WEBZINE N° 19
Hiver 2013/2014

WEBZINE N° 19
Hiver 2013/2014
Du petit producteur au petit consommateur
rencontre
Soupe de potiron-châtaignes
cuisine
ECHOES (from Indian Ocean)
TN1520
photo
Huile d’olives avec un S*
mystère
Idéal
mot
Archives
édito
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Édito

Le numéro 19 des Mots des anges. Le numéro d’hiver.

 

Certains ont pensé que j’avais hiberné avant l’heure et oublié les numéros d’automne (vrai) et d’hiver (faux, le voici).

Encore de belles rencontres pour ce numéro, qui, j’espère, commence bien l’année. 
Il est un peu plus lié à l’actualité que d’habitude même si les nouvelles ne sont pas vraiment très fraîches : la photographe malgache a été découverte à une exposition autour du Sud de l’Afrique à la Fondation Calouste Gulbenkian. Le petit mystère est allé du côté de Marseille pendant la récolte des olives. Pour la rencontre et la recette, je les ai trouvées dans mon quartier (19e parisien). Et pour le mot, j’ai eu envie de rendre hommage à Madiba (Nelson Mandela).

Bel hiver !


4ine
Conceptrice rédactrice
4ine

Rencontre avec des êtres extraordinaires

Il est de ces gens dont la rencontre vous ébranle. Par leur volonté et leur intelligence de l’autre. Par leur façon de voir la vie et de la vivre. Par leur engagement dans notre société.

Vous vous sentez grandis de les avoir approchés, regardés ou entendus. Leurs engagements sont pourtant modestes. Ils passent souvent même inaperçus. Ces êtres sont presque anonymes, mais uniquement pour ceux qui sont loin d’eux.
Nous avons voulu leur rendre hommage. Vous les faire rencontrer.

Du petit producteur au petit consommateur

 

L’idée ici c’est de faire ensemble une autre économie. De redonner à une ville, à un quartier, à une rue, un visage plus humain, plus solidaire, plus chaleureux. De penser des lieux qui n’ont pas une fonction unique (marchand, culturel…). De recréer du lien social, de mélanger des populations qui ne le font plus, de réfléchir à une éducation active.

Et aussi d’être respectueux de notre planète, d’avoir une vie plus saine avec de vraies valeurs.

De cette volonté, Joël Cacciaguerra, militant associatif, et Karim Mimouni, gardien d’un îlot Paris Habitat, ont fait naître en février 2012 un beau projet avec un drôle de nom : La grosse patate.

 

La façade de La grosse patate, boutique coopérative et solidaire dans le 19e.

 

La grosse patate, c’est un tout petit lieu de 30 m2, au 22, rue Petit dans le 19e. Dans une rue un peu oubliée, un peu défavorisée, avec, il n’y a pas si longtemps, plein d’immeubles insalubres et de marchands de sommeil, et qui en a gardé des traces.

 

Presque tout est dit sur le volet.

 

Cette boutique est un lieu qui ressemble à ces anciennes épiceries de village où l’on ne va pas seulement pour acheter. Ou au salon accueillant d’un ami un peu désordonné mais généreux et excentrique.

 

gerard_cambon_grosse_patate

Un joyeux bric-à-brac : des livres que l’on peut emporter, un canapé pour si on veut rester un peu plus longtemps. À droite : Karim Mimouni et Joël Cacciaguerra.

 

On y vend des fruits et des légumes à des tout petits prix. Ils ne sont pas chers, pas parce que c’est de la mauvaise qualité mais parce que ce sont des produits de saison, de la région, et achetés directement aux petits producteurs. Et que la structure est gérée pour l’instant à 100 % par des bénévoles. À chaque fois, vous voyez de nouvelles têtes, pas toujours très jeunes, qui vous servent avec un manque d’habitude vite compensé par le sourire et la gentillesse.

 

gerard_cambon_carottes

 

À travers cette action marchande, La grosse patate veut créer une autre économie en donnant accès à de bons produits sans tomber dans l’assistanat. On veut ici que même les plus modestes puissent s’acheter des fruits et des légumes. Et des produits sains et qui ont du goût.

 

gerard_cambon_celeris

 

gerard_cambon_oignons

 

gerard_cambon_patates_oranges

Les produits sont régionaux, de saison et de l’agriculture raisonnée. Plus quelques surprises d’amis exploitants au Portugal (oranges, clémentines et citrons) ou au Maghreb.

 

Les horaires ne sont pas aussi fantaisistes, même s’ils ne sont pas tout à fait fixes.

 

Le jeudi matin, direction la Seine-et-Marne pour l’approvisionnement auprès de petits producteurs locaux, notamment à la ferme de Signets.

La boutique est ouverte le jeudi après-midi de 15 h à 20 h, les vendredi et samedi de 10 h à 13 h, et de 15 h à 20 h, et le dimanche de 10 h à 14 h.

 

Des présentations toutes simples, mais suffisantes : un beau produit, un petit prix et un joli panier ou une cagette.

 

La grosse patate, boutique coopérative et solidaire, vient de remporter le trophée de l’économie sociale et solidaire de la ville de Paris.

Leur rêve, une fois que la structure sera stable et pérennisée, c’est de la confier à un groupe de jeunes. Pour aller vers d’autres projets. Les idées ne manquent pas !

 

Photos © Gérard Cambon & 4ine

 

Cet article est tiré du numéro 19 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Cuisine imaginaire

Un cuisinier de métier ou un amateur éclairé nous livre une de ses recettes. Mais la condition est qu’elle soit inventée. Qu’on ne puisse pas la trouver dans les livres.

Soupe de potiron-châtaignes

 

Comme La grosse patate fait des soupes lors de manifestations de rue, je leur ai demandé s’ils avaient imaginé une recette. Joël Cacciaguerrra m’a dit que la dernière soupe qu’ils avaient faite était inventée : ils avaient mis dedans tous les légumes qui leur restaient : rutabaga, navet, céleri… Même si c’était délicieux, Joël m’a conseillée d’essayer plutôt celle que lui a donnée une cliente, la soupe de potiron-châtaignes, qui est affichée dans le magasin. Elle doit bien être inventée.

La voici.

 

 

Ingrédients (pour 4 personnes) :

. 1 gros morceau de potiron (je l’ai remplacé par du potimarron acheté à La grosse patate)
. 500 g de châtaignes
. 2 pommes de terre moyennes
. 1 gousse d’ail
. 4 cuillers à café de persil ciselé
. 4 cuillers à café de crème fraîche
. 1 cube de bouillon de légumes ou volaille
. sel, poivre

 

La recette : 

1) Faire cuire les châtaignes environ 30 min dans l’eau bouillante.

2) Éplucher le potiron et les pommes de terre, les couper en morceaux.

3) Laver les morceaux, les mettre dans une casserole, ajouter la gousse d’ail, le cube de bouillon et de l’eau à mi-hauteur des légumes, saler.

4) Porter à ébullition et faire cuire 30 min à feu moyen sous un couvercle.

5) Avec un petit couteau, éplucher et peler les châtaignes (enlever la peau marron sous l’écorce). En mettre la moitié dans la casserole. Écraser grossièrement à la fourchette l’autre moitié.

6) Mixer le contenu de la casserole. Poivrer et saler si nécessaire.

Servir dans des bols ou assiettes creuses. Ajouter la crème, les châtaignes écrasées et le persil.

 

Photos © 4ine.

Cet article est tiré du numéro 19 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Ma photo préférée

La règle du jeu : un(e) photographe de métier nous présente parmi toutes ses créations celle qui a sa préférence.
Et il (elle) nous explique pourquoi c’est celle-ci plutôt qu’une autre.

ECHOES (from Indian Ocean)
TN1520

 

Qu’y a-t-il d’africain dans la photographie africaine ?

La Fondation Calouste Gulbenkian qui l’a célébrée avec sa magnifique exposition Present Tense – Photographies du Sud de l’Afrique (qui vient hélas de finir) n’a pas répondu à cette question.

 

Peu visibles en Europe bien que porteurs d’autant de talents que d’un regard aiguisé sur leurs sociétés, deux importantes générations de photographes étaient présentées. Les quatorze photographes venus du Sud du continent (Angola, Afrique du Sud, Madagascar, Mozambique, République démocratique du Congo et Zambie) qui ont participé à cette exposition ont en commun de se placer au-delà de cette étiquette et s’inscrivent dans une communauté artistique internationale. Beaucoup d’entre eux photographient l’espace public, objet de tensions en Afrique. Ils développent deux tendances : alors que certains prouvent qu’ils n’oublient pas leur passé et leur histoire, d’autres se tournent désormais vers l’avenir.

La Fondation m’a organisé une rencontre avec l’une d’entre eux : Malala Andrialavidrazana.

 

 

La photo qu’a choisie Malala Andrialavidrazana fait partie d’un projet plus ambitieux que les précédents, Echoes (from Indian Ocean), qui initialement était intitulé Ny any aminay (expression malgache qui signifie à la fois “intimité”, “lieu accueillant” et “foyer”).

Dans ce projet, Malala propose de penser les multiples réalités d’identité de l’océan Indien – en tant que territoire géographique de rencontres et d’interconnexions – à travers quatre lieux représentatifs de cette diversité : Antananarivo (Madagascar), La Réunion, Mumbai (Inde) et Durban (première ville indienne d’Afrique du Sud).

À partir de photos délicates prises dans des intérieurs domestiques, elle révèle le métissage culturel global d’une classe moyenne au sens très large (upper lower middle class) absente des visions extérieures de l’océan Indien, généralement situées entre exotisme et voyeurisme de la catastrophe.

Malala a décidé de ne pas nommer les lieux de ces clichés. Un œil peu averti ne saurait dire si la photo a été prise dans un intérieur d’Antananarivo ou de Durban. Elle a choisi aussi de ne pas systématiquement montrer les habitants des lieux. Car les objets racontent à eux seuls leurs propriétaires et le monde contemporain où ils habitent.

Elle souhaite avant tout montrer une image dans laquelle les habitants de ces territoires peuvent se reconnaître.

Elle va à la rencontre de ces intérieurs très discrètement, avec un matériel léger, et leur demande de ne rien changer aux lieux pour en saisir toute la spontanéité.

Si l’on regarde par exemple la TN 1520 attentivement, tous les objets nous parlent. C’est l’intérieur d’une femme sans doute assez jeune qui prend soin d’elle, peut-être d’un couple. On y voit en vrac les effets de la mondialisation : une cassette audio piratée d’Eminem (qui actuellement écoute Eminem à partir d’une bande audio piratée ?), deux flacons de vernis d’une petite société d’export de Bangkok très bon marché. Des cassettes de groupes pop-rock locaux et de variétés. On voit aussi les contradictions du monde moderne avec une crème cosmétique locale pour blanchir la peau.

 


Malala Andrialavidrazana

Malala Andrialavidrazana est née à Madagascar en 1971 et s’installe à Paris en 1983.

C’est par l’architecture (elle est diplômée de l'école d'Architecture Paris-La Villette en 1996), qu’elle s’est approchée du langage de la photographie après son projet de recherche sur la culture funéraire à Madagascar.

Elle obtient en 2004 le prestigieux prix HSBC pour la Photographie.

Le travail de Malala Andrialavidrazana s’intéresse à la ville et à sa structure sociale, saisissant les enjeux socio-culturels de l’organisation spatiale des métropoles.

Elle est représentée à Paris par la galerie Baudoin Lebon.

La série Echoes (from Indian Ocean) a donné lieu à un livre éponyme aux éditions Kehrer Verlag.

Cet article est tiré du numéro 19 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Petit mystère de la Nature

On l’a certainement appris à l’école. Ou par un grand-parent plus patient que les autres. Mais on a un peu oublié.

Et on s’est senti trop grand pour oser demander de nous l’expliquer encore une fois.
Nous avons décidé de prendre notre courage à deux mains pour reposer la question et savoir enfin. Une bonne fois pour toutes.

Huile d’olives avec un S*

 

Dix-neuvième petit mystère :
“la récolte des olives”

À Marseille, une histoire vraie que l’on se raconte à l’apéro et qui fait rire tout le monde c’est celle des Parisiens et des olives. Il paraît qu’ils s’achètent des oliviers pour leur jardin (terrasse / balcon…) en croyant qu’il suffit de cueillir les olives sur l’arbre pour les croquer à l’heure de l’apéro.

Je suis allée voir de plus près ce qu’il en était.

 

Première constatation : l’olive crue, c’est immangeable.

Deuxième constatation : les olives noires sont des olives vertes plus mûres.

Troisième constatation : la cueillette traditionnelle demande beaucoup de patience.

 

Ici, sur les hauteurs de Marseille, dans la propriété de la Charbonnière, l’oncle Jean et son frère Esprit, aujourd’hui disparu, ont planté, il y a bien longtemps déjà, 150 à 160 oliviers.

Josette (60 ans) et l’oncle Jean (90 printemps) continuent à faire leur huile d’olive.

 

À gauche : la récolte de l’an dernier : Huile d’olives* de la Charbonnière 2012 – Élevée et mise en bouteilles par Josette et Jean – Appellation d’origine privée. Huile 1re pression à froid – Moulin de Rousset. À droite : la Charbonnière.

 

“Faire son huile”, cela veut dire cueillir les olives et les amener au moulin pour la pression.

Au moulin, à partir de 100 kg, on a sa propre récolte pressée, sinon les olives sont mélangées. Le moulin presse pour la somme de 0,50 € par kilogramme d’olives (d’où l’intérêt de défeuiller les olives et d’éliminer tout ce qui 
ne donne pas d’huile : brindilles, gants des ramasseurs, casquettes des mêmes ramasseurs, etc.).

 

À gauche : l’oncle Jean, le vétéran du groupe. À droite : Yvon, le “benjamin”, qui est le seul à encore monter dans les oliviers.

 

C’est la Toussaint mais la récolte a commencé mi-septembre. Avant, on récoltait de fin novembre à janvier mais avec le réchauffement climatique les olives tombent et on doit commencer plus tôt. Car il faut ramasser les olives sur l’arbre.

 

Escabeau, brouette, lunettes de protection et beaucoup de patience…

 

À la Charbonnière, les cueilleurs sont esthètes. On ramasse à la main pour ne pas abîmer les branches, sans secouer les branches pour faire tomber les olives sur des bâches (ni les regarder tomber comme en Corse…). Esprit avait décidé à la retraite de tailler les oliviers en privilégiant l’esthétique à la rentabilité. Il les avait aussi taillés pour qu’on puisse ramasser la majeure partie des olives sans monter dans l’arbre. Ici, les oliviers sont bichonnés comme de jeunes pouliches.

Le lieu est magique.

 

Une allée d’oliviers.

 

Olives.

 

Récolte en cours.

 

Il faut environ 7 kg d’olives pour faire un litre d’huile (6,5 kg pour les années exceptionnelles). Un arbre donne entre 20 et 25 kg d’olives.

À la propriété, ils ont ramassé 1 300 kg d’olives l’an dernier. Cette année, c’est 734 kg d’olives de différentes variétés qui ont donné 103 litres d’huile d’olive vierge première pression à froid. Et tant pis si on ne ramasse pas tout. On fait ce qu’on peut (moyenne d’âge des cueilleurs réguliers : 74 ans). Par contre, nous ramassons méthodiquement, avec respect : il ne reste plus une seule olive sur les arbres où nous sommes passés.

 

Dans la propriété, oranger et plaqueminier.

 

Tamisage pour enlever les feuilles (beau tamis fait à la main en Corse).

 

Il ne fait pas froid mais la nuit tombe vite. L’après-midi de cueillette est fort court, car on fait la sieste bien sûr.

 

Après la récolte, châtaignes grillées.

 

Pour les châtaignes, on a mis un linge mouillé à la place d’un couvercle pour leur garder tout leur moelleux. C’était délicieux. Nous avons mangé dans l’ancienne grange, à côté du gros poêle.

 

On étend les olives sur une bâche pour qu’elles ne pourrissent pas en attendant d’en avoir assez pour aller au moulin.

 

 

Gros plan sur la récolte.

 

Rires.

 

On rentre la récolte de la journée.

 

Du haut d’un olivier, à la nuit tombée.

 

Photos © 4ine.

 

* Le petit s à “huile d’olives” sur l’étiquette souligne une idée d’appartenance (choisie ou non) signifiant que cette huile est uniquement celle des olives de la Charbonnière (et non un mélange).

 

Moulin de Rousset : Domaine Terre de Mistral 13790 Rousset www.terre-de-mistral.com.

Cet article est tiré du numéro 19 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Mot & merveilles

Un mot plutôt qu’un autre. Pourquoi un mot nous parle-t-il plus qu’un autre ? Pourquoi nous interpelle-t-il ?
Est-ce sa musicalité, son sens ou son histoire qui nous le font préférer à tous les autres ?

Deux invité(e)s se prêtent au jeu, l’un(e) pour l’écrire, l’autre pour l’illustrer, mais sans se concerter !

Idéal

 

Voici ici l’un des plus beaux textes de Nelson Mandela sur l’idéal, texte qui fit le tour du monde avant que le gouvernement minoritaire blanc de l’apartheid interdise sa diffusion et bannisse pendant trois décennies jusqu’au nom et aux traits du célèbre prisonnier de Robben Island.

Six semaines plus tard, le 11 juin 1964, Nelson Mandela, qui était en prison depuis déjà deux ans, échappait de justesse à la peine de mort et était condamné, avec huit de ses camarades de combat, à la prison à vie pour “haute trahison et tentative de renversement par la force du gouvernement” blanc.

 

Nelson Mandela. photo ©Hans Gedda Corbis.

 

“J’ai dédié ma vie à la lutte pour le peuple africain. J’ai combattu la domination blanche et j’ai combattu la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société démocratique et libre dans laquelle tous vivraient ensemble, dans l’harmonie, avec d’égales opportunités. C’est un idéal que j’espère atteindre et pour lequel j’espère vivre. Mais, si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir.”

Cet article est tiré du numéro 19 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités