WEBZINE N° 18
Été 2013

WEBZINE N° 18
Été 2013
Même sans boucles d’or…
rencontre
Potage tortue, buisson d'écrevisses et bombe glacée... Histoire(s) de menus*
cuisine
Stories by Candlelight
photo
Pourquoi remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour même ?
mystère
Appel
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édito
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Édito

Le numéro 18 des Mots des anges. Le numéro d’été.

 

J’ai allègrement sauté à pieds joints de l’hiver à l’été sans vous offrir le numéro de printemps. Mais vu les conditions climatiques que nous avons dû affronter, j’étais sûre que personne ne m’en tiendrait rigueur.

Encore de belles rencontres pour ce numéro qui, j’espère, annonce vraiment l’été. 
C’est un hasard, mais il fait la part belle au monde des bibliothèques municipales : celle de Dijon qui a constitué une collection de menus (rubrique Cuisine Imaginaire). Et ce sont 3 ex-bibliothécaires à l’origine du projet de la rubrique Rencontre. Pour la rubrique Mot, je devais avoir un écrivain en résidence dans une bibliothèque en chantier mais finalement il préfère attendre l’automne. Et c’est Marie-Christine, la pourtant nonchalante, qui a répondu au débotté et m’a pondu un texte en moins de temps qu’une poule un œuf.

Il est aussi question de mariage (rubrique Photo).

Vous allez même apprendre pourquoi vous remettez au lendemain ce que vous auriez pu faire le jour même (rubrique Nature).

Bel été !


4ine
Conceptrice rédactrice
4ine

Rencontre avec des êtres extraordinaires

Il est de ces gens dont la rencontre vous ébranle. Par leur volonté et leur intelligence de l’autre. Par leur façon de voir la vie et de la vivre. Par leur engagement dans notre société.

Vous vous sentez grandis de les avoir approchés, regardés ou entendus. Leurs engagements sont pourtant modestes. Ils passent souvent même inaperçus. Ces êtres sont presque anonymes, mais uniquement pour ceux qui sont loin d’eux.
Nous avons voulu leur rendre hommage. Vous les faire rencontrer.

Même sans boucles d’or…

 

C’est à la fois l’histoire d’un très beau projet pour les enfants et d’une transmission entre trois femmes maintenant à la retraite (plus actives que jamais) et d’une douce et belle jeune femme de 35 ans, Aude.

Aude Séguinier a les cheveux raides. Et roux plutôt que dorés d’ailleurs. Comme dans le conte, elle est entrée dans la maison des Trois ourses.

Elle, par contre, a su y trouver sa place. Sans rien casser ni renverser.

Les Trois Ours de Féodor Rojankovsky, éd. Cocorico, 1949.

 

Les Trois Ourses est une association dont l’idée a germé dans la tête de 3 bibliothécaires : Élisabeth Lortic, Annie Mirabel et Odile Belkeddar.

Créée en 1988, Les Trois Ourses a pour objet principal l’éducation artistique des enfants en mettant “le livre au centre”.

 

À quoi sert un livre ?


― Ça sert à mieux vivre. Bruno Munari
, Prélivres, Danese, 1980

 

Pour Les Trois Ourses, l’enfance est le moment privilégié du développement créatif. La stimulation précoce de l’imagination des tout-petits, le maintien de leur capacité d’émerveillement vont leur permettre, la vie durant, d’entretenir un dialogue intime, singulier et constructif avec le monde qui les entoure.

Éclairée par la pensée d’un artiste et designer majeur du XXe siècle, Bruno Munari (1907-1998), l’association défend des artistes dont elle aime le travail en direction des enfants, diffuse leurs livres introuvables, conçoit et organise des expositions.

 

Exposition “Lire et jouer avec Bruno Munari” à la bibliothèque Elsa Triolet, Pantin. © Les Trois Ourses.

 

Les Trois Ourses développe aussi des formations et des ateliers autour des livres des artistes de son catalogue, et édite quelques livres singuliers.

 

Little Tree, Katsumi Komagata, édition One Stroke, Les Trois Ourses, 2008. © Anaïs Beaulieu.

 

On dirait qu’il neige, Remy Charlip, édition Les Trois Ourses, 2000. © Anaïs Beaulieu.

 

Le grand mérite des Trois Ourses c’est d’avoir, avec des petits moyens et pendant plus de vingt ans, mis toute son énergie à créer des passerelles constantes entre l’artiste, le livre, l’art, les enfants et les différentes structures.

 

La librairie-galerie, 6, passage Rauch, Paris 11e. © Ianna Andréadis.

 

Atelier de l’association Peekaboo à la galerie des Trois Ourses. © Anaïs Beaulieu.

 

Aude a envie de continuer à promouvoir les artistes qu’on considère importants par rapport à l’histoire du livre. Elle souhaite être au service des artistes qui inventent des livres incroyables pour les mettre dans les mains des enfants.

Mais ce qu’elle voudrait par-dessus tout, c’est rendre hommage à tous ceux et celles qui ont construit/vont construire l’histoire des Trois Ourses par la qualité et l’intelligence de leurs propos/propositions.

Elle voudrait leur montrer sa reconnaissance.

 


Aude Séguinier

Aude Séguinier est tombée dans les livres avec son premier emploi dans une librairie. Le sentiment magique d’être entourée, envahie de livres, de tout ce savoir, de tout ces mondes reste pour elle une source perpétuelle d’émerveillement.

En 2005, sur 80 CV envoyés, une seule réponse positive : Les Trois Ourses. Mais c’est celle dont elle rêve. Elle rejoint en août la toute petite équipe et, d’emploi jeune en emploi tremplin, apprend le métier et se fait apprécier de tous.

Au moment de passer le relais de la gestion des Trois Ourses pour donner la place aux plus jeunes, elle est tout naturellement désignée comme directeur (en janvier 2013).

Pour Aude, c’est à la fois une chance et un défi personnel : elle ne s’imaginait pas à un poste à responsabilités, à gérer des hommes et des budgets.

Mais l’équipe d’avant est très à l’écoute, ayant une vraie volonté de lui donner les clés et de l’accompagner tout en lui laissant le temps de prendre sa place et de réinventer les Trois Ourses.

Cet article est tiré du numéro 18 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Cuisine imaginaire

Un cuisinier de métier ou un amateur éclairé nous livre une de ses recettes. Mais la condition est qu’elle soit inventée. Qu’on ne puisse pas la trouver dans les livres.

Potage tortue, buisson d'écrevisses et bombe glacée... Histoire(s) de menus*

 

On s’éloigne un peu des règles de la rubrique mais comme tout reste affaire de cuisine…

La bibliothèque municipale de Dijon a assemblé une fabuleuse collection de plus de 9 200 menus français ou étrangers, de repas officiels, familiaux (baptêmes, anniversaires, mariages…), de restaurants, etc. datant de 1810 à nos jours.

J’ai demandé à Caroline Poulain, la conservatrice en charge du Patrimoine, de bien vouloir me guider dans cette incroyable collection.

Vous allez en avoir l’eau à la bouche…

 

Première page du menu du déjeuner du vendredi 23 juin 1939 du paquebot Normandie (BM Dijon, M IV 303).

 

Avant de vous présenter quelques menus, qui sont autant de témoins de l’histoire de la gastronomie française, de sa cuisine et de son art de vivre, pour vous resituer ce qu’est et a été le menu, je souhaiterais vous faire découvrir des extraits d’un texte inédit de Patrick Rambourg, historien des pratiques culinaires et alimentaires, Le menu du Moyen Âge au XXe siècle : témoin de l’histoire et de la gastronomie écrit pour la Collection des menus.

 

Avant-propos : du repas aux collections de menus

Le repas français est généralement constitué d’une entrée, d’un plat de résistance, d’une salade, d’un fromage et d’un dessert. Cet ordonnancement des mets, que la plupart d’entre nous considérons comme naturel et faisant partie de nos traditions de table, a une longue histoire : l’ordre des plats n’a cessé d’évoluer au cours des siècles, et différemment selon les pays… Comme la cuisine, la physionomie et l’organisation du repas changent selon les époques et les endroits. Les menus sont un bel exemple de ces modifications, car ils permettent de suivre les mutations dans la succession des mets et l’évolution des mœurs de table dans l’histoire. Si nous disposons, depuis le Moyen Âge, de listes de plats élaborés et ordonnés pour un repas, le menu en tant qu’objet ne s’imposera qu’au XIXe siècle. Il fallut en effet attendre la mise en place du “service à la russe” et la disparition progressive de l’ancien “service à la française”, pour qu’il devienne un “outil essentiel” du nouvel ordonnancement, un objet incontournable de la table, et un élément clef de la gastronomie.

Mais le menu n’est pas qu’une liste de plats ; il témoigne également de la vie culturelle, sociale et politique d’une époque donnée ; il se transforme en support artistique et publicitaire ; il attire l’attention des collectionneurs, bien avant celle des historiens qui le négligèrent trop souvent…

 

Qu’est-ce qu’un menu ?

Le mot est employé dès le Moyen Âge pour signifier petit, “détail” et peu volumineux. Il ne semble pas encore utilisé pour l’ordonnancement d’un repas.

Mais à la Renaissance, les plats d’un festin pouvaient être détaillés sur un écriteau – un “petit écrit” rédigé sur une sorte de placard à l’adresse du public. Le Livre fort excellent de cuysine (1555) conseille ainsi à ses lecteurs : “[…] quant tu vouldras faire ung bancquet regarde en ce chapitre tu trouveras des memoires pour faire ton escripteau”.

C’est au cours du XVIIIe siècle que l’usage du mot “menu” s’élargit aux mets composant un repas. Le terme apparaît dans des livres de cuisine à l’en-tête des banquets décrits. Dans son Manuel des officiers de bouche (1759), Menon parle d’un “papier où l’on écrit le nom des potages, hors-d’œuvres, entrées, relevés, rôts, salades, sauces, gros & petits entremets suivant l’ordre de chaque service”.

C’est un document qui n’est alors pas destiné aux convives mais à ceux qui organisent et préparent les repas : “pour la commodité des Officiers, qui ont des menus à faire, & pour mettre les Maîtres en état de choisir & d’ordonner eux-mêmes ce qu’ils trouveront le plus à leur goût”, écrit Marin dans ses Dons de Comus (1739) ; l’auteur proposant également une carte de menus saisonniers.

Pour Grimod de La Reynière, qui s’appuie sur la définition du Dictionnaire de l’Académie française de 1762, le menu d’un repas est “le mémoire de ce qui doit y entrer”. C’est tout ce qui sort de la cuisine pour paraître sur la table, poursuit-il. L’amphitryon et le cuisinier (ou le maître d’hôtel) avaient auparavant (avant le repas) discuté et composé le menu, le variant selon les saisons. La nomenclature des mets est l’« œuvre du maître ou de la maîtresse de maison” explique Le Trésor de la cuisinière et de la maîtresse de maison (1852). Autrefois, écrit l’auteur, on ne disait rien aux convives, mais “lorsque sur la table devait figurer une pièce remarquable et tout à fait hors ligne, on pouvait en faire mention au bas des billets d’invitation ; on écrivait par exemple, en forme de post-scriptum : il y aura une carpe du Rhin”. Parfois des “étiquettes placées sur les cloches recouvrant les plats en désignaient le contenu”, mais c’était semble-t-il assez rare “bien que Carême l’ait mentionnée en l’approuvant”.

Avec les années 1840-1850 l’usage du mot évolue : “Certains maîtres de maison font [en effet] écrire le menu de leur dîner, dont chaque convive trouve un exemplaire sur sa serviette”. La pratique n’est pas encore adoptée partout, mais à la fin de la décennie suivante, Jules Gouffé approuve l’idée de “mettre à la disposition des convives le détail exact du dîner offert à leur dégustation” : ils pourront ainsi prendre leurs dispositions à l’avance et faire leurs “réserves d’appétit en raison des diverses parties du repas dont [ils ont] le plan général sous les yeux”.

Le menu prend peu à peu une autre fonction : il sort de la cuisine pour trouver place sur la table. L’instrument de travail qu’il était devient un outil de la convivialité et de la gastronomie. Son importance va dès lors grandissante…

 

QUELQUES MENUS EXTRAORDINAIRES DE LA COLLECTION DE MENUS

Catégorie : Grandes réceptions et repas officiels

Le déjeuner donné le 18 octobre 1903 par Émile Loubet (président de la République française de 1899 à 1906) pour le roi Victor-Emmanuel III (roi d’Italie de 1900 à 1946) en visite à Paris.

Voici le menu (les boissons ne sont pas indiquées) :

•    Huîtres Victoria
•    Paupiettes de Soles à la Grimaldi
•    Noisettes de Pré-Salé à la Parisienne
•    Selles de Chevreuil à la Cumberland
•    Poulardes à la Néva
•    Granités à l’Orange
•    Sorbets au Kirsch
•    Perdreaux rôtis flanqués de Cailles
•    Foie gras frais à la gelée de Porto
•    Cœurs de Laitues à la Russe
•    Petits pois à la Française
•    Cardons à la Bordelaise
•    Glace Lavallière
•    Paille feuilletée

 

Pages intérieures du menu (BM Dijon, M IV 13).

 

Catégorie : Vie familiale et privée
Le menu de mariage de mademoiselle Léontine Fortier (le 16 février 1901).

 

(BM Dijon, M IV 380).

 

Catégorie : Restaurants et établissements gastronomiques – Pays étrangers (États-Unis)

J’ai même trouvé un menu de barbecue. Celui de Georges Selleck en l’honneur de Roy A. Green. Green Akers du 13 mai 1939.

Georges Selleck est l’un des plus illustres gastronomes de la côte ouest américaine, qui durant les années 1940 contribua au développement des importations des grands vins français vers la Californie.

•    Les Haricots de Lima et Rouges avec sauce vinaigrette aux fines herbes
•    Les Cœurs d’Artichauts à l’Italienne
•    Le Crabe à la Selleck
•    Le Premier Quartier d’Agneau mariné
•    Les Petits Pois à la Française
•    Les Pommes de Terre Nouvelles à la Bordelaise
•    Les Fromages Assortis
•    La Bombe Surprise Roy Green

 

Première page du menu (BM Dijon, Est 2215/2).

 

Catégorie : Événements et associations gastronomiques et vinicoles 

Voici enfin le rarissime menu de la 360e séance du jury dégustateur de Grimod de La Reynière en exercice auprès de l’Almanach des gourmands**, datant de 1810. C’est le seul menu de la collection pour la première partie du XIXe siècle (période durant laquelle le menu n’est pas encore une pratique courante).

 

Page recto du menu (BM Dijon, M IV 333).

 

Pour mieux le déguster, nous avons recopié pour vous le fabuleux menu de la 360e séance (photo ci-dessus) :

 

JURY DÉGUSTATEUR

360e. SÉANCE, DU MARDI TREIZE MARS M. DCCCX.

MENU.

  • Huîtres de Cancale
  • Un Potage au Riz de Caroline
  • Un Potage à la Semoule d’Italie
  • Une Tête de Veau du Puits certain

HORS-D’ŒUVRES (10)

  • Radis et Raves de Mars
  • Cornichons de Hollande
  • Thon mariné, à l’huile vierge
  • Anchois de Catalogne
  • Beurre frais d’Isigny
  • Sardines confites, de Nantes
  • Moules impériales, au vinaigre
  • Petits oignons confits, de Maille
  • Blé de Turquie, et C. de Bordin
  • Cornichons à la Persienne

QUATRE ENTRÉES

  • Une Andouille de Vire, à la choucroute, moulée et décorée
  • Un Filet de Bœuf du Cotentin, au vin de Malaga
  • Un Sauté de Perdreaux, au fumet
  • Des Côtelettes de Merlans, à la Noël

ROTI

  • Une Dinde de Périgueux, bourrée de Truffes, du célèbre Roudeau

RELEVÉ

  • Un Jambon de Bayonne, à la gelée, et décoré
  • Une Salade aiguisée
  • Une Jatte d’Olives picholines
  • Une Salade cuite
  • Une Salade d’Amoureux

QUATRE ENTREMETS

  • Macaronis de Naples
  • Petits Pots à la vanille, et au chocolat
  • Épinards au jus
  • Des Nougats de Pommes

DESSERT (27)

  • Fruits d’Appert, en Glacière
  • Gâteaux à la Minette, sous une cloche filée
  • Un Fromage mi-glacé et panaché, de Madame Lambert
  • Une Compote d’Oranges
  • Une Compote de Pommes
  • Fromage de Livarot
  • Fromage de Clermont-Ferrand
  • Figues gendresses
  • Panses de Roquevaire
  • Raisins de Malaga
  • Meringues à la Crême
  • Petites Chinoises
  • Dragées en Boîte
  • Macarons assortis-Rouget
  • Une Compote de Prunes d’Antes
  • Une Compote de Rei.-Cl., aiguisée
  • Fromage de Marolles
  • Fromage de Brie
  • Marrons du Luc, rôtis
  • Pain d’épice de Hollande
  • Confitures liquides, en triumvirat
  • Biscuits de Mesdames
  • Confitures sèches de Montpellier
  • Bonbons assortis
  • Meringues à la rose
  • Amandes Princesses
  • Avelines de la Cadière

BOISSONS

  • Coup d’avant
  • Vieux Vin de Madère sec
  • Avec les huîtres : Vieux Vin de Châblis
  • A l’ordinaire : Vieux Vin de Thorins
  • Coup du milieu
  • Vieux Rhum de la Jamaïque
  • Extrait d’Absinthe de Suisse
  • A l’Entremets
  • Vin de Bordeaux
  • Vin du Rhône
  • Vin de Pomard
  • Vin de Champagne, mousseux
  • Au dessert
  • Vin de Malaga
  • Vin muscat

CAFÉ

  • Café Moka
  • Café Martinique
  • Café Lamégie
  • Dix-sept sortes de liqueurs (Point de Kirchwasser)

Le tout sans préjudice des Légitimations qui pourront survenir.

Les observations données au verso du menu sont également savoureuses :

… Cette 360e Séance est la première de la Session Gourmande de 1810, et l’une des plus solennelles de l’année ; on ne saurait donc recommander avec trop de soin, aux Elus qui la composent, zèle, patience, soumission aux Lois du Jury, et incommensurable appétit. Qu’ils se souviennent que l’on ne vieillit point à table, que les seuls morceaux caquetés se digèrent bien, et que les longs repas, dans la compagnie de jolies femmes, sont un avant-goût des plaisirs du Paradis. […]

 

Page verso du menu (BM Dijon, M IV 333).

 

* Le titre de cet article est emprunté à la première grande publication française consacrée à l’étude des menus par les Collections patrimoniales de la bibliothèque municipale de Dijon.

** Avec son Almanach des gourmands publié de 1803 à 1812, Alexandre Grimod de La Reynière (1758-1837) est le créateur de la littérature et de la critique gastronomiques. Véritable ancêtre du guide culinaire, ce périodique propose à ses lecteurs « des promenades nutritives » dans Paris. La tâche est immense ! Il réunit alors des « jurys dégustateurs » qui goûtent les créations des traiteurs, restaurateurs, confiseurs… et qui, à la fin de chaque séance, délivrent des Légitimations fidèlement reproduites dans l’Almanach.

 

Si vous voulez découvrir d’autres menus sur le site de la bibliothèque municipale de Dijon :
http://patrimoine.bm-dijon.fr/pleade/subset.html?name=sub-menus

Cet article est tiré du numéro 18 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Ma photo préférée

La règle du jeu : un(e) photographe de métier nous présente parmi toutes ses créations celle qui a sa préférence.
Et il (elle) nous explique pourquoi c’est celle-ci plutôt qu’une autre.

Stories by Candlelight

 

Helen Rimell est anglaise, enfin non, galloise. Et photographe.

Elle fait des reportages comme celui sur les prostituées de Mumbai ou les nanas de Cardiff. Mais son travail que je préfère, c’est celui qui la fait vivre : photographe de mariage.

Helen sait capturer les moments où on l’oublie, où tout bascule et vacille. Quand l’émotion est intense, juste.

Ses photos donnent envie de s’aimer. De se marier. Parmi ses photos de mariage, Helen a choisi dans sa dernière série (“They were a gorgeous couple and so madly in love. They had a very quirky wedding. I loved being a part of it…”). Nous avons décidé de vous présenter deux photos plutôt qu’une car elles s’enrichissent vraiment l’une l’autre.

 

 

Joanna and Sean, Dalston Boys Club in East London, 2013.

 

“Their wedding was a perfect reflection of their tastes and personalities. The secret reception venue was beautiful, eclectic mixture of quirky props and vintage dresses, all lit up by candlelight.

I used the wonderful available light to shoot the pictures capturing the atmosphere and ambiance of the occasion. I love these two images of the couple having their first dance together…”

 


Helen Rimell

Helen completed an MA in Photojournalism and Documentary Photography at University of the Arts London in 2011, having previously studied an undergraduate degree in Documentary Photography at the University of Wales, Newport. Upon completion of her undergraduate degree she won a Hugo Young Guardian Newspaper Internship and worked as a staff photographer on the paper. Helen has had her work published in The Guardian, The Observer, The Independent, The Times, The Times of India, and Vice Magazine.

Helen’s work is intimate and emotive, forming relationships with her subjects she aims to give them a voice in the telling of their stories.

Cet article est tiré du numéro 18 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Petit mystère de la Nature

On l’a certainement appris à l’école. Ou par un grand-parent plus patient que les autres. Mais on a un peu oublié.

Et on s’est senti trop grand pour oser demander de nous l’expliquer encore une fois.
Nous avons décidé de prendre notre courage à deux mains pour reposer la question et savoir enfin. Une bonne fois pour toutes.

Pourquoi remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour même ?

 

Dix-huitième petit mystère :
“la procrastination”

Si l’on en croit le Petit Larousse, cela désigne notre tendance à tout remettre au lendemain. Heureusement que Hubert Guillaud nous trouve plein d’excuses.

Article paru dans le  www.lemonde.fr/technologies (janvier 2011) que l’auteur, Hubert Guillaud, a accepté de me laisser reproduire ici.

La procrastination est la tendance (plus cognitive que pathologique comme nous allons le voir) à remettre systématiquement les choses au lendemain. Mais, rappelle le journaliste David McRaney sur son blog, la procrastination correspond à une idée reçue qui affirme qu’on est paresseux et qu’on gère mal son temps, alors qu’à la vérité, elle est alimentée par notre faiblesse à gérer nos impulsions.

Si vous jetez un œil à la file d’attente des films que vous projetez de voir (comme c’est le cas sur un service de VOD ou de prêt de DVD comme Netflix), vous constaterez qu’elle est constituée pour beaucoup de documentaires passionnants et de films d’auteurs, plus que des derniers blockbusters (qui demeurent toujours parmi les plus loués, comme le montre l’étonnante cartographie des locations de Netflix). Selon une étude menée en 1999 (.pdf) par Daniel Read, George Loewenstein et Shoban Kalyanaraman, portant justement sur notre capacité à choisir entre des films mémorables et exigeants ou amusants et oubliables, nous avons massivement tendance à choisir les seconds au détriment des premiers. Et des études plus récentes insistent aussi sur notre inconsistance en la matière.

On a tous tendance à dire qu’on préfère les fruits, mais lorsqu’une tranche de gâteau se présente à côté d’une pomme, c’est, statistiquement, vers le gâteau que va le plus facilement se diriger notre main. C’est pourquoi les files d’attente des films que l’on doit voir sont pleines de bons films. 
Les psychologues parlent ainsi du “biais du présent” pour caractériser le fait que nous sommes bien souvent incapables de comprendre que ce que nous voulons à long terme et ce que nous voulons maintenant ne sont pas la même chose. Le biais du présent explique pourquoi vous achetez des légumes et des fruits et que vous oubliez de les manger…

Alors qu’on prend de bonnes résolutions, la procrastination nous conduit à agir autrement… C’est pourquoi on attend la dernière minute pour acheter les cadeaux de Noël, qu’on oublie de s’inscrire pour aller voter, qu’on préfère jouer encore un petit peu au jeu vidéo alors qu’on a un devoir à rendre demain matin, etc.

 

“Vous pouvez essayer de combattre ce penchant naturel. Acheter un agenda. Rédiger une liste de tâches… Vous pouvez lire tous les livres que vous voulez pour vous détacher de vos mauvaises habitudes… Vous pouvez devenir un drogué de la productivité entouré d’instruments (comme RescueTime) pour vous rendre la vie plus efficace, ces outils ne vous serviront à rien, parce que le problème ne repose pas sur la gestion du temps, mais sur le conflit qui se déroule dans notre cerveau.”

 

Le secret de la maîtrise de soi n’est pas dans la volonté, mais dans la distraction

Dans les années 60, Walter Mischel a mené des expériences à l’université de Stanford sur les conflits de négociation des enfants. L’expérience est bien connue. Les enfants étaient assis devant une table avec des guimauves devant eux, ils pouvaient les manger tout de suite ou attendre que le chercheur revienne, auquel cas, il leur offrirait le double de bonbons.

 

La fameuse guimauve (ou guimauve fameuse). photo © 4ine.

 

Quand Walter Mischel a commencé à analyser les résultats, il a remarqué que les enfants qui avaient le plus vite saisi les bonbons étaient plus susceptibles d’avoir des problèmes de comportements, qu’ils ont obtenu de moins bons résultats scolaires que les autres… explique Jonah Lehrer dans l’excellent article qu’il consacra au New Yorker sur le “secret de la maîtrise de soi”.

30 % des enfants ont réussi à attendre le retour du chercheur, 10 à 15 minutes plus tard. Bien qu’également soumis à la tentation, ils avaient eux trouvé une façon de résister…

Walter Mischel s’est rendu compte qu’il y avait un lien entre la performance scolaire des enfants et leur capacité à se contrôler. En 1981, il a recontacté 653 enfants qui avaient participé à l’expérience originelle, interrogeant leur capacité à planifier, à faire face à des problèmes, à s’entendre avec leurs pairs. Et Mischel a remarqué que les enfants qui avaient cédé rapidement étaient plus susceptibles d’avoir des problèmes de comportement que les autres.

Pour Walter Mischel, l’intelligence tient en grande partie de la maîtrise de soi. Pour comprendre pourquoi certains enfants ne peuvent attendre et d’autres réussissent à se contrôler, il faut arriver à penser comme ils pensent. L’expérience de Mischel a montré que la maîtrise de soi dépend d’une compétence essentielle : la “répartition stratégique de l’attention”. C’est-à-dire qu’au lieu d’être obsédés par la guimauve qu’ils avaient sous les yeux (“le stimulus chaud”), les enfants ont essayé de détourner leur attention en se couvrant les yeux, en jouant à cache-cache sous le bureau ou en chantant des chansons. “Leur désir n’a pas été vaincu, il a simplement été oublié.” La clef est d’éviter de penser à la guimauve.

 

Peut-on résister à une guimauve ?

 

Chez les adultes, cette compétence est souvent désignée comme la “métacognition” ou la “réflexion sur la réflexion”, permettant aux gens de déjouer leurs lacunes. Les enfants qui avaient une idée du fonctionnement de l’auto-contrôle ont été mieux à même de retarder la gratification. Mais certains enfants pensaient que la meilleure façon de résister était de fixer la guimauve, ce qui est une idée terriblement insoutenable même pour le dernier des gourmands.

Pour Mischel, le test de la guimauve est un test prédictif puissant. Si on est sensible aux émotions chaudes, alors il faudra faire de manière à mettre plus d’argent de côté pour sa retraite que les autres par exemple… Des travaux ultérieurs ont montré que les différences comportementales entre enfants étaient observables déjà chez des enfants de 19 mois. Alors que certains enfants éclataient en larmes, s’accrochaient à la porte face au stress de l’expérience, d’autres surmontaient leur anxiété, se distrayant, jouant avec des jouets. Les enfants qui avaient pleuré étaient aussi ceux qui, vers 5 ans, avaient également du mal à résister à la tentation de la guimauve.

Pour Mischel, notre capacité à l’auto-contrôle est autant génétique que sociale. Mais le test a montré que la capacité d’enfants à l’auto-contrôle issus de familles à faibles revenus du Bronx était moindre que celle d’enfants de Palo Alto. “Quand vous grandissez pauvre, vous n’avez pas l’habitude de retarder votre rétribution. Et si vous ne pratiquez pas, vous ne saurez pas comment distraire votre attention, vous ne saurez pas élaborer les meilleures stratégies…” Les gens apprennent à utiliser leur esprit, comme ils apprennent à utiliser un ordinateur : par essais et erreurs.

Mais cela s’apprend très simplement et très vite. En donnant comme conseil aux enfants d’imaginer un cadre autour des bonbons, les résultats sont devenus très vite spectaculaires. “La seule façon de vaincre nos instincts c’est de les éviter, de prêter attention à autre chose. Nous disons que c’est de la volonté, mais cela n’a rien à voir avec la volonté”, explique John Jonides, un neuroscientifique de l’université du Michigan.

Mischel prépare une étude à grande échelle impliquant des centaines d’écoliers pour voir si les compétences de maîtrise de soi peuvent être enseignées pour qu’elles persistent à long terme. En d’autres termes, il veut apprendre aux enfants que les trucs ne fonctionnent pas que pendant l’expérience, mais qu’ils puissent apprendre à les appliquer à la maison, au moment de décider entre les devoirs et la télévision par exemple.

Pour Angela Lee Duckworth, professeur de psychologie à l’université de Pennsylvanie et responsable de ce programme, essayer d’enseigner l’algèbre à un adolescent qui n’a pas la maîtrise de soi est un exercice assez futile. Selon elle, la capacité à retarder une gratification serait un facteur prédictif de comportement plus efficace que le QI. Si l’intelligence est importante, elle l’est moins que la maîtrise de soi. Walter Mischel sait qu’il ne suffit pas d’enseigner aux enfants quelques tours, le véritable défi est de transformer ces trucs en habitudes, ce qui demande souvent des années de pratiques assidues. “C’est là que les parents sont importants, reconnaît Mischel. Ont-ils mis en place des rituels qui vous apprennent à retarder vos envies sur une base quotidienne ? Vous encouragent-ils à attendre ? Font-ils de manière à ce que cette attente vaille la peine ?”

Pour Mischel, les plus banales routines de l’enfance (comme ne pas grignoter avant le dîner, d’attendre le matin de Noël pour déballer les cadeaux…) sont des exercices d’entraînement cognitifs en catimini, pour nous apprendre à déjouer nos désirs.

Nous ne savons pas composer avec les délais

Si on offre à quelqu’un 50 $ maintenant ou 100 $ à la fin de l’année, il va choisir de prendre les 50 $. Si on offre 50 $ dans 5 ans et 100 $ dans 6 ans, temporellement l’écart n’a pas changé, mais il semble pourtant plus naturel d’attendre un an de plus, du moment qu’on aura déjà attendu longtemps. Pourtant, si nous n’étions qu’un animal raisonnable, nous choisirions toujours le montant le plus élevé, or nous avons plutôt tendance à nous saisir de ce dont on peut profiter au plus vite, rappelle David McRaney. Ainsi, Twitter nous semble plus gratifiant que de faire des tâches plus difficiles (comme écrire un article) dont dépend pourtant notre salaire en fin de mois.

Quand on est forcé d’attendre, nous avons tendance à être plus rationnels. C’est ce qu’on appelle “l’actualisation hyperbolique”. Traditionnellement, les économistes considèrent que les individus optimisent une fonction d’utilité inter-temporelle en actualisant les gains futurs de manière linéaire ; c’est “l’actualisation exponentielle”. En fait, la psychologie et l’économie comportementales indiquent que les individus (mais aussi les animaux) actualisent les gains futurs de manière plutôt hyperbolique. L’actualisation hyperbolique rend possible un phénomène intéressant : l’inversion des préférences qui signifie qu’à un moment t, A est préféré à B, mais qu’à un moment t+n, B devient préféré à A, explique sur son blog Cyril Hédoin, maître de conférences en sciences économiques à l’université de Reims.

Le meilleur moyen pour déjouer la procrastination, estime David McRaney, est de composer avec les délais. Pourtant, là encore, ce n’est pas si simple. Une étude de Klaus Wertenbroch et Dan Ariely réalisée en 2002 (.pdf) avait créé 3 classes d’étudiants devant rendre 3 devoirs chacune. La première devait rendre les 3 devoirs au bout de 3 semaines. La deuxième classe a déterminé 3 délais différents. La dernière classe devait rendre un devoir par semaine. Sans surprise, c’est la troisième classe qui a obtenu les meilleurs résultats alors que le premier groupe a eu les résultats d’ensemble les plus catastrophiques. Les étudiants sans lignes directrices ont tous tendance à remettre leurs devoirs au dernier moment…

Ces résultats suggèrent que si tout le monde a des problèmes avec la procrastination, ceux qui reconnaissent et admettent leur faiblesse, sont dans une meilleure position pour utiliser des outils disponibles capables de les aider à surmonter cette difficulté, explique Dan Ariely dans son livre (C’est (vraiment ?) moi qui décide). “La procrastination est une impulsion, comme d’acheter des bonbons à la caisse du magasin.”

Pour combattre la procrastination, il faut devenir un adepte de la réflexion sur la réflexion, conclut David McRaney. “Il faut comprendre que c’est vous qui lisez ce texte et que c’est le même vous quelque part dans le futur qui sera influencé par différents désirs et idées, un vous dans d’autres dispositions, utilisant d’autres palettes de fonctions cérébrales pour peindre la réalité”. Il faut être capable de discerner les coûts des gratifications à chaque fois que vous êtes amené à choisir.

Voilà qui demeure plus facile à dire qu’à faire.

 


Hubert Guillaud

Hubert Gaillaud est blogeur : lafeuille.blog.lemonde.fr (l’édition à l’heure de l’innovation), journaliste à la Fondation internet nouvelle génération et Rédacteur en chef d'InternetActu.net.

 

Élément ajouté à l’article :

Vidéo d’un court métrage anglais assez désopilant (mais très juste) sur la procrastination :

 


Procrastination par moklaomax.

Cet article est tiré du numéro 18 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Mot & merveilles

Un mot plutôt qu’un autre. Pourquoi un mot nous parle-t-il plus qu’un autre ? Pourquoi nous interpelle-t-il ?
Est-ce sa musicalité, son sens ou son histoire qui nous le font préférer à tous les autres ?

Deux invité(e)s se prêtent au jeu, l’un(e) pour l’écrire, l’autre pour l’illustrer, mais sans se concerter !

Appel

 

Comme l’écrivain est débordé, c’est Marie-Christine qui m’a dépannée. Texte totalement improvisé sur un coin de comptoir. Ce côté un peu brouillon, urgent et immédiat, et fait par amitié, lui en donne tout son prix et sa saveur.

Alice, sa grande fille, une belle plante de 21 ans, l’a illustré d’une façon très émouvante et personnelle.

 

“Femme de l’être avec les mots de l’âme.”

 

“Est-ce que l’Homme descend du songe ?”

 

« Ce sont deux photos de maman jeune (sans doute prises par papa ??) avec une phrase de moi. Je trouve la photo plus simple qu’un dessin et puis je suis plus inspirée avec une photo là, maintenant. »

 


Alice Courteille

Alice Courteille, 21 ans, en 3e année de Bachelor communication à Rennes.

Animatrice d’éducation populaire passionnée depuis 5 ans maintenant, amatrice d’arts plastiques, de théâtre et d’écriture… c’est de famille je crois ?

 

 

APPEL

Quand je t’appelle et que tu ne réponds pas, autant de messages d’amour que tu ne recevras pas.

Quand je fais l’appel et que le caïd de la classe n’est pas là (oh la bonne surprise !) mais que le souffre-douleur n’est pas là non plus… Où sont-ils ? Ensemble ? Comme un loup planqué dans sa bergerie ?

L’appel, celui resté dans toutes les mémoires, de la forêt. Animal.

Pourquoi appelle-t-on ?

Pour se donner des forces ou pour donner l’alerte ? Cri salvateur qui monte de poumons froissés comme du papier à force de crier, l’air qui se dévide et laisse sans voix…

“A” pour ouvrir la bouche et aspirer comme les chimères des temples bouddhistes, le premier élan vers la vie et l’engloutir.

“P” pour expirer…

Vous avez remarqué ? A-P : c’est une respiration, “a” pour inspirer, “p” pour expirer…

Appel murmuré, dit, crié… radiophonique ou télévisuel… Un appel pour la libération de, pour les droits de…, appel pour défendre les…, pour la famine au…, pour les guerres, les prisonniers… Appel au secours… Appel de souffrance qui expire…

Moi, j’appelle la mère d’Alexis, son fils a encore fait des siennes. Tiens, elle passe dans le couloir. En trottinette… Tiens, c’est la première fois que je vois une mère d’élève en trottinette. “Ta mère en trottinette !” On se balance ça à la récré ! Mais là c’est du live ! Et si je l’appelle, répondra-t-elle ? Ou mon appel se perdra-t-il dans le brouhaha des voix, les sinuosités du couloir, le vent de la vitesse de la trottinette ?

“Je vous appelle pour », mots très officieux qui permettent de demander quelque chose, un entretien, un travail, une erreur à rattraper, «  je vous appelle pour… », une manière d’excuse ou de condamnation. S’excuser de respirer bien sûr, et de vivre, mais aussi faire preuve de révérence « je vous appelle pour…”.

Et toi, si je t’appelle, c’est sans “pour”, c’est juste un message d’amour mais depuis que j’y pense, la sonnerie retentit sans que tu décroches.

Après tout, un appel n’appelle pas de réponse, n’est-ce pas ?, c’est juste un point de vie, un point de départ qui se perd dans le cyberespace, les téléphonies mobiles ou pas, l’horizon sans fin d’un cri dans le foisonnement synergique des antennes et des radars du paysage urbain où personne ne répond. Un appel, de toute façon, on ne l’attend pas et rarement on l’entend mais, si cela arrive ?

Alors là, c’est le début d’une autre histoire…

 


Marie-Christine Courteille

Marie-Christine Courteille a écumé les zones d’éducation prioritaire de la banlieue nord.

Elle enseigne le français au collège et a le virus du théâtre qu’elle ne manque jamais, contre vents et marées, de transmettre à ses élèves.

Cet article est tiré du numéro 18 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités