WEBZINE N° 16
Automne 2012

WEBZINE N° 16
Automne 2012
Art du faire, savoir être au monde
rencontre
Corsica Fairies
cuisine
Le couteau
photo
Un bon bailleur peut-il en faire bailler 10 ?
mystère
Jouissance
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édito
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Édito

Le numéro 16 des Mots des anges. Le numéro d’automne.

 

Ce numéro d’automne arrive entre l’été indien et le solstice d’hiver, une semaine avant le passage à l’heure d’hiver : profitons donc encore quelques jours de la lumière de ces fins d’après-midi.

Ce numéro nous offre plusieurs rencontres de hasard, et l’Afrique est invitée pour la première fois. Plusieurs mondes sont également conviés pour la première fois : celui du design avec le Malien Cheick Diallo qui nous donne une leçon de débrouillardise et d’humanité (humilité) et une lecture très contemporaine et colorée des objets. Celui des paysans oubliés du Forez avec le photographe Christophe Agou. Celui du slam avec Aimé Nouma. Pour la recette, j’ai demandé à une fratrie : j’ai laissé parler Calou, le frère, pour qui la cuisine est un terrain de jeu et de fête. Quant au petit mystère, ne vous endormez pas avant de le lire !

Et dernière nouvelle : Les mots des anges auront bientôt une page Facebook à laquelle vous pourrez vous abonner (mais encore un peu de patience, je ne suis pas tout à fait opérationnelle, je débute sur le réseau…).

Belle fin d’automne !


4ine
Conceptrice rédactrice
4ine

Rencontre avec des êtres extraordinaires

Il est de ces gens dont la rencontre vous ébranle. Par leur volonté et leur intelligence de l’autre. Par leur façon de voir la vie et de la vivre. Par leur engagement dans notre société.

Vous vous sentez grandis de les avoir approchés, regardés ou entendus. Leurs engagements sont pourtant modestes. Ils passent souvent même inaperçus. Ces êtres sont presque anonymes, mais uniquement pour ceux qui sont loin d’eux.
Nous avons voulu leur rendre hommage. Vous les faire rencontrer.

Art du faire, savoir être au monde

 

En allant au musée Mandet de Riom (63) qui offre toujours de superbes expositions autour des arts décoratifs et du design, derrière le titre de l’exposition “Made in Mali, Cheick Diallo designer”, je pensais découvrir une œuvre de design originale et colorée. Mais j’ai été autant bluffée par les œuvres que par leur créateur : un homme qui pense un design ingénieux et novateur. À mille lieues du design élitiste, trop souvent inutile, et déconnecté des réalités de notre monde – de la nécessité de repenser notre consommation en termes de respect des matériaux.

La première fois que j’ai vu Cheick Diallo, c’était au musée Dapper où il était interviewé par RFI pendant la présentation presse de la nouvelle exposition collective, « Design en Afrique ». Il disait : “le design c’est penser des objets pour l’homme d’aujourd’hui et de demain”. Et il fit référence à un dicton africain : “Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens”. Le ton était donné.

Tout ceci n’est pas (que) du design.

 

“C’est une histoire d’hommes et de rencontres, qui mène à une méthode de travail, qui aboutit à un processus. Et enfin à un objet. C’est un hommage aux mains, pas aux machines. Et à la débrouillardise.”

Cheick Diallo

 

Cheick Diallo a toujours voulu un design qui tienne debout, qui tienne compte de tous les paramètres. Il ne fait pas du folklore.

Dès la sortie de l’école, Cheick Diallo choisit de s’auto-éditer pour ne pas avoir à dépendre de ceux qui font la pluie et le beau temps dans la profession et trouvent son nom “trop africain”. Il va créer pour ceux qui s’intéressent à ce qu’il fait et ce qu’il est.

Et il choisit de le faire en Afrique (au Mali pour commencer) où on peut utiliser les ressources humaines, naturelles, matérielles et techniques à moindre coût. Et fabriquer dans des délais record (il faut 3 mois et beaucoup d’argent pour réaliser un prototype en Europe alors qu’il peut être réalisé en 3 semaines en Afrique). Ces conditions permettent à Cheick Diallo de travailler sur plusieurs projets à la fois et d’expérimenter. Un véritable luxe.

 

Cheick Diallo dans son atelier.

 

Les pièces qu’il produit sont réalisées sur place, à la main, par des artisans qu’il rémunère.

Ce designer est un entrepreneur qui contribue à l’économie de son pays, et son design est indissociable d’un engagement citoyen.

Faire du design en Afrique implique d’assumer deux responsabilités : préserver la culture locale et faire “fonctionner la machine” comme un chef d’entreprise parce qu’on collabore avec des personnes qui ont besoin de travailler pour survivre, dont le but est de rester debout.

En Afrique on fait, un point c’est tout, avec ce qu’il y a, sans attendre d’avoir les moyens de se “débrouiller”.

Cheick Diallo décloisonne le système traditionnel des artisans, un véritable système de castes très hiérarchisé : il crée des liens et des passerelles, fait travailler ensemble sur un même projet diverses corporations.

Il s’adapte à leurs façons de travailler aussi. Pour réaliser ses prototypes, le carnet de croquis, illisible pour les artisans, a été remplacé par un patron à l’échelle 1 dessiné à la craie sur une feuille de bois (qui a déjà beaucoup servi). Pour la conception, il s’adapte à l’artisan et pas le contraire. Et il accepte que l’objet se modifie jour après jour en intégrant l’opinion des passants (car l’atelier est dans la rue).

 

Aux forges de Médine (Bamako, Mali).

 

Avec modestie et pragmatisme, Cheick Diallo se plie aux conditions locales. Il ressuscite les matériaux pauvres qu’il trouve au Mali.

Et il croise les techniques, les transpose : il va teindre le cuir selon les techniques textiles. Pour le tressage du nylon sur métal utilisé pour le Siège du gardien,  il va choisir de nouvelles formes, une finition soignée, et être attentif au rôle des couleurs.

 

DC_012

Métal et fils de nylon, fils enrobés.

 

Fauteuil Woo, métal et fils de nylon, fils enrobés (détail).

 

“Faire du neuf avec du vieux”, cette philosophie qui s’applique à l’Afrique tout entière, il se l’approprie, notamment avec le métal. Par exemple avec des canettes écrasées par les roues des voitures, il conçoit l’ossature d’une ligne de mobilier qui s’avère très solide.

 

Montage de la chaise Poto-Poto.

 

Les choses apparemment devenues inutiles changent de rôle et d’aspect grâce à l’habileté de mains et d’imaginations qui ne se découragent pas. Il suffit de regarder, d’observer le monde qui nous entoure et celui dont nous nous entourons.

Son rôle de designer et d’Africain responsable ne s’arrête pas là. Mandaté par l’organisme USAID (agence américaine pour le développement international au Mali), il aide les entreprises et les artisans à améliorer leurs produits tant sur le plan technique que stylistique et à exporter.

Pour compenser l’absence d’écoles de design, il encadre régulièrement des ateliers de design et organise des workshops.

 

Fauteuil Mandet, métal et fils de nylon, fils enrobés.

 

Son rêve ? Ce qu’il aimerait être dans 10-20 ans ? Ce n’est pas de devenir célèbre mais de créer une école, un centre, un lieu d’échanges sur le design en Afrique où on manque cruellement de centres de ressources et d’information.

Et là, il serait le vieux papy qui passe son temps à bavarder, à échanger, et qui continue d’être vivant dans le métier.

 

Fauteuil Dibi, acier et fils de nylon, fils tressés. Cheick Diallo est un coloriste hors pair.

 

Les expositions en cours :
Made in Mali. Cheick Diallo. Rétrospective. Jusqu’au 30 décembre 2012 au musée Mandet (Riom, 63).

 

 

Design en Afrique. S’asseoir, se coucher et rêver. Exposition collective. Jusqu’au 14 juillet 2013 au musée Dapper (Paris).

 


Cheick Diallo

Cheick Diallo est né au Mali en 1960. Architecte DPLG (École d'architecture de Rouen), il s'intéresse au design et intègre la prestigieuse ENSCI (École nationale supérieure de création industrielle) en étude et création de mobilier de 1992 à 1994.

En 1993, il est lauréat du concours du musée des Arts décoratifs de Paris avec sa chaise "Rivale" et son lampadaire "Ifen". En 2006, il reçoit le 1er prix du SIDIM (Salon international du design intérieur de Montréal).

Diallo est un créateur exposé dans le monde entier (New York, Canada, Afrique du Sud, Londres, Italie, Paris…). L'exposition au musée Mandet (Riom, 63), dont il rejoint les collections permanentes de design et d'arts de la table, montre près de vingt ans de son travail.

Cheick Diallo est également fondateur de l'ADA (Association des designers africains) qu'il représente en France.

Cet article est tiré du numéro 16 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Cuisine imaginaire

Un cuisinier de métier ou un amateur éclairé nous livre une de ses recettes. Mais la condition est qu’elle soit inventée. Qu’on ne puisse pas la trouver dans les livres.

Corsica Fairies

 

Avec Calou (pseudo car Monsieur tient à son anonymat), l’histoire a commencé par un échange d’e-mails, moi à la recherche de cuisiniers amateurs ayant un blog, lui cliquant sur le lien des Mots des anges, sans grande conviction. Et finalement, la surprise a été réciproque.

Calou a accepté de faire une recette à 4 mains (ou plutôt 2 recettes à 2 mains chacune mais coordonnées) avec sa sœur Zaza Martinez (c’est aussi un pseudo – elle, l’anonymat elle s’en fiche un peu mais comme c’est une gentille petite sœur…) qui intervient dans le blog de son frère pour les clapiottes (pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, cherchez la scène du restaurant dans le remake de la Cité de la peur…).

Calou a souhaité que les recettes qu’ils allaient nous inventer soient une sorte de tribute à leur grand-mère, Mémé Rose, en fin de vie. Les coïncidences sont parfois douloureuses. À l’instant où il mettait un point final à l’e-mail de présentation des recettes, il a appris que sa mémé rejoignait définitivement les anges.

Ces recettes seront donc en son hommage. En l’honneur aussi de toutes les grands-mères du monde qui nous ont régalés de leur cuisine. Et parfois donné envie de les imiter.

Nous voilà donc, Zaza et moi, devant la feuille blanche. Ou plutôt devant le plan de travail blanc. Quelle(s) recette(s) faire à 4 mains pour Les mots des anges. De suite, nous vient l’idée de rendre hommage à celle qui nous a donné le goût de la cuisine : Mémé Rose. Elle est d’origine corse, et cette île garde pour nous l’expression des produits de l’automne : agrumes, châtaignes, charcuteries, gibiers… Tous les ingrédients de base y sont pour une déclinaison gourmande en salé / sucré autour de cette saison. Mais il ne suffit pas d’avoir des ingrédients, encore faut-il trouver quoi en faire. Étant dans sa période cupcake, Zaza propose naturellement de rester dans son thème de prédilection. Au départ peu enchanté, je me dis finalement que ça pourrait être pas mal de réaliser 2 cupcakes : un salé et un sucré, avec les mêmes parties imposées comme trait d’union. Nous voilà décidés. Zaza la gourmande s’occupera de la partie sucrée, je m’occuperai de la salée (je suis aussi gourmand, mais comme je suis un gentil grand frère, je la laisse choisir). Après un brainstorming du feu de Dieu, nos cupcakes s’appelleront les Corsica Fairies (« féerie corse », en français, mais c’est moins sympa puisqu’il n’y a plus de jeu de mots).

Recette 1 Wild Fairy

Partons des parties imposées :

cupcake : donc, il me faut une base en forme de muffin, surmontée d’une crème fouettée, et éventuellement un coulis ;
Corse : faisant la part belle aux produits de l’île de Beauté ;
de saison : l’automne ;
hommage à Mémé Rose.

 

Fleur de courgette.

 

Commençons donc par le “muffin”… Un cake tout simple ? Que nenni, trop conventionnel. Mais quoi alors ? Il faut que ce soit souple, savoureux, mais aussi un peu animal. Pourquoi pas une croquette de pommes de terre à la daube ? C’est un plat que nous faisait souvent Mémé Rose étant jeune, avec des restes de daube. On s’en régalait en famille les dimanches soirs de ripaille, devant la télé, les “grands” refaisant le monde et moi écoutant, fasciné. C’est décidé !! Tout partira de ces croquettes.

On commence donc par faire une belle daube de sanglier. Pas besoin d’apporter grand soin à la sauce, l’important étant que la viande soit longuement cuite. Il faut qu’elle se détache toute seule. Pour ça, après l’avoir marinée 24 heures, la faire cuire à 130 °C pendant au moins 4 heures. Pour la recette complète, faites comme bon vous semble ou cliquez sur le lien de mon blog : recette-de-gibier-la-daube-de-sanglier.

 

Nature morte : les ingrédients pour la daube de sanglier.

 

Mieux qu’un bouquet garni.

 

C’est magnifique, n’est-ce pas ?

 

Une fois la daube cuite, faire cuire des rattes (les pommes de terre, pas l’animal [Désolée de le faire remarquer Calou, mais pour l’animal il n’y a pas besoin de 2 t]) et les presser en purée. Mélanger en proportions égales la viande hachée et la purée. Réserver au froid.

 

 

Passons au topping. Procéder comme un glaçage au cream cheese : mélanger en proportions égales du brocciu (fromage frais de brebis) battu et de la crème fraîche montée en chantilly. Saler et poivrer en incorporant à la spatule la crème au brocciu (comme pour une mousse). Réserver en poche à douille. Faire sécher de la coppa au four et mixer grossièrement.

 

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Pour le coulis, dans une casserole, verser une demi-bouteille de vin rouge corse (Patrimonio, par exemple). Ajouter un bâton de cannelle, du macis (pelure de noix de muscade), quelques grains de poivre et râper un peu de muscade. Ajouter une grosse cuillère de miel de châtaigner et mélanger.

Boire le reste du vin pendant que vous portez tout ça à frémissement.

Laisser cuire et infuser à feu doux pendant 20 min. Filtrer le vin et remettre à réduire. Il faut arriver à une consistance de sirop bien nappant.

 

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Juste avant de servir, prendre une cuillère à soupe de purée / daube. La rouler en palet dans votre main, fariner et faire cuire dans une poêle avec de l’huile. Réserver au fur et à mesure sur du papier absorbant.

 

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Reste plus qu’à dresser. Prendre un palet. L’évider et verser une cuillère à café de sirop de vin. Disposer à la poche à douille la crème et parsemer de coppa séchée.

 

 

Un cupcake ESSTRA !!

 

Recette 2 Lemon Fairy

Pour cette recette, Zaza Martinez a pensé à un dessert célèbre de l’île : le Fiadone. Bon, Zaza étant plutôt d’humeur joueuse, de Fiadone il ne reste plus ou moins que l’esprit, mais l’essentiel est qu’on se régale, n’est-ce pas ?

Commençons par les ingrédients :

 

Le gâteau :

. 2 citrons non traités
. 75 g de beurre
. 200 g de sucre semoule
. 3 œufs
. 1 dl de crème liquide
. 190 g de farine
. ½ sachet de levure chimique
. 2 pincées de sel
. Limoncello

 

Le glaçage :

. 60 g de beurre doux ramolli
. 100 g de brocciu
. 50 g de sucre glace
. quelques écorces de citrons confits

 

Avant toute chose, allumer le four à 180 °C.

Commençons par préparer le cake. Rincer les citrons, éponger puis râper le zeste au-dessus d’un bol, verser le sucre et ajouter les œufs, la crème et le sel. Battre jusqu’à ce que le mélange blanchisse. Pour battre, vous avez 3 solutions :
– le faire en mode barbare à l’ancienne juste avec un fouet (méthode Calou) ;
– utiliser un de ces robots en inox, petit bijou de technologie dont rêve Zaza (méthode bobo) ;
– ravaler sa fierté et utiliser le vieux batteur de grand-mère, en faisant attention à ce que personne ne nous surprenne. Cuisiner en talons et paillettes, et utiliser un outil aussi peu glamour, ça marque mal… :).

1) Incorporer la farine et la levure en les tamisant, puis le beurre fondu. Rajouter le jus des citrons et battre une dernière fois rapidement.

2) Verser la pâte dans les moules à cupcake (remplir aux ¾) et mettre au four pendant env. 20/30 min selon la taille des moules. Une fois sortis du four, laisser reposer les cakes.

3) Pendant ce temps, préparer le glaçage. Mixer le beurre, le brocciu et le sucre glace jusqu’à ce qu’il soit nappant.

4) Une fois le cake refroidi, le mouiller avec 2 cuillères à café de limoncello et laisser le cake picoler… heu… absorber.

5) Déposer le glaçage sur les cupcakes à l’aide d’une cuillère, ou mieux, d’une poche à douille. Décorer avec des petits morceaux de citrons confits.

Déguster, sans hésiter à se servir soi-même un petit verre de limoncello (ou mieux, de cédratine corse).

 

Calou et Zaza

Cet article est tiré du numéro 16 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Ma photo préférée

La règle du jeu : un(e) photographe de métier nous présente parmi toutes ses créations celle qui a sa préférence.
Et il (elle) nous explique pourquoi c’est celle-ci plutôt qu’une autre.

Le couteau

 

C’est une rencontre de hasard. J’étais venue avec mon père au MARQ (musée d’art Roger-Quilliot) de Clermont-Ferrand pour la passionnante exposition Études pour le Radeau de la Méduse, de Théodore Géricault. Comme nous avions du temps (et que c’était la canicule dehors ce 19 août), nous avons déambulé dans le musée et sommes tombés sur une exposition de photographies qui nous a profondément émus et littéralement scotchés : Face au silence, de Christophe Agou.

Depuis l’hiver 2002, Christophe Agou revient dans son pays d’enfance, le Forez, pour y photographier “la mémoire et le présent d’hommes et de femmes qui restent attachés à leur terroir où sont nés et morts leurs aïeux”. Parce qu’il a pu établir des liens forts avec ceux qu’il photographie, il saisit des moments d’intimité tellement profonds que peu pourraient arriver à les photographier. C’est au-delà du témoignage documentaire, un véritable témoignage humain. Il nous plonge dans ce monde, parmi ses survivants, pour comprendre et sentir la vie comme elle va, de plus en plus isolée, si différente de la vie urbaine. Ces paysans semblent d’un autre temps, d’un autre monde. Tous sont marqués par une vie de dur labeur, mais cette vie est leur vie.

Un regard fort et sensible, entre humour et tragédie. Christophe Agou, presque comme un peintre, donne à voir des compositions aux couleurs sublimes, et porte un regard sans fioriture ni compassion, mais tendre et lucide, sur un monde oublié.

Je lui ai demandé de choisir une photo parmi cette série.

 

 

“… C’est une de mes photos préférées de la série Face au silence (2002-2010). Un instant entre absence et présence.

Le couteau appartient à Jean, célibataire, vivant seul à présent depuis la mort de son frère aîné, Paul.

Sur la table en formica, des miettes de pain. Le couteau a quitté la poche du pantalon… la lame a traversé les époques.

La tasse de café en porcelaine de ses parents retrouve une seconde vie… La Vierge nous regarde… Timides et curieux, les chats sont immobiles et attendent. Le temps est suspendu. Le silence en dit long. Le vide est complet dans cette image…”

 

Cette photo est entrée dans la collection permanente de la BNF.

 

 


Christophe Agou

Déjà remarqué par la critique internationale pour plusieurs travaux (notamment Life Below, 2004, une traversée en noir et blanc du métro new-yorkais), Christophe Agou, né en 1969 à Montbrison, petite commune située au pied des monts du Forez, quitte la France en 1992 pour s’installer à New York.

Cet exil précoce et volontaire, cette soif d’immersion dans un monde tout autre, est à l’image de l’œuvre que Christophe Agou développe depuis une vingtaine d’années : une exploration empirique et intuitive d’univers, de situations, d’êtres, qu’il appréhende par imprégnations progressives et dont il ne rend compte qu’au moment où il se sent entrer en résonance intime avec eux.

Adepte de la sentence rimbaldienne « Je est un autre », Agou semble habité par la seule mais entêtante quête des formes multiples et mouvantes de l’altérité. Passant avec une égale aisance du noir et blanc à la couleur, du paysage au portrait, il ne privilégie aucun style, veillant à renouveler sans cesse les formes et les conditions de sa propre vision.

Le projet Face au silence de Christophe Agou s’est vu décerner le 17e Prix européen du livre de photographie (European Publishers Award for Photography).

Cet article est tiré du numéro 16 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Petit mystère de la Nature

On l’a certainement appris à l’école. Ou par un grand-parent plus patient que les autres. Mais on a un peu oublié.

Et on s’est senti trop grand pour oser demander de nous l’expliquer encore une fois.
Nous avons décidé de prendre notre courage à deux mains pour reposer la question et savoir enfin. Une bonne fois pour toutes.

Un bon bailleur peut-il en faire bailler 10 ?

 

Seizième petit mystère :
“le bâillement”

J’avais prévu un article sur les olives et devais vous concocter un reportage photo sur la récolte chez Colette dans l’arrière-pays de Marseille. Mais dans le Sud, cela ne se passe pas souvent comme on l’avait prévu…

En remplacement, je vais essayer de ne pas vous ennuyer avec cet article sur le bâillement.

Impossible à réfréner. L’homme bâille en général cinq à dix fois par jour. Soit environ 250 000 fois au cours de sa vie. Il commence à bâiller dès la troisième semaine de gestation ; avec une fréquence accrue au réveil et chez le nourrisson.

Qu’est-ce que le bâillement ?

Une longue inspiration suivie d’un arrêt respiratoire bref, puis d’une courte expiration, qui peut s’accompagner d’une stimulation des glandes lacrymales, le tout durant entre cinq et dix secondes. Il peut être associé à un étirement musculaire (diaphragme, muscles du cou et de la face). L’association entre étirement et bâillement se nomme pandiculation.

La plupart des vertébrés bâillent : poissons, oiseaux, reptiles, mammifères… sauf la girafe.

 

Le grand bâilleur, Jean-Jacques Lequeu (1757-1824)
Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie.

 

Le bâillement serait déclenché par le manque de sommeil, les tâches répétitives, l’ennui, la faim ou encore l’anxiété. Il semblerait aussi que chez les rongeurs et les singes, les mâles bâillent plus que les femelles, et chez les macaques, les mâles dominants bâillent plus que les autres mâles.

 

Cette personne suivie, à la fin du XIXe siècle, par le neurologue Jean Martin Charcot, de l’Hôpital de La Salpêtrière, à Paris, bâillait toutes les huit secondes environ. Ses bâillements provenaient sans doute d’une tumeur cérébrale qui comprimait et déréglait des zones neuronales impliquées dans le bâillement.

 

On parle de contagion, mais le terme de réplication comportementale serait plus adéquat. Alors que le bâillement est commun à toutes les espèces animales, la contagion est une spécificité des singes et des primates. Le bâilleur n’éprouve aucun désir de faire bâiller les autres, et le spectateur n’a pas envie de bâiller, mais il se met à bâiller malgré lui, si son état de vigilance est bas ; en revanche, s’il est concentré sur une tâche, il échappe à la contagion.

La contagion du bâillement permettrait une synchronisation de l’état de vigilance entre individus, qualifiée d’empathie instinctive involontaire, probablement apparue tardivement au cours de l’évolution des hominidés. Plus quelqu’un a une personnalité empathique, plus elle est sensible à la contagion du bâillement alors que ceux qui décodent difficilement les émotions des autres n’y sont pas sensibles. Cette capacité à entrer en résonance avec des affects inconscients repose sur une communication implicite, dont les mécanismes neurobiologiques commencent à être élucidés.

 

Le vendeur de pastèques (photo Reuters pour Le Monde).

 

Pour plus d’infos, voir le site d’Olivier Walusinski, médecin, spécialiste du bâillement :
www.baillement.com

Cet article est tiré du numéro 16 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Mot & merveilles

Un mot plutôt qu’un autre. Pourquoi un mot nous parle-t-il plus qu’un autre ? Pourquoi nous interpelle-t-il ?
Est-ce sa musicalité, son sens ou son histoire qui nous le font préférer à tous les autres ?

Deux invité(e)s se prêtent au jeu, l’un(e) pour l’écrire, l’autre pour l’illustrer, mais sans se concerter !

Jouissance


“Jouissance”
4ine.

 

JOUIS SANS CE joug qui te joue sans cesse des tours.
JOUIS SANS CE joug qui t’empêche de jouir de ta vie sans détour.
JOUIS SANS CE
joug qui te gêne tant dans tes contours,

Si bien que tu ne sais plus avoir recours à l’immense puissance
d’amour que tu laisses tarir en toi depuis la sortie de ton enfance.
Cette liberté d’être, d’avoir et d’agir… D’oser
dont tu te servais sans jamais penser à la doser.
Pour t’intégrer, prendre ta place dans le monde des grands, la société,
Tu as échangé ton intégrité contre ce que tu appelles : maturité ou étoffe.
Mais en fait n’est-ce pas juste de la retenue ? Car Catastrophe !
Cette course à l’uniformité t’a étouffé, t’a maté, formaté !
T’a eu, carrément mis la pâtée ; t’a tant dit et répété
Où habiter ! Qui épouser ! Que manger ! Où passer l’hiver, l’été !
Comment t’habiller ! Qui fréquenter ! Qui aimer ! Qui détester !

JOUIS SANS CE joug qui te joue sans cesse des tours.
JOUIS SANS CE joug qui t’empêche de jouir de ta vie sans détour.
JOUIS SANS CE joug qui te gêne dans tes contours,

Parfois, dans un éclair de lucidité, tu constates :
Que sur tes désirs et sur tes choix tu n’as plus vraiment ton libre arbitre.
Tu réalises que, soumis aux nombreux diktats
sociétaux qui t’obligent, tu n’as presque plus voix au chapitre.
D’ailleurs à quel titre ?
Puisque tu reconnais que tu n’es plus maître ni de ta vie, ni de ton être !
Puisque depuis, tu te contentes simplement d’avoir et de paraître être.
Ce qui fait que des fois, en toi : Ça coince
en même temps tu veux et tu ne veux pas,
À l’intérieur de toi ça grince et ça te met dans un tel état.

Pourtant tu sais bien que, tant que tu feras la sourde oreille à tes désirs,
c’est forcément cette petite voix en toi, qui autrefois disait : “Oui avec plaisir !”
qui mettra pavillon bas. Tu le sais, je le sais, mais qu’y faire ?

JOUIS SANS CE joug qui te joug sans cesse des tours.
JOUIS SANS CE joug qui t’empêche de jouir de ta vie sans détour.
JOUIS SANS CE
joug qui te gêne dans tes contours.

 


Aimé Nouma

Aimé Nouma, d'origine camerounaise, est surnommé le Black Titi de Panam.

Il a débuté le slam fin 2003.

2005 Production et animation émission « Slam'Parle de… » sur la chaîne La Locale TV.

2006 MC-Slameur du concert « Archange Solidarité » organisé au Bataclan avec Laurent Voulzy, Louis Chédid, Nolwenn Leroy, Sandrine Kiberlain, etc.
2006 Tournage « C'est beau une ville la nuit » de Richard Bohringer.

2007 Sortie album d'artiste « Unlimited project » Sounds of Paris.

2009 Slam officiel du Téléthon « Tous plus forts que tout ».

2010 MC-Slameur du festival de la diversité du Capdiv avec Keziah Jones, invité d'honneur.
2010 Musiques du film « Les yeux dans Barbès » sur la Coupe du Monde de football.

2011 Paroles du clip « La drépanocytose ça vous dit quelque chose ? ».

Cet article est tiré du numéro 16 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités