WEBZINE N° 15
Été 2012

WEBZINE N° 15
Été 2012
Brancher l’espoir
rencontre
L’agneau du matador
cuisine
Urga, 2008
photo
Le métier de correcteur peut disparaître !
mystère
Naissance
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édito
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Édito

Le numéro 15 des Mots des anges. Le numéro d’été.

 

Ce numéro d’été arrive avec le soleil si attendu par tous, jusqu’aux escargots et aux grenouilles qui en avaient ras-le-bol de la pluie.

Il nous offre une rencontre collective cette fois, avec une association qui œuvre pour faire tomber les nouvelles fractures sociales. Une recette par un chef dont presque tout le monde connaît (et a utilisé) le site, outil indispensable pour se lancer sans peur et avec le sourire dans la cuisine. Pour la photo, c’est un moment de rêve et de rire jubilatoire. Le mot, c’est une jeune poétesse (eh oui, cela existe !) qui nous l’offre. Quant au petit mystère, c’est à en perdre son latin, enfin son français !

Prenez le temps de parcourir ce numéro. Ou alors, grappillez. Il fait trop chaud pour se presser !

Bel été !


4ine
Conceptrice rédactrice
4ine

Rencontre avec des êtres extraordinaires

Il est de ces gens dont la rencontre vous ébranle. Par leur volonté et leur intelligence de l’autre. Par leur façon de voir la vie et de la vivre. Par leur engagement dans notre société.

Vous vous sentez grandis de les avoir approchés, regardés ou entendus. Leurs engagements sont pourtant modestes. Ils passent souvent même inaperçus. Ces êtres sont presque anonymes, mais uniquement pour ceux qui sont loin d’eux.
Nous avons voulu leur rendre hommage. Vous les faire rencontrer.

Brancher l’espoir

 

À l’heure où les spécialistes s’inquiètent du temps passé par la population française (tous âges et catégories confondus) devant ses écrans d’ordinateur, certains sont en marge car ils n’ont pas accès à l’informatique. Et cette marginalisation risque d’avoir à terme des conséquences redoutables.

L’association Tousbranchés.net a décidé de réagir et d’agir.

C’est Franck Taton, le fondateur de cette jeune association créée en 2010, qui a initié l’ingénieux projet.

 

De gauche à droite : Franck Taton, le fondateur et désormais animateur, et Marie-Aimée et Bernard, deux bénévoles actifs venus à ma rencontre pour l’interview.

 

L’association Tousbranchés.net a décidé de lutter contre la fracture numérique pour diffuser la maîtrise de l’informatique à tous les publics isolés, économiquement ou socialement.

 

L’association revendique son statut : nous ne sommes pas des prestataires de services informatiques !

Son objectif n’est pas “d’apprendre l’informatique” au sens strict du terme, mais de faire participer des publics souvent en marge à des séances collectives où la chaleur humaine, la convivialité, la gentillesse, la proximité, et l’écoute sont mises en avant pour favoriser l’envie des participants de poursuivre leur découverte des nouvelles technologies.

 

Tousbranchés.net a développé un concept très original et adapté au terrain qu’elle vise, plein de bon sens et d’idées :

1. Une salle informatique mobile qu’on peut déployer où l’on veut en un temps record (même sur un stand extérieur lors d’une manifestation culturelle ou citoyenne).

2. L’équipement informatique est constitué de matériel recyclé (récupéré auprès de banques ou grandes entreprises suite au renouvellement de leur parc informatique).

3. Le choix du lieu du local n’a pas été fait par hasard. Il est volontairement installé dans une barre d’immeubles des quartiers nord de Metz (les quartiers dits “difficiles”), à la Patrotte. C’est un micro-quartier, moins difficile mais plus délaissé des autorités (car micro et moins difficile) où ils pensent poser les jalons de leur concept et l’enraciner. Ils sont ainsi près de leur public car ils croient à la proximité.

C’est en étant là, en participant à la vie du quartier, qu’ils arrivent à apprivoiser ceux qu’ils veulent toucher : les plus démunis, les isolés, ceux qui ne sortent jamais du quartier ou même de chez eux. Ils participent notamment aux « auberges espagnoles » des samedis (repas de quartier où chacun amène un plat) et qui sont déterminantes pour tisser les liens, créer du bouche à oreille et initier la confiance sans laquelle certains ne passeront jamais la porte de l’association.

 

Une auberge espagnole à la Patrotte.

 

4. Pas de ségrégation économique ni de misérabilisme : les ateliers sont payants pour les adhérents solvables, et le prix (fort modeste) calculé en fonction des revenus.

Les projets sont multiples et réalisés souvent en partenariat avec des médiateurs sociaux déjà très présents sur les différents terrains : créer le site Internet de son village, autonomiser les seniors ou les publics en difficulté, aider à la lutte contre l’illettrisme ou à la réinsertion professionnelle.

 

 

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Ateliers dans le quartier et au Club du 3e âge.

 

Ils sont même intervenus dans les établissements pénitentiaires et espèrent voir leurs subventions renouvelées pour y retourner car cela a été une expérience inoubliable et riche d’enseignement de part et d’autre.

Tousbranchés.net a conçu et animé 459 ateliers en 2011 (contre 129 en 2010). Près de 4 000 personnes ont participé à leurs actions.

Ils ont reçu le soutien de plusieurs fondations, dont notamment celle de la SNCF qui œuvre pour prévenir l’illettrisme (Entre les lignes), pour un projet de film réalisé par les enfants de la Maison pour tous de Woippy, Des écrans pour le dire.

“Pour surfer sur Internet, on passe par des mots-clés et donc la lecture. Un film, c’est des techniques de montage vidéo à assimiler mais aussi l’écriture d’un scénario. L’informatique permet de démystifier l’écrit. Il a une attractivité immédiate que n’a pas le livre dans les milieux non lecteurs.”

L’association, c’est maintenant 15 bénévoles (10 en charge de l’administration et 5 actifs) et 3 salariés. Pour l’avenir, ils hésitent sur leur stratégie de développement : grandir ou essaimer dans d’autres quartiers, d’autres villes. Et pourquoi pas les deux.

En tous les cas, leur vision est claire : ils veulent continuer à jouer leur rôle de médiateur social, investir leur territoire et y être un véritable acteur. Et pourquoi pas être un laboratoire d’innovation dans le monde social.

Photos du quartier réalisées lors d’ateliers photo numérique.

 

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Association Tousbranchés.com

Cet article est tiré du numéro 15 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Cuisine imaginaire

Un cuisinier de métier ou un amateur éclairé nous livre une de ses recettes. Mais la condition est qu’elle soit inventée. Qu’on ne puisse pas la trouver dans les livres.

L’agneau du matador

 

Bertrand Simon, connu comme Le chef Simon, est un chef rebelle qui a beaucoup d’humour et d’esprit.

Cette recette, il l’a choisie plus par défi intellectuel que par choix gustatif. C’est pour lui un juste amalgame entre l’envie technique et la projection des saveurs qu’il voulait retrouver dans son assiette. Il aime jouer de cette fausse simplicité dictée par la maîtrise technique ultime, car toujours façonnable et toujours capable d’évoluer vers la perfection.

Pour le nom, c’est à la fois rappeler que l’agneau a été un animal, et le rouge du poivron qui est la couleur de la corrida.

Comme le chef Simon aime mêler musique et cuisine et penser la musique comme un vin pour accompagner un plat (pour le cuisiner et le déguster aussi), je lui ai demandé quelle musique accompagne ce plat.

“Cette recette se prépare fatalement sur Animals de Pink Floyd et Umma Gumma des mêmes. On pourra aussi se faire du bien en se passant quelques vieux Rory Gallagher, qui ne crachait pas sur quelques ovins arrosés de Guinness… !”

 

Voici la recette pour 4 personnes :

Deux filets prélevés de la selle anglaise et taillés en deux tronçons nets.

Deux poivrons divisés en deux, épluchés et épépinés, confits dans l’huile d’olive chaude mais pas brûlante pendant de longues minutes.

Un jus d’agneau obtenu en rissolant les os et parures avec quelques éclats d’ail, un peu de thym, de laurier, puis déglacé avec de l’eau, et réduit doucement, sans s’énerver. Pour quatre personnes, on peut compter un départ de 75 cl d’eau, pour arriver à une réduction serrée de 3 dl. Vous pouvez librement pimenter avec un peu de piment d’Espelette ou de pimento hot.

 

 

L’opération de cuisson est simple mais néanmoins périlleuse.

Il vous faudra exposer la viande à une chaleur vive et terminer sa cuisson en enceinte modérée. La modération est une vertu qu’il faut connaître lorsqu’on cuisine l’agneau sauvageon…

Chauffer une poêle à allure modérée, badigeonner les morceaux et les plaquer dans la poêle, colorer sur chaque face et saler, poivrer sans parcimonie.

 

 

Une fois la coloration obtenue, débarrassez les filets et emmaillotez-les dans les larges lanières de poivrons confits. Profitez-en au passage pour déglacer la poêle avec un filet d’eau. Ce jus ira rejoindre celui qui réduit lentement (si vous ne l’avez pas oublié…)

Laissez s’imprégner la chair du sel, du poivre et des exsudats du poivron.

Préparez une garniture légère, comme quelques courgettes à peine wokées, ou simplement une salade de saison.

Exposez la viande à la chaleur contrôlée du four (environ 150 °C) pendant quelques minutes, la viande doit rester rosée. Théoriquement si tout se passe bien, la face B d’Atom Heart Mother (suite) suffira à atteindre la cuisson parfaite.

Lorsque la viande est sortie, la garniture chaude, placez la viande habillée (le poivron aura un peu séché, coloré, et offert ses meilleurs arômes).

Saupoudrez de feuilles de serpolet avec mesure, et versez avec la même retenue une ou deux cuillères du jus d’agneau réduit.

Cette recette d’apparence simple puisque ne comportant que peu de composants est en fait un exercice d’une complexité extrême. La viande un poil trop cuite ruinerait l’effet gustatif, mais saura vous rendre aussi fou et désespéré qu’un agneau dans une arène surchauffée.

 

Miam miam, la corrida !

 


Bertrand Simon dit Le Chef Simon

« Je suis Bertrand Simon, Cuisinier, Chef de cuisine. J'ai bossé en gastronomique, en étoilé et suis devenu prof après plus d'une décennie passée aux fourneaux. J'ai repris le chemin de l'école via les cours du soir pour enseigner. Aujourd'hui, j'enseigne dans un lycée professionnel et en parallèle je fais vivre le site www.chefsimon.com (50 000 visites quotidiennes). Je suis passionné par la bonne maîtrise, de manière presque obsessionnelle.

J'ai la chance au travers du site de faire des rencontres qui m'apportent avec générosité et humour, simplicité et jovialité, le sens à continuer.

La cuisine ça n'est pas seulement cuisiner, c'est aussi partager, relever le gant, transmettre, montrer et grandir.

Je suis aussi un musicien frustré, car je n'ai jamais eu le temps d'apprendre à devenir un dieu de la guitare. Par contre je suis un sacré bon écoutateur de son et j'apprends de la communauté qui s'est cristallisée autour du site ».

Cet article est tiré du numéro 15 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Ma photo préférée

La règle du jeu : un(e) photographe de métier nous présente parmi toutes ses créations celle qui a sa préférence.
Et il (elle) nous explique pourquoi c’est celle-ci plutôt qu’une autre.

Urga, 2008

 

C’est en voyant un article sur son expo que j’ai eu envie de rencontrer Patrice Bouvier. Des triptyques sur les femmes clowns. Les femmes clowns, vous en aviez déjà entendu parler ? Patrice, qui les suit depuis 2006 et les photographie avec justesse et tendresse sur les planches et dans les coulisses, nous offre le portrait de l’une d’elles, Urga.

 

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C’est à la fin du XVIIIe siècle que Philip Astley crée la version du cirque que nous connaissons actuellement. Très rapidement, un personnage issu du public installe une dimension humaine de rire et d’humour entre les numéros de voltiges équestres. Le clod, le “cul-terreux” en anglais, devient clown, et en français M. Claune, le paysan.

Muet, il fera donc rire par ses mimiques et ses prouesses physiques. Avec le langage, l’auguste naît. Auguste vient de l’argot berlinois qui signifie “idiot”. Fort porté sur la boisson, son nez rougeoyant devient cette protubérance emblématique.

Traditionnellement masculin, le clown était celui qui savait tout faire dans le cirque. Voltigeur, acrobate, musicien, il assurait les transitions entre les numéros. Agent de liaison et d’humanisation vis-à-vis du public, il transformait les peurs en rires. Lorsqu’un incident survenait, ou qu’un artiste était malade, il le remplaçait au débotté.

Cette lourde charge, qui nécessitait un talent particulier, tirait sa force et son inspiration d’un travail quotidien dans l’univers du cirque.

Quant aux femmes clowns, il n’y en avait pas. C’est Annie Fratellini, avec son auguste, qui a commencé, mais son clown ne différait guère de celui de ses homologues masculins.

Lassées des lazzi* traditionnels, la jeune relève, une dizaine de femmes en France, qui vient souvent d’univers différents (chant, comédie ou mime), a réinventé le personnage du clown au féminin. Un clown qui n’a plus rien à voir avec les clowns masculins.

Elles ont décidé à un moment de privilégier le corps comme moyen d’expression.

 

“Le clown, c’est la marionnette de la comédienne” dit l’une d’elles.

 

Chaque fille cherche son clown. Le clown doit raconter une histoire avec le corps plus qu’avec les mots.

Patrice Bouvier dit que cela fonctionne, ou pas. C’est magique et il n’y a pas de secret. Chaque femme met sa vie dans un autre personnage qu’elle incarne.

Développant un caractère unique, c’est dans leur univers au jour le jour, dans leur perception du monde, dans leur intimité qu’elles puisent leur propre écriture. Elles partent souvent du rôle d’une femme au quotidien. Cette femme veut faire comme les autres mais sa maladresse, son inadaptation à la vie formatée font que les situations les plus banales dégénèrent et deviennent vite déjantées, aberrantes, hilarantes.

Patrice Bouvier, en les photographiant, donne envie de découvrir ces personnages uniques et nécessaires.

 

* Les lazzi – de l’italien lazzo : lien – sont, dans le théâtre all’improviso, la commedia dell’arte, toutes sortes de plaisanteries burlesques, soit en paroles, soit en actions, des jeux de mots, des grimaces, des gestes grotesques et jusqu’à des détails de farces de tréteaux.

 


Patrice Bouvier

Patrice Bouvier est photographe indépendant, membre de l'agence Gamma-rapho.

Il photographie le monde du cirque depuis plus de trente ans.

En 1980, suite à un reportage sur le célèbre clown Achille Zavatta pour ELLE, il décide de le suivre pendant un an et de partager la vie itinérante de ce personnage mythique et de son cirque. De cette rencontre, il en a tiré un livre « Le Cirque d'Achille Zavatta au quotidien » (Édition Contrejour, 1981).

Cirque, fêtes foraines, contorsionnistes : il s'empare de tous ces sujets et, depuis 2006, suit les femmes clowns.

Ce travail a donné lieu à une exposition itinérante, présentée la première fois à Aurillac en 2010 lors du Festival de théâtre de rue.

Cet article est tiré du numéro 15 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Petit mystère de la Nature

On l’a certainement appris à l’école. Ou par un grand-parent plus patient que les autres. Mais on a un peu oublié.

Et on s’est senti trop grand pour oser demander de nous l’expliquer encore une fois.
Nous avons décidé de prendre notre courage à deux mains pour reposer la question et savoir enfin. Une bonne fois pour toutes.

Le métier de correcteur peut disparaître !

 

Quinzième petit mystère :
“l’ordre des lettres”

 

4INE-COLLAGE

Collage © 4ine.

 

Quand j’ai acheté mon iPhone, ma fille Mélanie, pour se moquer de mon manque de dextérité face à cet outil, et de mon étourderie en général, s’est empressée d’y écrire le mémo suivant : Aehtcer un Iohnpe puor Minéale pcrae que de ttuoe foçan je ne sias pas m’en sverir et je vias le cessar.

Vous avez tout compris, n’est-ce pas ?

En fait, Mélanie faisait référence à une prétendue théorie de l’université de Cambridge :

 

Sleon une édtue de l’Uvinertisé de Cmabrigde, l’odrre des ltteers dnas un mot n’a pas d’ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire soeint à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porlbème. C’est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre ell-mmêe, mias le mot cmome un tuot. La peruve…

 

Pour ceux qui ont envie de le lire en anglais, cela donne :

Aoccdrnig to rscheearch at Cmabrigde Uinervtisy, it deosn’t mttaer in waht oredr the ltteers in a wrod are, the olny iprmoetnt tihng is taht the frist and lsat ltteer be at the rghit pclae.

The rset can be a total mses and you can sitll raed it wouthit a porbelm. Tihs is bcuseae the huamn mnid deos not raed ervey lteter by istlef, but the wrod as a wlohe.”

Eh bien ce n’est pas vrai !

La preuve :
(Nous avons respecté la seule règle édictée, à savoir les premières et dernières lettres des mots sont à la bonne place.)

LA CDECANE DE CET OTIAROO SELBME ECVSSEIXE PUOR UN CEITVALICNSE NTPOÉYHE.

Vous n’avez rien compris, n’est-ce pas ?

Il est maintenant clair que la lecture du texte proposé par l’auteur a été rendue possible grâce à la combinaison de deux facteurs. Tout d’abord, les lettres ont été mélangées de façon à ne pas trop troubler la morphologie générale des mots ; d’autre part, les indices sémantiques fournis par le contexte ont permis une lecture du type « réaction en chaîne”. Par exemple, après le mot “Uvinertisé”, nous avons “de”, donc on se doute qu’il y aura ensuite un nom de ville, etc. Il y a enfin beaucoup de mots courts (2, 3 ou 4 lettres).

Un bon lecteur qui maîtrise parfaitement le code alphabétique, qui est capable d’anticiper en fonction du sens défini par le contexte, peut lire un texte même si les mots de celui-ci ont été remaniés (lettres déplacées voire partiellement supprimées). Cette lecture est rendue d’autant plus aisée que les indices sémantiques sont forts et que la morphologie des mots reste proche de la réalité. Toutefois, en dernier recours, c’est toujours le code qui garantit l’exactitude de la lecture.

Donc pas de panique amis correcteurs, nous avons encore besoin de vous !

Et pour ceux qui veulent déchiffrer la phrase en majuscules, la voici dans l’ordre : LA CADENCE DE CET ORATORIO SEMBLE EXCESSIVE POUR UN CLAVECINISTE NÉOPHYTE.

P.S. : il est très facile de faire beaucoup plus compliqué… Et donc illisible même pour les très bons lecteurs.

Cet article est tiré du numéro 15 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Mot & merveilles

Un mot plutôt qu’un autre. Pourquoi un mot nous parle-t-il plus qu’un autre ? Pourquoi nous interpelle-t-il ?
Est-ce sa musicalité, son sens ou son histoire qui nous le font préférer à tous les autres ?

Deux invité(e)s se prêtent au jeu, l’un(e) pour l’écrire, l’autre pour l’illustrer, mais sans se concerter !

Naissance

 

À chaque fois que je vais à Marseille, j’essaie d’aller au centre international de poésie Marseille (cipM), sis dans les magnifiques bâtiments de la Vieille Charité. C’est un lieu de création et de diffusion de poésie contemporaine qui accueille des expos passionnantes, et a une bibliothèque exceptionnelle.

J’ai pensé qu’il serait intéressant qu’ils nous présentent un poète pour ce numéro. C’est une jeune poétesse qui a relevé le défi, Dorothée Volut. Elle a choisi un mot chargé de sens pour elle qui est toute à la joie de la nouvelle de sa maternité. Écoutons-la…

Naissance_Louis_Leboucher

 

“Naissance”
graff de Louis Leboucher.

 


Louis Leboucher

Louis a 15 ans et du talent.

Il dessine des graffs sur papier depuis des années.

Parmi les quatre dessins qu'il m'a faits pour « Naissance », j'ai choisi son préféré, qui est le plus puissant, le plus dynamique.

Louis est aussi un passionné de magie capable déjà d'animer des soirées.

Bonne chance Louis !

 

Léger orient par-dessus la fraîcheur

les réponses dans les voiles

sirupeuses très loin

 

bassin qui porte à l’horizon

ta venue en mouvement

crée même les choses

avec des mots que je trace

à ma respiration

 

tout une campagne proche descend

on dirait du mystère

le ventre

qu’il est mon seul amour

 

aujourd’hui je m’embarque

la terre me donne,

une direction

 


Dorothée Volut

Dorothée Volut est née en 1973 à Strasbourg et vit actuellement à Marseille après quelques années passées dans les collines du Verdon.

Passer par le théâtre, la scénographie et la mise en scène (Cie Permis de Construire), et puis un jour aborder aux terres nourrissantes des ateliers d'écriture qu'elle anime régulièrement depuis 8 ans avec des enfants et des adolescents sur Marseille.

Elle est l’auteur de livres brefs ayant pour thème commun l’enfance.

Dernières parutions : « L’écriture m’a donné une enveloppe » (Contre-Mur, 2011), « Scènes extérieures » (Contre-Pied, 2010), et « alphabet » (Éric Pesty Éditeur, 2008). Des publications en revue (Action poétique, Monsieur Thérèse, le Quartanier…) et sur Internet (les Cahiers de Benjy, myopies, sitaudis).

Cet article est tiré du numéro 15 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités