WEBZINE N° 12
Hiver 2010/2011

WEBZINE N° 12
Hiver 2010/2011
En harmonie avec la nature sauvage
rencontre
Bûche de Noël
cuisine
Un jour après…
photo
Nous trouvons cela un peu louche...
mystère
Transmission
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édito
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Édito

Le numéro 12 des Mots des anges. Le numéro d’hiver.

 

Le 21 décembre. Le jour de l’arrivée de l’hiver, même si le froid et la neige l’ont précédé. Le solstice. Bientôt Noël et sa féérie. Et pour illuminer le tout, une éclipse de lune.

Au milieu de ces événements qui nous dépassent et nous enchantent, le numéro 12 a toutes les chances de passer inaperçu. Ce n’est pas grave, vous le découvrirez plus tard. En une fois ou en grappillant des morceaux. À votre rythme.

Nous avons pris notre temps et manqué le numéro d’automne, mais cela valait le coup d’attendre. Pour la Rencontre, nous vous emmenons au Costa Rica découvrir une communauté qui, depuis plus de vingt ans, refait le monde, mais le fait concrètement.

Pour la photo préférée, Axel, un Allemand très latin, nous dévoile une émotion au-delà d’un tirage.

Pour le petit mystère, nous apprenons que le zéro ne s’invente pas.

Pour le mot, vous verrez qu’il peut surgir de derrière une tarte. Quant à son illustration, je vous laisse la déchiffrer.

Enfin, pour la recette, nous avons choisi de penser aux tout-petits et à tous les plus grands qui ont envie de se rappeler l’insouciance et la gaîté de leur enfance.

Pour ceux qui aimeraient faire découvrir Les mots des anges à leurs amis des réseaux, nous avons ajouté sur la page d’accueil un onglet (partager).

Bel hiver !


4ine
Conceptrice rédactrice
4ine

Rencontre avec des êtres extraordinaires

Il est de ces gens dont la rencontre vous ébranle. Par leur volonté et leur intelligence de l’autre. Par leur façon de voir la vie et de la vivre. Par leur engagement dans notre société.

Vous vous sentez grandis de les avoir approchés, regardés ou entendus. Leurs engagements sont pourtant modestes. Ils passent souvent même inaperçus. Ces êtres sont presque anonymes, mais uniquement pour ceux qui sont loin d’eux.
Nous avons voulu leur rendre hommage. Vous les faire rencontrer.

En harmonie avec la nature sauvage

 

Quand la famille Momus est revenue de son séjour chez les Dúrikas au Costa Rica, nous avons ressenti qu’ils avaient vécu là-bas une expérience incroyable qui les marquerait à jamais. Qu’ils y avaient fait des rencontres bouleversantes. Avec un groupe de personnes. Mais aussi avec un mode de vie et des valeurs qui nous donnent à voir en miroir les nôtres et nous font réfléchir. Ils ont pu voir aussi des applications pratiques d’une philosophie au plus proche de la nature, au service de la Nature.

Pour Agnès, c’est un rêve impossible. Mais qui se réalise chaque jour depuis vingt ans.

La vie dans la communauté peut sembler rude et isolée à ceux d’en bas comme ils appellent les autres, mais ce qui se dégage des membres rencontrés, c’est la quiétude, l’équilibre, une autre notion du temps, des valeurs d’humanité et un immense respect de la nature.

Les Dúrikas sont calmes, physiquement très en forme (nourriture végétarienne, pas d’alcool ni café malgré leurs plantations, exercices physiques quotidiens, lever et coucher avec le soleil…), passionnés et passionnants.

Qui sont-ils ?

Philippe Falbet, qui les connaît très bien pour avoir vécu dans la communauté Dúrika à plusieurs reprises et y avoir emmené des groupes, a eu la bienveillance de tout m’expliquer en détail. Voici l’histoire…

 

Fundación pro conservacionista Dúrika [NDLR : devenue Fundación Reserva Biológica Dúrika]. Ou plus simplement Fundación Dúrika. Ou communauté Dúrika. Communauté dans le sens historique latino-américain de personnes se regroupant pour travailler sur un projet commun. Sans aucune idéologie politique ou religieuse.

 

Le village de la communauté.

 

Tout a commencé en 1987 avec German Cruz Villanueva, biologiste et agronome qui a exposé son projet lors d’un cycle de conférences. Il consiste à mener une expérience de vie communautaire dont les objectifs sont la conservation de la forêt, l’agriculture biologique et le développement de méthodes de santé alternatives. Avec comme lieu d’ancrage la ferme de son grand-père (50 hectares) située dans une zone encore très sauvage à 1 600 m d’altitude sur les hauteurs de la cordillère de Talamanca, au sud-ouest du Costa Rica.

Le charisme de German Cruz Villanueva a permis de rallier 1 000 sympathisants qui, pendant deux ans, ont planché sur la préparation du projet. Ce temps de gestation et de réflexion et les moyens humains mis en œuvre ont permis que l’expérience se concrétise. Et marche.

 

 

En 1989, 200 personnes s’embarquent dans cette aventure, dans des conditions de vie très précaires (pas d’eau courante ni d’électricité, pas de route pour aller au village le plus proche situé à 3 heures de marche).

 

La route pour arriver à Dúrika, avec les pluies diluviennes de l’été…

 

La plupart n’ont pas tenu et sont repartis. Sur les 100 Dúrikas actuels, dont 30 vivent sur place en permanence, 10 seulement sont là depuis le début, dont Annie, une Française.

 

À gauche : Eugenio, biologiste et ornithologue, est un des habitants de la communauté depuis le départ. Il fait guide à l’occasion. À droite : enfant Dúrika.

 

Le niveau d’études des Dúrikas est élevé. La communauté compte notamment un chirurgien, un biologiste et un ornithologue. Le charpentier, ancien professeur, est aussi le maître d’école (l’école a été agréée par le ministère de l’Éducation nationale costaricien).

Ce qui explique qu’une partie des ressources de la communauté provient du Conseil en agronomie à l’université. Le reste émane de propriétaires costariciens, de l’Ambassade du Canada, et des revenus générés sur place : la

 vente de fromages de chèvre et de galettes abandonnée depuis bientôt cinq ans au profit de l’écotourisme beaucoup plus lucratif.

 

L’élevage de chèvres. Elles jouent un rôle essentiel dans leur alimentation (lait, fromages) et, avant les ressources de l’écotourisme, dans leur économie.

 

Les enfants des visiteurs participent aussi aux activités de la communauté. Ici, Léna.

 

Ils vivent maintenant en autosuffisance et produisent assez pour acheter ce qu’ils n’ont pas. Les ressources sont consacrées à des projets collectifs, décidés collégialement : l’achat de terres, l’énergie du village, le centre médical (dont ils font bénéficier les indigènes), l’éducation à l’environnement, la création d’une police environnementale privée qui lutte contre le braconnage et la coupe (et qui est reconnue par le ministère de l’Environnement), et la reforestation.

 

Lac artificiel créé pour la baignade. Il devrait servir à terme pour un élevage de poissons.

 

Ils protègent maintenant un corridor biologique d’environ 8 500 hectares de forêts primaire et secondaire, qu’ils achètent progressivement aux propriétaires. 2 500 hectares ont déjà été achetés depuis dix ans, et une option d’achat a été posée pour environ 5 000 hectares à quelque vingt propriétaires terriens. Un million d’arbres natifs ont également été replantés ces dix dernières années.

 

Forêt nuageuse pure.

 

La communauté a mis en place une organisation originale. Chaque famille a sa propre maison et intimité, toutefois les habitants travaillent selon un programme établi chaque semaine et définissant les tâches de chacun (bergerie, boulangerie, pépinière, potager, construction…).

 

Les chalets.

 

La fabrique de savons et l’herboristerie.

 

Le potager avec les semis.

 

Aucun courant de pensée ou religion n’est imposé, chacun est libre de penser ou de dire ce qui lui plaît. La seule règle est de se plier aux exigences des tâches nécessaires à la survie du village, et de concorder dans la volonté générale de quiétude et de paix. Ils se réunissent tous les soirs sous les étoiles. Soit pour discuter, soit pour assister à des cours donnés par les membres à tour de rôle.

Le village accueille des docteurs, biologistes ou des étudiants ainsi que des étrangers intéressés par la découverte d’un écosystème et par une expérience de vie rare.

La communauté est enfin très impliquée dans la conservation des traditions des cultures Cabécar et Bribri (deux minorités indigènes du secteur). Ils travaillent également à l’amélioration de leur niveau de vie dans les domaines de la santé, de l’environnement et de l’éducation.

Dúrika, c’est un rêve de vie que l’on pourrait réaliser partout ailleurs dans le monde. Mais sans doute pas dans une nature aussi magique, variée, grandiose… et fragile.

En voici quelques photographies.

 

Vue d’un chalet.

 

Photo d’insecte © Léna Momus (13 ans).

 

Papillon aux ailes translucides (partie bleue sur la photo).

 

 

 

 

Vue du chalet à l’aube.

 

Mille mercis à Serge Momus et Philippe Falbet pour leurs magnifiques photos.

 


Philippe Falbet

Philippe Falbet, le formidable ambassadeur des Dúrikas en France.

Cet article est tiré du numéro 12 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Cuisine imaginaire

Un cuisinier de métier ou un amateur éclairé nous livre une de ses recettes. Mais la condition est qu’elle soit inventée. Qu’on ne puisse pas la trouver dans les livres.

Bûche de Noël

 

“C’est pour mieux manger, mon enfant !”

Ce titre décalé, à la fois drôle et sérieux, d’un article du Monde (mardi 23 novembre 2010) m’a donné envie d’en savoir plus sur Martine Camillieri, qui expose au Musée en herbe à Paris des photographies tirées de son livre Je sais cuisiner pour mes doudous (Les Éditions de l’Épure, 2010).

En feuilletant le livre, je me suis dit que j’aillais faire une entorse à la règle de la rubrique. C’est un gros livre très coloré, qui fourmille d’idées et de bons conseils (cuisiner en accord avec la nature, “Dans la cuisine, ne te conduis pas en sagouin…”), et avec une mine de recettes toutes simples à préparer en minuscules portions (qu’on peut aussi destiner aux grands…).

J’ai choisi une recette d’hiver et de fête. Martine Camillieri, entre deux voyages, a tout de suite joué le jeu.

 

La bûche de Noël, selon Martine Camillieri.

 

La bûche dans la nature.

 

 


Martine Camillieri

Martine Camillieri, plasticienne, pionnière en matière de détournement et de recyclage, propose des façons ludiques de consommer notre quotidien.

Elle est auteur de nombreux livres pour inciter les gens à pratiquer une écologie ludique.

Elle examine le comestible, les emballages et les objets obsolètes, étudie les deuxièmes vies.

Parallèlement, elle réalise un travail artistique décalé, sous forme d'installations éphémères, pointant les phénomènes de notre société.

Cet article est tiré du numéro 12 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Ma photo préférée

La règle du jeu : un(e) photographe de métier nous présente parmi toutes ses créations celle qui a sa préférence.
Et il (elle) nous explique pourquoi c’est celle-ci plutôt qu’une autre.

Un jour après…

 

Dans le café où nous nous étions donné rendez-vous, quand j’ai expliqué à Axel le principe de la rubrique, il a évoqué son projet sur les femmes enceintes qu’il mène depuis plusieurs années. Nous avons ensuite parlé des voyages, de la vie, de notre départ en 1990 pour un pays différent du nôtre, lui Paris, moi Tokyo. Et soudain Axel s’est rappelé d’une photo prise à un moment très particulier. Il n’était pas sûr que ce fut une bonne photo ni même qu’il pourrait la retrouver. Il ne savait plus comment était la photo. Il se rappelait en revanche l’émotion intense de ce moment.

Je lui ai dit que c’est celle-ci que je voulais.

 

 

“Le 25 décembre 2001, j’ai fait une longue promenade dans les champs à côté de la maison où je suis né et ai grandi avec mes frères et sœurs. C’est à Karlsruhe en Allemagne. J’y ai passé une grande partie de mon enfance. Je voulais revoir cet endroit, retrouver les traces de mon souvenir.

Tout à coup, j’ai remarqué ce ciel magnifique, surchargé de nuages. J’ai pris une photo de ce moment émouvant. C’était Noël.

Un jour après la mort de mon père.”

 

Ce que vous voyez, c’est la photo d’un tirage d’après un négatif en assez mauvais état. Il faisait partie de la bande de lecture qui était fournie à l’époque des photos analogiques avec le film développé (l’équivalent de la planche-contact). C’est ce qui explique son aspect “dramatique”. Le tirage est trop sombre, les nuages trop visibles. On dirait presque que la photo a été prise lors d’une éclipse.

Mais comme cette photo exprimait parfaitement son esprit d’âme* ce jour-là, Axel l’a coupée dans la bande de lecture et l’a accrochée au mur. Il n’en a jamais fait de “vrai” tirage. Il a encore les négatifs quelque part…

 

* J’ai trouvé cette expression tellement poétique et juste que je n’ai pas eu le courage de la corriger. Que les secrétaires de rédaction me pardonnent !

 


Axel Heise

Axel Heise est photographe indépendant depuis 1990.

Il vit entre Paris et Berlin et travaille beaucoup pour l'industrie sur toute l'Europe, dans des endroits ou des situations souvent dangereuses.

Mais il n'a jamais le vertige !

Cet article est tiré du numéro 12 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Petit mystère de la Nature

On l’a certainement appris à l’école. Ou par un grand-parent plus patient que les autres. Mais on a un peu oublié.

Et on s’est senti trop grand pour oser demander de nous l’expliquer encore une fois.
Nous avons décidé de prendre notre courage à deux mains pour reposer la question et savoir enfin. Une bonne fois pour toutes.

Nous trouvons cela un peu louche...

 

Douzième petit mystère :
“le niveau zéro”

Aux dires de Nathalie qui l’a escaladée cet été, la dune du Pilat est à 117 m de hauteur au-dessus du niveau de la mer. C’est facile à mesurer car la mer est à ses pieds. Mais qu’en est-il du puy de Sancy à 1 886 m et plus encore de l’Everest ?

Qui est allé les mesurer ? Et avec quoi ?

Et ce niveau zéro, est-ce le même au Pôle et à l’Équateur ?

Nous trouvons tout cela un peu louche…

 

4ine-illustration-topographie-2

Illustration © 4ine.

 

L’altitude d’un lieu peut se définir par rapport au niveau des mers ou océans qui constitue le niveau de base de beaucoup de cours d’eau de notre planète. Mais qu’il est difficile de définir le niveau de l’océan par une tempête d’équinoxe ! Aussi, afin de limiter l’influence des marées, c’est tout naturellement la mer Méditerranée qui a été choisie au début du XXe siècle pour définir en France le niveau de référence de la mer.

Cependant, même le niveau de la Méditerranée varie dans le temps car il y a d’autres facteurs de variation que les marées. Il a donc fallu mesurer ce niveau en continu pendant douze ans (de 1885 à 1897), grâce au marégraphe de Marseille, pour définir la moyenne arithmétique du niveau de la mer en cet endroit (niveau zéro). La référence physique de ce niveau zéro est une pièce de bronze – métal très résistant – fixée dans le granit de la corniche de Marseille à 1,68 m au-dessus du niveau zéro, sans doute pour qu’il demeure visible de la terre en toutes circonstances. Aujourd’hui, en France, le niveau zéro, qualifié de niveau de la mer, est largement utilisé pour caractériser l’altitude (cartes IGN, quadrillage du territoire par des balises de nivellement pour les travaux publics, etc.).

 

Maregraphe_marseille1

 

Mais ce rivet de bronze sera-t-il un jour englouti ?

Nos savants ont-ils sous-estimé le risque de submersion marine lié à la remontée des eaux depuis la fin de la dernière glaciation ? Sur le long terme, l’augmentation du niveau des océans étant en moyenne de 0,18 m par siècle, le rivet en question pourrait ne plus être visible de la terre dans environ neuf siècles. Cependant, ce délai pourrait être raccourci en raison du réchauffement climatique : les récentes données satellitaires sur la dernière décennie donnent 0,32 m par siècle, mais elles demandent à être confirmées sur le long terme.

 


Mélipone

Chercheur honoraire en nutrition animale (ruminants).

La retraite lui laisse peu de temps pour écrire pour Les mots des anges...

Cet article est tiré du numéro 12 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Mot & merveilles

Un mot plutôt qu’un autre. Pourquoi un mot nous parle-t-il plus qu’un autre ? Pourquoi nous interpelle-t-il ?
Est-ce sa musicalité, son sens ou son histoire qui nous le font préférer à tous les autres ?

Deux invité(e)s se prêtent au jeu, l’un(e) pour l’écrire, l’autre pour l’illustrer, mais sans se concerter !

Transmission

 

Claudine Alline, qui a toujours mille idées et des tas de projets, a tout de suite su que ce serait Transmission. Peut-être a-t-elle choisi ce mot parce qu’elle est maintenant grand-mère.

Laurent Pflughaupt, que j’ai rencontré aux cours du soir de la ville de Paris où il anime celui d’expression de la lettre et communication, m’a surprise avec une création qui n’est pas une calligraphie.

“Transe-mission” par Laurent Pflughaupt.

 

Livre d’or de Terres d’écritures.

 


Laurent Pflughaupt

Artiste en calligraphie latine contemporaine, Laurent Pflughaupt anime de nombreux stages en France et à l'étranger. Sa calligraphie très picturale par l'importance donnée à la composition et à la couleur fait toujours sens. Elle est à la fois immédiate et très érudite. Presque animale et extrêmement raffinée. Enluminure, peinture et calligraphie : c'est à l'intersection de ces arts qu'on peut situer sa démarche.

Je me souviens, étant enfant, de la fascination que certaines images exerçaient sur moi, lorsqu'elles illustraient, dans de grands livres aux odeurs de grenier, les contes d'Edgar Poe ou les récits fabuleux de Jules Verne. J'étais particulièrement sensible alors aux légendes qui les sous-titraient, surtout lorsque celles-ci reprenaient une phrase du texte, suivie de trois petits points qui permettaient à mon imagination de s'envoler vers mille suites possibles. Depuis ce temps, devenu à mon tour faiseur d'images, je choisis souvent d'inclure les légendes à l'intérieur de mes peintures. La calligraphie confère une forme originale aux lettres, aux mots, aux phrases, et les lignes du texte, non plus seulement horizontales mais aussi verticales, obliques ou ondulées, structurent mes compositions, tout en proposant un nouveau chemin à la lecture. La légende est ainsi devenue image dans l'image. […]

Extrait de la préface du livre La Nuit des Princes de Laurent Pflughaupt, aux Editions Alternatives.

 

Transmission

C’est en cherchant dans mon livre de cuisine, que j’ai réalisé l’importance de la transmission : je voulais faire un gâteau aux abricots, la recette de ma mère, mais je n’ai pas retrouvé le petit papier avec ses indications succinctes (« tu saupoudres de farine » – oui, mais combien de cuillères ? « Le four pas trop chaud… » « Tu vois quand c’est cuit…»). J’ai aussi réalisé la fragilité de la transmission qui repose sur l’oral.

Aujourd’hui, c’est sûr, on passe son temps à transmettre : portable, SMS, e-mails. Je suis bombardée mais bombarde aussi mes amis, ma famille, de choses plus ou moins importantes, de pensées virtuelles, ou papier. Car je continue à découper dans les journaux et envoyer des articles qui j’espère intéresseront leur destinataire (ah ! le plaisir de recevoir par courrier une lettre manuscrite…).

Mais qu’est-ce que la transmission ? Et que transmettre ?

Bien sûr, on pense à l’école, aux connaissances livresques, à l’envie d’apprendre des uns et au plaisir de partager de l’autre. Aux livres, aux devoirs sur table, à l’écrit.

Il y a aussi la transmission du savoir-faire manuel : les séances de bricolage, l’atelier plein d’outils que l’on ne connaît pas, les leçons de tricot, le jardinage avec les échanges de graines, de plantes…

Et puis tout ce que l’on transmet sans toujours le savoir : les valeurs morales, les émotions, la joie de vivre, la gourmandise, la curiosité, les rêves, les habitudes bonnes (ou mauvaises)…

 

Sur le “comment transmettre”, c’est simple :
il s’agit de savoir être soi – avec humilité et curiosité, et apprendre toujours,
il s’agit de savoir faire – écrire, partager, écouter, rire,
il s’agit de savoir dire – communication verbale ou non mais aussi écoute car l’autre nous donne tout en apprenant de nous.

 

Transmettre, c’est aimer la vie et le montrer pour que d’autres après nous continuent et que l’Humanité progresse.

 


Claudine Alline

Elle dit qu’elle est paysanne et parisienne, gourmande de la vie. Qu’elle aime par-dessus tout son jardin, les dîners entre copains, l’opéra, la peinture.

Elle a bien vite oublié sa vie d’avant (sa vie professionnelle...) mais elle aime toujours autant écrire.

Cet article est tiré du numéro 12 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités