois au centre. Et ensuite 7 mois de montage (80 heures de rushes), avec l’aide éclairée de Céline Perreard, monteuse. Mais cela en vaut la peine.

Le film a été projeté à Cannes en mai 2018 et est sorti en salles le 13 février 2019. Ensuite des mois de marathon pour trouver des distributeurs, le montrer, et organiser des rencontres  et des séances spéciales dans les salles de France et de Navarre (le récit de certaines projections à l’organisation improbable m’a fait penser aux soirées dans des petites villes de province du film Tandem de Patrice Leconte).

Leur film continue à être programmé dans différents cinémas et festivals. La liste des futures programmations est disponible sur le site de l’Acid ou des Acacias. Voici la liste de ses prix et sélections :

Programmation ACID Cannes 2018
États Généraux du film documentaire de Lussas
Festival du film de Douarnenez
Filmfest Hamburg
Festa do Cinema Francés, Porto
Festival Travelling, Rennes
Festival Cinémondes, Berck-sur-Mer : film de clôture
Festival Effervescence de Mâcon, France

Souhaitons-lui longue vie. Et attendons le prochain.

 

 

Si nous vous avons donné envie de voir le film, vous pouvez acheter le DVD sur internet (16,99 €) :
https://www.esc-distribution.com/comedie/1812-dans-la-terrible-jungle-3760247206913.html?search_query=dans+la+terrible+jungle&results=60
Ne pas faire l’impasse des bonus : un entretien avec Ombline et Caroline et un teaser irrésistible. Sinon, vous pouvez l’emprunter en bibliothèque : j’ai eu le plaisir de le voir dans les nouveautés de la bibliothèque Georges Brassens (Paris, 14e). Ou me l’emprunter.

Ombline et Caroline ne sont pas à court d’idées. Elles ont lancé, en parallèle de tout ce qu’elles font autour de leur film, Les séances des films perdus.

Les « films perdus » sont des films pépites qui disparaissent trop vite, faute de distributions, faute de droits, faute d’endroits pour exister. Des courts et des longs-métrage que certains spectateurs fureteurs auront peut-être eu la chance de voir en festivals mais qui, aussitôt, se perdent.

Les séances des films perdus s’inscrivent dans la continuité de leur démarche (débutée en 2014 avec leur programmation au cinéma des Studios l’Albatros à Montreuil, et à l’Écran Voisin aux Grands Voisins). Leur projet : donner une seconde vie aux pépites du cinéma d’auteur, disparues trop tôt, et inviter les réalisateurs-trices à parler de l’expérience bouleversante et semée d’embûches de faire un film.

Parce que 18 films du réseau commercial sortent chaque semaine, sans parler du réseau parallèle où éclosent les films d’auteurs. Et parce qu’il est aussi important de faire des films que de montrer ceux des autres.

Elles recherchent des lieux d’accueil pour ces séances. Avis aux amateurs.

 


Caroline Capelle

 

Cet article est tiré du numéro 23 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Cuisine imaginaire

Un cuisinier de métier ou un amateur éclairé nous livre une de ses recettes. Mais la condition est qu’elle soit inventée. Qu’on ne puisse pas la trouver dans les livres.

Riso Venere con funghi e verdure

En français : Riz Vénus aux champignons et légumes. C’est la recette de nos amis italiens. Je devrais plutôt dire de Scilla, l’anglaise qui vit en Italie depuis plus de 33 ans, avec Michele (italien) et cuisine italien comme une mamma italienne.

C’est une recette de son art d’utiliser les restes : simple, économique, pleine de couleurs, de saveurs et de vitamines. Comme elle peut être en partie préparée à l’avance, c’est une recette idéale pour les week-ends à la campagne ou les dimanches soir. Scilla nous l’a cuisinée dans leur maison de campagne, nichée dans la superbe campagne piémontaise, après une longue marche dans les vignes.

 

 

 

 

Les ingrédients (quantités à votre convenance selon le nombre de convives) :

. un reste de riz noir ou riz Vénus déjà cuit

. petits pois frais ou congelés

. brocolis

. tomates cerises ovales (sucrées)

. champignons de Paris

. oignons blancs (ne garder que la partie blanche)

. huile d’olive extra vierge, sel, poivre

. 1 gousse d’ail

 

La recette :

1. Faire cuire à l’eau bouillante dans une casserole séparément les brocolis (5 mn dans l’eau bouillante salée)  et les petits pois (1 mn dans l’eau bouillante salée). Réserver.

2. Faire cuire les champignons de Paris dans très peu d’huile, sans cesser de remuer. Saler, poivrer. Ils doivent rendre leur jus puis le réabsorber. Réserver en gardant le jus.

 

 

3. Faire dorer les oignons blancs coupés en rondelles dans un wok ou une cocote en fonte.

 

4. Ajouter le riz noir, remuer.
5. Au bout d’une minute, ajouter les petits pois, remuer.

 

6. Puis ajouter les brocolis et les tomates cerises crues coupées en rondelles épaisses. Ajouter enfin les champignons.

 

7. Rectifier l’assaisonnement.
8. Ajouter une gousse d’ail coupée fin et un filet d’huile d’olive.

 

Servez aussitôt.

 

© Photos : 4ine

 


Scilla

 

Cet article est tiré du numéro 23 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Ma photo préférée

La règle du jeu : un(e) photographe de métier nous présente parmi toutes ses créations celle qui a sa préférence.
Et il (elle) nous explique pourquoi c’est celle-ci plutôt qu’une autre.

Rouge

J’ai découvert le travail de Jacqueline Salmon, photographe, au Musée Mu-Ma (Musée d’art moderne André Malraux) du Havre. “Du vent, du ciel, et de la mer”, une belle exposition de 160 photographies. Tout lui semble matière à photographie : les ciels d’Eugène Boudin (1824-1898), les collections de sable du Musée d’Histoire naturelle du Havre, un alguier anonyme des côtes de Normandie de la fin du XIXe, etc. À noter ses impressionnantes cartes des vents où elle dessine à l’encre de Chine, sur ses photos, les signes des cartes de vents (selon les cartes de vents contemporaines utilisant les codes météorologiques du modèle Arpège).

Malgré un agenda fort chargé, Jacqueline Salmon a tout de suite accepté de me rencontrer : nous avions rendez-vous à la galerie Michèle Chomette à Paris, qui la représente depuis presque toujours, et qui l’exposait pendant Le mois de la photo. La rencontre a été spontanée et passionnante. Délicate et intense. Quand je lui ai parlé de participer à ce numéro avec sa photo préférée, elle a souri et semblé savoir tout de suite quelle photo elle allait choisir. Elle s’est éloignée de quelques pas pour prendre son sac à main, a fouillé dedans et m’a dit : “C’est facile, la voilà !”

Écoutons-la nous raconter son histoire.

 

 

 

« C’est la photographie que j’ai choisie pour ma carte de visite. Elle a été faite l’année 2000 dans le camp de Sangatte […]. Le camp géré par la Croix-Rouge hébergeait les réfugiés en route vers l’Angleterre qui n’avaient pas eu les papiers nécessaires pour passer les frontières ou prendre simplement un billet d’avion. Les familles étaient logées dans des algécos, les célibataires sous des tentes, le tout installé sous le toit du Hangar qui avait été construit pour les ouvriers et le matériel de la construction du tunnel sous la Manche… Incroyable destin pour ce bâtiment…

C’était Paul Virilio qui le premier m’avait dit “Jacqueline, il paraît qu’il existe des camps en France”

C’était en 1999. On était assis à la terrasse du Raspail vert et on prenait un café en se remerciant mutuellement pour le livre que nous venions de publier en Allemagne, Chambres précaires. Un livre sur l’hébergement des sans-abris à Paris.

C’est lui, ce jour là, qui m’a donné le désir et l’énergie “d’y aller”, et c’est grâce au livre que nous venions de faire que j’ai eu les autorisations du directeur de la Croix-Rouge. Il était certain que je ne chercherai pas à faire des portraits ou des mises en scène comme on en a vues dans les journaux quelques mois plus tard…

Que voit-on sur cette photographie ? D’abord du rouge, un rouge sombre et une pâle lumière artificielle occultée par une paroi transparente. C’est d’abord une énigme dont on sent qu’elle est grave, c’est tout.

Puis, plus attentivement on voit deux couvertures médiocres, deux couches trop proches, la trace d’un usage. On imagine alors les deux hommes tout habillés qui ont dû dormir là, maintenant partis rechercher des passeurs. Ils reviendront sans doute, d’autres ? Les mêmes ? S’envelopper des couvertures pour un nouveau sommeil en attente d’une ultime tentative. Ils y parviennent tous, à gagner l’Angleterre, mais la Croix-Rouge qui se bat pour qu’ils obtiennent des papiers provisoires n’y arrive pas. Ils ne pourront passer, qu’en fraude, en dépensant des sommes considérables, en courant  des risques stupides, en perdant une part de leur honneur… Cette photographie me permet de raconter qui sont ces gens, comme vous, comme moi, mais qui arrivent de ces pays dont on parle avec empathie parce qu’ils sont en guerre ou de ces peuples soumis à des régimes discriminatoires et qui tentent de rejoindre une famille des amis déjà installés en Angleterre en espérant une meilleur éducation pour leurs enfants, un travail qui leur permette d’envoyer de l’argent aux familles restées aux pays, quelque chose qui ressemble à une avenir. »

Jacqueline Salmon, le 3 mai 2017

 

Deux monographies présentent le travail de Jacqueline Salmon sur Sangatte :

Le hangar, texte de Paul Ardenne, Trans photographic press, Paris (2002).

 

Sangatte, le hangar, texte de Denis Peschanski, Trans photographic press, Paris (2002).

 


Jacqueline Salmon

Jacqueline Salmon est photographe.

Ses monographies :
2016
. 42,84 km2 sous le ciel, textes de Jean-Christophe Bailly, Loco, Paris
. Du vent, du ciel, et de la mer, vingt fausses notes de Michel Poivert, Loco, Paris

2015
. La mémoire des branchies, poèmes d’Eva Maria Berg, Po&psy, Toulouse

2014
. Racines nuages et grues avec Wu Jianwen, texte de Jacques Defert, Académie des beaux-arts de Canton
. Graphotopophotologies ou les écritures du paysage, avec Jean-Luc Parant, textes de Jean-Luc Parant, Kristell Loquet, Jean-Marc Providence et Jacqueline Salmon. Collection 148, Marcel le Poney, Illiers Combray

2013
. Jacqueline Salmon, une image cultivée, texte de Bruno Duborgel, Jean-Pierre Huguet, Saint-Julien-Molin-Molette

2012
. Saline royale, cité des utopies, Sekoya, Besançon, textes de Jean-Christophe Bailly, Stéphane Rozès et Noël Barbe

2011
. Mhsd / déconstruction, texte de Christine Bergé, Loco, Paris
. Légumes, textes, recettes et photographies de J. Salmon, éditions Sud-ouest, Bordeaux

2010
. Le temps qu’il fait / le temps qu’il est, texte de Michel Poivert, Maison des arts, Évreux

2009
. Les matins, texte de Jean-Christian Fleury, Maisons-Laffitte

2008
. Iles et profils, texte de Laurier Lacroix, J’ai vu, Québec

2007
. La vie entre chien et loup, texte de Christine Bergé, éditions Robert Jauze, Paris
. Aline Ribière, Jacqueline Salmon, Maison des arts d’Évreux

2006
. Rimbaud parti, texte de Jean-Christophe Bailly, Marval, Paris

2005
. L’envers de l’eau, portfolio, texte de Jean-Gabriel Cosculluela, Fata morgana, Fontfroide-le-Haut
. Mallet Stevens et la villa Noailles, texte de Hubert Damisch, Marval, Paris
. Le corbusier de l’émotion à la spiritualité, texte de Marie-José Lément, Musée d’art et d’histoire de Belfort

2004
. Le jardin de Méréville, texte de Monique Mosser, L’Yeuse, Paris
. Paysages d’Épinal, texte de Bruno Duborgel, Musée de l’image, Épinal
. Didascalies, texte de Danielle Mathieu-Bouillon et Jacqueline Salmon, Ville ouverte, Paris

2003
. Cube, texte de Jean-Louis Schefer, L’Yeuse, Paris
. Non sans, texte de Jean-Gabriel Cosculluela, Filigranes éditions, Trézélan
. Le miroir de Bachelard, texte de Michel Côté, éditions Roselin, Montréal

2002
. Le hangar, texte de Paul Ardenne, Trans photographic press, Paris
. Sangatte, le hangar, texte de Denis Peschanski, Trans photographic press, Paris
. Archives naturelles, texte de Christine Bergé, Marval, Paris

2000
. Entre centre et absence, texte de Christine Buci-Glucksmann et Bernd Schulz, entretien avec J.C. Fleury, Marval, Paris, édition allemande : Kehrer verlag heidelberg
. L'arsenal, textes de Sophie Biass-Fabiani, de Christian Gattinoni et Christophe Loyer, Hôtel des arts, Toulon
. Chambres précaires, texte de Paul Virilio, Kehrer Verlag, Heidelberg

1998
. La raison de l'ombre et des nuages, texte de Jean-Louis Schefer, Musée Réattu, Arles
. Notes de chantier, en hommage à Tarkovski, texte de Bernard Lamarche Vadel, Créaphis, Paris

1997
. Prés et loin d'Italo Calvino, texte de Gilbert Lascault, Marval, Paris
. In deo, texte de Dominique Baqué, Ambassade du Canada, Paris
. Villa Noailles, texte d’Hubert Damisch, Marval, Paris
. Hôtel-Dieu, icônes de l'absence, portfolio, texte de Dominique Baqué, galerie Pennings

1995
. Weimar, texte de Michel Tournier, Ministère de la Culture et éditions du demi-cercle
. La rade d'Hyères, îles et presqu'île, texte de Jacqueline Salmon, Marval, Paris
. Clairvaux, texte de Charles Juliet, et Thierry Dumanoir, Marval, Paris

1994
. Terres, texte de Jean-Pierre Spilmont, Comp'act (actuellement l’act mem), Chambéry

1993
. Hôtel-Dieu, texte de Dominique Baqué, entretiens avec Claire Nedellec, Cadran solaire, Troyes
. Le grenier d'abondance, textes d'artistes et d'écrivains, Ministère de la Culture, Drac de Lyon

1992
. lônes, le Rhône et le sacré, texte de René Pons, entretiens avec Claire Peillod, Marval, Paris

1991
. Calligraphies, texte de christophe loyer, deux temps tierce, paris

1990
. Images, image, entretien avec Claire Peillod, Serl, Lyon

1989
. 8 rue juiverie, texte de Jean-Louis Schefer, Comp'act (actuellement l’act mem), Chambéry

1983
. Le ciel dans la tête, texte de Jean-Jacques Romagnoli, Musée des beaux-arts de Pau

1985
. Saint Jean le temps d'un échafaudage, texte de Jean-Jacques Romagnoli, La manufacture, Lyon
. Architecture sacrée de Le Corbusier, texte de Françoise Perrot, La manufacture, Lyon

 

L’œuvre retenue pour l’affiche de l’exposition. Celle qui m’a donné envie de vous faire découvrir cette artiste.

Jacqueline SALMON (1943), Le Port du Havre, carte des vents, 2016, épreuve sur papier Japon, 95,5 x 83 cm. Le Havre Musée d’art moderne André Malraux, acquis avec l’aide du fonds régional pour les acquisitions des musées. © Jacqueline Salmon

Cet article est tiré du numéro 23 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Petit mystère de la Nature

On l’a certainement appris à l’école. Ou par un grand-parent plus patient que les autres. Mais on a un peu oublié.

Et on s’est senti trop grand pour oser demander de nous l’expliquer encore une fois.
Nous avons décidé de prendre notre courage à deux mains pour reposer la question et savoir enfin. Une bonne fois pour toutes.

Marabouts et bouts de ficelle

 

Vingt-troisième petit mystère :
« Les mirages de la Goutte d’or »

 

 

Ces petites affichettes, je les trouve de temps en temps dans ma boîte aux lettres. Ou bien on me les distribue devant les métros Barbès ou Château rouge.

C’est beaucoup plus dépaysant et réjouissant à lire que les factures ou les publicités pour des pizzas insipides ou des systèmes de sécurité soit-disant infaillibles.

Finalement, j’ai décidé il y a 6 ou 7 ans de les collectionner.

Il me semble (hélas) qu’elles ont moins de fautes d’orthographe qu’il y a quelques années, et que le vocabulaire n’est pas aussi fleuri. Et maintenant, on peut contacter ces grand voyant, médium guérisseur, professeur, medium international, voyant discret, plus grand marabout de Paris, astrologue authentique medium, maître, medium africain, sur un numéro de portable ou par e-mail.  Pour ceux, comme mon camarade Jean-Jacques, qui n’ont ni portable, ni téléphone, ni ordinateur, on peut même consulter par correspondance (joindre enveloppe timbrée). Et pour nous faciliter la vie, c’est 7j/7 8-20h (et pour certains à partir de 5h ou jusqu’à 22h30) et la plupart du temps, paiement après résultat -garanti-. Les déplacements sont également possibles.

On peut les savourer, en sourire ou en rire. Et pourquoi pas y croire.

En voici quelques-unes, mes préférées. Avec en fond du wax (tissu africain), aux motifs haut en couleur et rivalisant d’imagination. Pour être dans l’ambiance.

 

…Grand voyant compétent…Grand spécialiste diplômé des problèmes sentimentaux, même les plusdésespérés…Contre les ennemis et mauvais sorts.…

 

…Même si vous avez du mal qui circule dans votre corps, je vous l’enlève dans 5 jours devant vous. Pour vous donner de la chance, je le ferai dans la semaine…

 

…Si vous voulez vous faire aimer ou si votre ami(e) vous a quitté, il (elle) va courir derrière vous comme un chien derrière son maître… Résultat sous les 96 heures. Même si vous avez été déçu, contactez-moi, je vous prouverez le contraire…

 

…Si vous ne vous entendez pas avec les hommes ou les femmes venez me voir…

 

…Appelez moi et je m’occupe du reste…

 

…Je vous aide à résoudre tous vos problèmes même les plus désespérés…

 

…Dès le 1er contact il vous dit tout… maladie inconnue ou chronique, fait grossir ou maigrir à volonté, etc…

 

…Désenvoûtement…Traite les problèmes inquiétants et désespérés… Votre destin est semblable à votre empreinte digitale…

 

…Retour immédiat de la personne aimes… permis de conduit etc…

 

…Réussit là ou les autres ont échoué…

 

Cet article est tiré du numéro 23 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Mot & merveilles

Un mot plutôt qu’un autre. Pourquoi un mot nous parle-t-il plus qu’un autre ? Pourquoi nous interpelle-t-il ?
Est-ce sa musicalité, son sens ou son histoire qui nous le font préférer à tous les autres ?

Deux invité(e)s se prêtent au jeu, l’un(e) pour l’écrire, l’autre pour l’illustrer, mais sans se concerter !

Reflet

Nous nous sommes rencontrées au 26e Salon de la revue, dans l’espace consacré aux jeunes revues. Nos mini stands étaient côte à côte. Tout d’abord je n’en ai vu qu’une, Anna. Et cela a été une de ces rencontres au premier regard. Comme une rencontre amoureuse. Nous avons tout de suite ri et échangé dans la bonne humeur. En se disant qu’il n’y a pas de hasard et en découvrant tous nos points communs. Jumelles. Jeune revue (je présentais la version papier des mots des anges). Première participation au Salon, etc. Ensuite Clara, la deuxième, est arrivée. Et l’expérience magique s’est reproduite.

J’ai eu envie de les faire participer à un article pour les mots des anges, ensemble. Car même si elles sont fort différentes, elles font aussi plein de trucs à deux. Dont leur revue Cargo (“Le magazine qui te prouve que tes voisins sont de grands hommes”), que je vous recommande. Je leur ai demandé de phosphorer sur la gémellité. J’étais sûre qu’elles allaient nous étonner. Le résultat est à leur image.

 

Illustration réalisée par Anna Griot, une des deux (jumelles).


Anna Griot

Née à Paris, je découvre Strasbourg à 18 ans en entrant à l’École supérieure des Arts décoratifs, (HEAR), dans l’atelier d’illustration.Née à Paris, je découvre Strasbourg à 18 ans en entrant à l’École supérieure des Arts décoratifs, (HEAR), dans l’atelier d’illustration.Diplômée en 2016 d’un DNAP avec les félicitations, j’y suis mes études et travaille pour la presse, l’édition et le théâtre.En 2014, je crée avec Clara la revue CARGO qui mêle journalisme et illustration.

Prix :
. Finaliste – Silent Book Contest, Foire internationale du livre jeunesse de Bologne
. 1er Prix – Création numérique (Challenge Digital), Festival international de la BD d’Angoulême 2016
. 3ème Prix – Jeunes Talents, Festival international de la BD d’Angoulême 2015

 

 

REFLET par Clara Griot

Nous sommes nées avec cinq minutes d’écart. 300 petites secondes. Pas grand chose sur le temps d’une vie. On pourrait presque dire que nous sommes nées en même temps, mais non. Il y a cinq minutes d’écart. 300 secondes. Comptez-les à la suite, vous verrez que c’est long. Ces minutes font toutes la différence. Moi et ma sœur nous n’avons pas envie d’être un reflet l’un de l’autre. Nous ne sommes pas pareilles. Nous n’avons pas les mêmes cheveux, les miens sont longs, les siens sont courts. Je porte des lunettes, pas elle. Je m’habille en noir, elle superpose plusieurs couleurs. Elle a un plus gros nez que moi. Mais le mien n’est pas mal non plus. Quand des gens nous rencontrent ensemble, ils plissent les yeux, avec un air stupide sur le visage. On se sent obligée de dire «Oui, on sait». Oui, on se ressemble, un peu.

Je déteste croiser des jumeaux habillés pareils dans la rue. Cheveux blonds bien coiffés, petits K-way gris et lunettes de la même couleur. Et les parents de chaque côté, tout contents de se promener avec deux clones. C’est déjà assez difficile de se créer des différences quand on a en face de nous quelqu’un qui partage 99% de nos gênes, faut pas que les parents en rajoutent une couche.

Quand je regarde ma sœur jumelle, ce n’est pas mon reflet que je vois. Je me force à y voir quelqu’un de très différent. Pourtant, un jour, je me suis enregistrée alors que je discutais avec elle. On a rigolé, parlé de nos vies. En réécoutant le son, je n’arrivais pas à différencier les voix. De deux, nous n’étions plus qu’un. J’ai eu la désagréable impression que je me parlais à moi-même.

C’est peut-être pour ça que quand mamie nous appelle au téléphone elle se trompe souvent de prénom. 22 ans pour prendre conscience qu’on a la même voix. C’est quoi la prochaine étape ?

J’ai demandé à ma sœur de me rappeler un moment qu’on avait vécu ensemble, sans réfléchir. Elle m’a parlé des vacances. Quand on était chez notre mamie, petites, à l’heure du goûter. On avait des tartines de Nutella dans les mains, et on n’arrivait pas à se départager sur la grande question de la vie : Qui lécherait le couteau plein de pâte à tartiner ? Il y avait un vrai enjeu. Parce qu’on était deux, là, en même temps, on ne pouvait avoir ce qu’on l’on voulait. Alors on finissait par le faire à deux, de chaque côté, comme les deux côtés d’un miroir. C’est dégueulasse ? Oui. Mais ne juge pas. C’est peut-être ça d’être jumelle. Faire des trucs dégoutants à deux.


Clara Griot

Titulaire d'un Master Journalisme au CELSA (2015-2017), Clara Griot est autonome pour filmer et monter tous types de projets vidéos : reportage, vidéo web, interview, documentaire, clip, film institutionnel... Elle s'intéresse aussi aux nouvelles formes de vidéo, comme la réalité virtuelle. Avec la réalisatrice Estelle Walton, elle produit des séries documentaires pour les services numériques de France Télévisions, france tv slash, Sciences & Vie TV, l'Express ou encore SPICEE.

 

 

Cet article est tiré du numéro 23 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités