WEBZINE N° 1
Hiver 2006/2007

WEBZINE N° 1
Hiver 2006/2007
Couleur, piment et sourire dans l’assiette de l’hôpital
rencontre
Râble de lapereau aux herbes, tomates à la ratatouille au jus dépouillé
cuisine
M_K
photo
Combien de lunes dans une lune ?
mystère
Le choix de Sophie : Volubile
mot
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édito
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Édito

Le numéro 1 des Mots des anges. Le numéro d’hiver.

 

C’est à la fois le plus facile et le plus difficile. Le plus facile car tout est encore permis. Nous avons aussi plein d’énergie et d’illusion…

Le plus difficile car de son succès dépendent les suivants. Et que nous nous lançons dans l’aventure sans expérience ni garde-fou.

Les mots des anges est un webzine. Qui ne parle ni de politique, ni de star-system. Qui aborde des sujets variés qui nous tiennent à cœur. Qui ne sont pas toujours (ou assez) abordés dans les médias. Des sujets mineurs mais dont la profondeur nous plaît et nous interpelle. Qui donne la parole à des acteurs de notre société très différents les uns des autres mais qui ont tous un message que nous avons envie de vous faire partager.

Les mots des anges est un travail de groupe, fait avec une volonté de vous étonner et de vous intéresser une fois tous les trois mois.

Donnez-nous aussi vos impressions. Et n’hésitez pas à nous faire part de vos envies, vos idées ou votre désir de participer à un prochain numéro.

Nous avons pris du plaisir à concevoir ce projet. J’espère que vous allez en prendre à le découvrir.


4ine
Conceptrice rédactrice
4ine

Rencontre avec des êtres extraordinaires

Il est de ces gens dont la rencontre vous ébranle. Par leur volonté et leur intelligence de l’autre. Par leur façon de voir la vie et de la vivre. Par leur engagement dans notre société.

Vous vous sentez grandis de les avoir approchés, regardés ou entendus. Leurs engagements sont pourtant modestes. Ils passent souvent même inaperçus. Ces êtres sont presque anonymes, mais uniquement pour ceux qui sont loin d’eux.
Nous avons voulu leur rendre hommage. Vous les faire rencontrer.

Couleur, piment et sourire dans l’assiette de l’hôpital

 

Hopital_Avicenne

L’hôpital Avicenne, en référence à Avicenne, médecin et philosophe persan des X-XIe siècles, a été inauguré le 22 mars 1935 sous le nom d’Hôpital franco-musulman de Paris. Il était alors réservé aux patients musulmans de Paris et du département de la Seine.

 

Sarah est notre première invitée.

Sarah Mangu Mas est Ougandaise. Elle est arrivée en 1980 en France sans avoir pensé rester. Elle a une voix traînante et pleine de soleil. Elle est extrêmement posée et chaleureuse. On est tout de suite en confiance. Et en famille. Comme beaucoup d’Africains, elle parle plusieurs langues (l’anglais, le français qu’elle a appris ici, et trois langues africaines). En 1989, elle a monté avec une amie sa première association de Femmes médiatrices. Celle de Pantin voit le jour en 1993. Elles sont 12 maintenant à travailler dans l’association.

L’hôpital d’Avicenne, qui dans son service des maladies infectieuses (VIH, tuberculose, etc.) se trouve confronté à des malades qui perdent du poids faute de vouloir manger, entend parler d’elles et les contacte en 2000. Il faut un an pour mettre en place le projet avec l’administration, la psychologue, les diététiciennes et… la cuisine. Sarah obtient le feu vert pour une double action : tisser des liens avec les primo-arrivants sans famille, ni langue, ni connaissance de nos us, coutumes et nourriture. Avec ceux aussi qui sont ici sans famille ou avec mais qui n’ont pas de contact avec elle car ils leur cachent leur maladie. Les Femmes médiatrices vont donc leur parler dans leur langue. Du pays. Du temps. De tout. De rien. Pour oublier un peu la maladie. Pour refaire surface.

L’autre action est de leur cuisiner la cuisine qu’ils aiment. Celle de leur pays. Celle que l’on mange même quand on n’a pas faim. L’hôpital met à leur disposition une mini-cuisine équipée. Les consignes sont strictes : les règles d’hygiène et de conservation sont drastiques. Presque tous les produits sont fournis par l’hôpital. Elles peuvent amener de l’extérieur les légumes du pays (le manioc, le gobo…). Les épices et le piment. Les patients aimeraient bien manger du Capitaine aussi mais cela n’est pas possible (le poisson comme la viande sont obligatoirement fournis par la cuisine de l’hôpital).

gerard_cambon_poivron

© Gérard Cambon.

Elles sont trois pour mener cette action à Avicenne. Sarah est secondée par Nora d’Algérie et Véro de la République du Zaïre. À elles trois, c’est plein de langues et la cuisine de presque tout le continent africain. Elles s’occupent aussi parfois de patients d’Asie (Sri Lanka, Inde…) avec lesquels elles peuvent communiquer en anglais. Aujourd’hui, elles cuisinent pour 4 patients. Pour certains, elles vont cuisiner pendant des mois (les repas du midi en semaine). Pour d’autres, ce ne sera que pour quelques jours. Une fois les plats cuisinés, elles doivent les mettre par portions individuelles dans des barquettes plastiques sous film. Comme pour tous les autres produits de l’hôpital. Elles font en plus systématiquement une barquette témoin qu’elles stockent dans le frigo pour des contrôles éventuels. Ensuite, elles amènent elles-mêmes les repas aux patients. Avec les moins malades, elles rigolent pendant qu’ils mangent le poulet à la sauce pimentée. Après, Sarah va se sauver pour aller encore une fois plaider la cause de leur action, obtenir des subventions, participer aux autres actions à Avicenne où l’on a besoin de Femmes médiatrices.

Et toujours avec le sourire.
Merci Sarah.


Sarah Mangu Mas

Sarah est bénévole de l'Association Femmes médiatrices sociales et culturelles de Pantin.

Cet article est tiré du numéro 1 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Cuisine imaginaire

Un cuisinier de métier ou un amateur éclairé nous livre une de ses recettes. Mais la condition est qu’elle soit inventée. Qu’on ne puisse pas la trouver dans les livres.

Râble de lapereau aux herbes, tomates à la ratatouille au jus dépouillé

René Rossignol nous met l’eau à la bouche avec un râble de lapereau aux herbes, tomates à la ratatouille au jus dépouillé.

 

Le panier :

. 2 râbles de lapereau
. quelques fines tranches de ventrèche
. 1 botte d’estragon
. du persil plat
. 6 tomates moyennes
. 2 gousses d’ail
. 1 petite aubergine
. 2 petites courgettes
. 1 poivron rouge et 1 vert
. sel, poivre
. un peu de piment d’Espelette
. et si c’est un plat de fêtes, quelques girolles rapidement passées au beurre, agrémentées d’échalotes et de persil plat ciselé

 

1) Commencez par désosser les râbles (ou demandez à votre boucher).

2) Concassez les os de lapereau et les faire suer dans un peu d’huile de pépins de raisin avec une mirepoix* de carottes, céleris branches, et un oignon émincé. Mouillez avec un demi-verre de vin rouge. Laissez réduire environ d’un tiers.

3) Déposez les râbles à plat sur le plan de travail, bien ouverts de façon à pouvoir les farcir d’estragon, de persil plat et d’un peu d’ail finement ciselé. Assaisonnez de poivre, sel et de quelques grains de piment basque (Espelette).

4) Refermez les râbles de façon à obtenir deux petits ballotins que vous ficellerez en ayant soin d’y introduire les deux rognons de lapereau coupés en deux dans le sens de la longueur.

5) Préparez la ratatouille traditionnellement et, pendant la cuisson, creusez les tomates que vous farcirez de ratatouille.

6) Vous n’avez plus qu’à cuire les râbles dans une sauteuse avec une noisette de beurre environ 2 min sur toutes les faces, ensuite couvrez la sauteuse et laissez cuire 3 min.

7) Débarrassez les râbles dans une assiette creuse sur laquelle vous mettrez une autre assiette à l’envers pour les maintenir au chaud.


8) Passez la réduction des os dans la sauteuse de cuisson et laissez réduire à nouveau jusqu’à l’obtention d’un liquide sirupeux. Vérifiez l’assaisonnement, et rajoutez une petite noix de beurre.

9) Coupez la ficelle des râbles qui a servi à la cuisson de ceux-ci et tranchez chaque râble en rondelles comme pour un rôti. Disposez les tranches ainsi obtenues en les faisant se chevaucher et rajoutez les tomates farcies de ratatouille que vous aurez pris soin de réchauffer à la vapeur ou au micro-ondes. Terminez, enfin, en disposant des branches de cerfeuil sur la viande et un cordon de sauce autour des tomates.

Bon appétit !

* Mirepoix : préparation corsée à base de légumes et d’épices.

Photos © 4ine.


René Rossignol

Cet article est tiré du numéro 1 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Ma photo préférée

La règle du jeu : un(e) photographe de métier nous présente parmi toutes ses créations celle qui a sa préférence.
Et il (elle) nous explique pourquoi c’est celle-ci plutôt qu’une autre.

M_K

 

Merci à Sabine Hartl pour s’être prêtée la première à cet exercice.

fleur.jpg

 

M_K (Mutter und Kind) – Mère et enfant

Réalisée en studio, tirage argentique.

 

“Cette photo évoque pour moi la maternité : la douceur rendue par la beauté et la finesse des pétales et le bouton de fleur qui est à l’abri, protégé du monde par la tête de la fleur ouverte.

J’aime aussi cette photo car c’est une photo de fleurs. Et je ne peux pas la faire dans les conditions que j’ai habituellement pour les natures mortes. Il faut aller très vite car les fleurs sont très fragiles et sensibles à la chaleur des lumières que j’utilise. Il faut savoir reconnaître le moment privilégié et être capable de le saisir.

Saisir “l’instant” qui devient éternel.

Quand je photographie des fleurs, pour moi elles sont vivantes comme des portraits. Elles deviennent des personnes avec leurs gestes, leurs expressions et l’instant dans lequel on les a photographiées. Si la fleur est encore en bouton, je sais attendre. Mais parfois j’en photographie qui sont presque fanées.

À chaque fleur son instant.”

 


Sabine Hartl

Sabine Hartl est Allemande et vit à Paris. Elle est une photographe professionnelle spécialisée dans les natures mortes (objets de luxe).

Cet article est tiré du numéro 1 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Petit mystère de la Nature

On l’a certainement appris à l’école. Ou par un grand-parent plus patient que les autres. Mais on a un peu oublié.

Et on s’est senti trop grand pour oser demander de nous l’expliquer encore une fois.
Nous avons décidé de prendre notre courage à deux mains pour reposer la question et savoir enfin. Une bonne fois pour toutes.

Combien de lunes dans une lune ?

 

Premier petit mystère :
“lune, quelle lune es-tu ?”

Rousse. Noire. Pleine. Avec des premiers ou derniers décans. Comment s’y retrouver et savoir, en la voyant, celle que l’on regarde vraiment.

Quelques explications pour nous éclairer par Mélipone.

 

4ine-Lune-Espagne

Lune d’été (El Palmar, Espagne).

 

Lune d’été (El Palmar, Espagne).

 

Depuis la nuit des temps, la lune a fasciné l’homme comme en témoignent les multiples expressions qui émaillent son langage et qu’il serait fastidieux de rappeler ici. Une seule retiendra notre attention : « être dans la lune ». Elle suscite, en effet, une interrogation récurrente : comment se peut-il que l’homme, à l’instar de l’écureuil, puisse être aussi souvent dans la lune tout en la connaissant aussi peu ? Sans vouloir être exhaustif sur les relations entre la vie terrestre et la lune, voici quelques aspects qui nous sont apparus essentiels.

 

Lune d’été (Puézac, Cantal).

 

La lune, un astre brillant qui éclaire nos nuits

La lune n’émet pas de lumière par elle-même mais reflète celle du soleil. Les différents aspects sous lesquels elle apparaît vue de la terre (on parlera de phases lunaires) dépendent des positions relatives de la terre, de la lune et du soleil (fig. 1). Les phases lunaires qui se répètent tous les 29 jours (durée d’un cycle lunaire) sont les suivantes : à partir de la nouvelle lune (lune noire), la surface lumineuse de la lune augmente chaque jour pour prendre la forme d’un croissant (premier quartier) jusqu’à devenir un disque parfait (pleine lune). Puis le disque lumineux diminue régulièrement en passant par le dernier quartier et enfin disparaît complètement.

Pour savoir si la lune est dans son premier ou dernier quartier, il suffit d’ajouter un jambage au croissant de la lune pour faire apparaître une lettre minuscule qui est soit « p » pour le premier quartier, soit « d » pour le dernier.

 

Les phases lunaires

Fig. 1 : les phases lunaires et leur influence sur les marées (source : Encyclopédie Alpha)
(1) marées de vives-eaux (2) marées de mortes-eaux (annotations de l’auteur)

 

La lune et son influence présumée

Côté météorologie

Les relevés météorologiques collectés depuis plus d’un siècle n’ont pas permis d’établir des relations fiables entre les mouvements de la lune et la plupart des phénomènes météorologiques : ce sont bien souvent des relations de coïncidence (du type : le taux de natalité augmente avec la production d’acier) que des relations de cause à effet (du type : la pointe est enfoncée par le marteau).

Il y a une exception à cela, celle des marées. Il est maintenant prouvé que la lune dans son mouvement autour de la terre attire les masses d’eau océaniques provoquant une dénivellation (marée) qui, pour des raisons de mécanique céleste, se décale d’environ 50 min d’un jour à l’autre dans un même lieu. L’amplitude des marées va varier dans le temps. Elles seront maximums (« vives-eaux ») quand la terre et le soleil seront sur le même axe (fig. 1) et, de ce fait, conjugueront leurs forces attractives avec un point culminant aux équinoxes de printemps et d’automne. À l’inverse, les faibles marées (« mortes-eaux ») coïncideront aux premier et dernier quartiers lorsque ces forces s’opposeront.

Côté végétation

Les effets attribués à la lune forment une très longue liste surtout à la campagne, comme : il faut couper le bois d’œuvre, mettre le vin en bouteille en lune décroissante, etc. Nous développerons un peu plus ici les effets concernant les plantes cultivées car ils sont encore très souvent respectés par les jardiniers (calendrier lunaire).

D’une manière générale, on profite de la lune croissante pour « s’occuper » de toute la partie aérienne des plantes (fruits, graines, fleurs) et de la lune décroissante pour « s’occuper » des parties feuilles et racines. Ainsi la lune croissante est favorable aux cueillettes et aux récoltes qui se conserveront mieux. À l’inverse, on sèmera les radis (dont on consomme la racine) et les salades (dont on consomme les feuilles) en lune décroissante.

Enfin, attention à la lune du mois de mai lorsqu’elle brille par une nuit claire : par son effet propre ou plutôt celui du gel provoqué par un refroidissement nocturne lié à l’absence de nuages, elle a la mauvaise réputation de “roussir” les semis trop précoces des jardiniers impatients (d’où son nom de lune rousse).

Cependant, la confrontation de tout ce savoir pragmatique fait apparaître de nombreuses contradictions et il est parfois difficile « d’y retrouver son latin ».

Côté pêche

Enfin, d’un point de vue anecdotique, la lune permettrait d’expliquer la versatilité de l’appétit des truites de nos rivières aux eaux froides et claires. Ainsi, J. Porret, professeur de pêche au lancer à Sarlat (24), s’est aventuré à relier la réussite de la pêche à un calendrier lunaire perpétuel.

Sans entrer dans le détail, les 8 jours qui suivent la nouvelle lune (noire) et le dernier quartier seraient, selon lui, les périodes les plus favorables… Mais les « Tartarins » de la pêche veilleront quand même à choisir un parcours de pêche à proximité… d’une pisciculture.

Sans doute nos connaissances sur la structure de la lune ont-elles beaucoup progressé depuis Cyrano de Bergerac qui prétendait aller sur la lune avec un aimant, mais les inter-relations entre la vie terrestre et la lune s’apparentent souvent encore à de l’alchimie.

 

4ine-Lune-Quotentin

Lune de printemps (Cotentin, France).

 

Lune d’automne (Tamdaght, Haut-Atlas, Maroc).

Photos © 4ine.


Mélipone

Chercheur honoraire en nutrition animale (ruminants).

La retraite lui laisse peu de temps pour écrire pour Les mots des anges...

Cet article est tiré du numéro 1 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Mot & merveilles

Un mot plutôt qu’un autre. Pourquoi un mot nous parle-t-il plus qu’un autre ? Pourquoi nous interpelle-t-il ?
Est-ce sa musicalité, son sens ou son histoire qui nous le font préférer à tous les autres ?

Deux invité(e)s se prêtent au jeu, l’un(e) pour l’écrire, l’autre pour l’illustrer, mais sans se concerter !

Le choix de Sophie : Volubile

 

aude_simone_volubile

Illustration d’Aude-Simone.

 


Aude-Simone Couillaud

Aude-Simone est artiste, illustratrice. Formée aux beaux-arts de Poitiers, puis d’Angers, elle vit et travaille à Poitiers.
On peut voir son travail sur sa page FB. Ou à Poitiers !

 

 

Sophie Federkeil a choisi de nous parler de “Volubile”.

Du latin classique volvere qui signifie “faire tourner”, l’adjectif volubile évoquait au haut Moyen Âge la mer et ses humeurs aussi inconstantes que celles d’une femme, puis perdit son i joli pour devenir “voluble”, heureusement très vite dissous dans les remous de la Renaissance. Littéralement “tournant”, le terme s’applique aux tiges souples et graciles qui s’enroulent autour d’un support pour prendre un peu de hauteur. D’où les volubilis, que d’aucuns moins poètes nomment “liserons”.

Mais l’essence de “volubile” réside au sein des calices de fleurs plus figurées.

Si l’on part du principe que la langue, oui, celle que nous avons dans la bouche, a des propensions à se mouvoir de çà et de là, notre organe volubile dispose la voix à la vivacité des roulements. Et de là le sens le plus commun du vocable : bavard, loquace, agitant des paroles abondantes et rapides.

Il est bien vrai que doté d’une telle langue, notre discours prend alors une tournure toute volubile, évoluant par enroulements, spirales et arabesques, au gré de nos pensées, qui deviennent autant d’ondes volatiles, et s’évaporent aisément dans le flot impétueux de la parole, fluide.

Vol – ubile : une envolée de mots tourbillonnants, aussi fine et légère que la vapeur, immatérielle, changeant à loisir de sens et de direction. De-ci. De-là. Et il me plaît à penser que de toutes ces gracieuses volutes de mots émane un plaisir voluptueux. Car l’on goûte pleinement la saveur de chacun sur le bout de notre langue. Et l’on s’en délecte tout autant intellectuellement. Oui, quelle volupté, ces tournicotis du langage. Une ivresse légère nous surprend à babiller ainsi. La tête nous tourne, nos cheveux s’animent à leur guise, les bras s’agitent. Le corps tout entier devient volubile. Quelle fantaisie !

Et n’oublions pas qu’il y a fort longtemps, ce terme était également employé pour signifier la facilité de notre cœur, ou de notre esprit au changement, à l’inconstance, à l’instabilité. Et pourtant, de tout temps, “rien n’arrête la volubilité de notre esprit” (Pascal, Pensées).

 

Sophie a demandé à ses amis de se prêter au jeu : brodeuse haute couture, artiste multimédia, chercheur en virologie, et écrivain. Chacun d’entre eux, dans le désordre, nous invite à partager sa propre évocation.

“Pour moi, la volubilité évoque surtout la délicate convolvulacée de nos jardins. Incomprise et rejetée, elle fait danser ses tiges graciles. Elle se glisse dans le lit des cassis sérieux et des framboisiers romantiques et d’une étreinte sensuelle, elle éclôt en immenses coupes éclatantes transformant le vert verger en tableau de Monet. Le mot “volubile” évoque exactement cela pour moi : un débordement exubérant et éphémère de fleurs ou de mots fragiles sans autre but ni prix que d’exister.”

Ami(e) 1

 

“Dans mon esprit, ce mot est féminin (je sais que c’est un adjectif) et je l’associe au papillon. Je m’explique. La première image qui m’est venue à son évocation est celle d’une femme qui bavarde sans discontinuer. La scène se passerait dans un café et d’une table voisine, d’où l’on ne pourrait pas vraiment suivre la conversation, son récit composerait une petite musique, semblable au vol d’un papillon. Trajectoire accidentée rythmée par un rapide battement d’ailes qui s’interrompt à peine lors de brefs atterrissages. Un peu étourdissante.”

Ami(e) 2

 

“Au mot “volubile” s’associe immédiatement pour moi celui de “bibelot” (d’inanité sonore), ce qui me fait penser à une jolie femme dont le doux babil me berce d’idées qu’un imbécile hâtif jugerait superficielles. Le simple fait d’émettre des sons avec une jolie voix est en soi suffisamment métaphysique pour n’avoir que rarement à en regretter le sens particulier.”

Ami(e) 3

 

“Nubile par la rime, naïve par la syntaxe irrépressible et généreuse par nature, la “volubile” est une femme, forcément. Et lorsque ce n’est pas le cas, elle est tout de même un hommage à la féminité et à l’aisance de sa langue bien enroulée.”

Ami(e) 4

 

“Quand ma phrase bondit et que mes mots s’envolent
En souples volutes qui se rient des obstacles
Tels le lierre et la vigne à l’assaut du pinacle,
Vers la cime éclairée mon esprit caracole.
Quand mon verbe fleurit, quand ma langue s’enroule
Habile et parfumée comme un pied de glycine,
Virtuose enivré je crois que les frangines
Sont pendues à mes lèvres et que leur cœur roucoule.”

Ami(e) 5

 

 


Sophie Federkeil

Cet article est tiré du numéro 1 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités