WEBZINE N° 2
Printemps 2007

WEBZINE N° 2
Printemps 2007
Les Tarahumara (ou Rarámuri)
rencontre
Rougail de patates douces à la Joséphine
cuisine
Crépuscule arctique
photo
Suivez le bœuf de l’étable à la table
mystère
Bordel
mot
Archives
édito
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cuisine
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Édito

Le numéro 2 des Mots des anges. Le numéro de printemps.

 

Déjà. C’est quand on s’attelle à ce genre d’engagement que l’on réalise que le temps passe si vite. Trois mois. Les habitués des services de rédaction m’avaient mis en garde : c’est très court.

Les mots des anges a choisi le format du webzine sur Internet. Les pessimistes m’ont garanti que tout le monde était assailli d’e-mails et que personne ne prendrait jamais le temps de le lire.

Mais il y a eu aussi toutes les petites voix qui m’ont encouragée. Je sais qu’au moins elles, elles ont lu le numéro 1.
C’est pour toutes ces petites voix que nous avons fait le numéro 2.

Les mots des anges est cette fois-ci parti hors de nos frontières pour plusieurs rubriques. Le mot de Mot & merveilles, en revanche, est résolument français. Et vous allez l’adorer !

Donnez-nous aussi vos impressions. Et n’hésitez pas à nous faire part de vos envies, vos idées ou votre désir de participer à un prochain numéro.

Nous avons pris du plaisir à concevoir ce projet. J’espère que vous allez en prendre à le découvrir.

Bonne aventure !


4ine
Conceptrice rédactrice
4ine

Rencontre avec des êtres extraordinaires

Il est de ces gens dont la rencontre vous ébranle. Par leur volonté et leur intelligence de l’autre. Par leur façon de voir la vie et de la vivre. Par leur engagement dans notre société.

Vous vous sentez grandis de les avoir approchés, regardés ou entendus. Leurs engagements sont pourtant modestes. Ils passent souvent même inaperçus. Ces êtres sont presque anonymes, mais uniquement pour ceux qui sont loin d’eux.
Nous avons voulu leur rendre hommage. Vous les faire rencontrer.

Les Tarahumara (ou Rarámuri)

 

Ils sont tellement loin de nous. Par la géographie mais aussi par presque tout ce qui les concerne et les entoure. Ils n’ont a priori rien mais ils sont peut-être plus riches que nous. Riches de ce que nous ne savons plus toujours voir ou comprendre. Ou apprécier. Ou entendre.

Isabel est en licence d’ethnologie à l’École nationale d’anthropologie et d’histoire de Mexico. Elle a eu la chance, dans le cadre de ses études, de vivre une semaine avec une famille de l’ethnie Tarahumara ou Rarámuri (les Hommes aux pieds légers), dans l’État de Chihuahua au nord-ouest du Mexique. Elle nous fait partager cette formidable expérience.

 

Susana et Amulfo (25 ans tous les deux et 10 ans de mariage) et leurs trois enfants Matias, Hilda et Julio. Leur maison.

 

Les Tarahumara (ou Rarámuri) sont un peuple d’agriculteurs. Ils habitent dans des hameaux qui regroupent des maisons (les rancherias) avec les champs de labour attenants. Ils vivent dans une région montagneuse formée de canyons. Les rudes conditions climatiques (30 à 40 °C en été, jusqu’à moins 10 °C en hiver) les ont conduits à vivre sur les hauteurs pendant la saison chaude et pluvieuse pour semer le maïs et à se réfugier dans les Barrancas en hiver où la végétation est tropicale. (La différence de température entre le haut et le bas est approximativement de 10 °C.)

Les Rarámuri cultivent principalement le maïs, mais aussi le haricot noir, un peu de blé et quelques légumes comme les courges ou le piment. Dans les vallées, ils cultivent des fruits et légumes comme la papaye, la banane ou l’avocat. Le travail des champs se fait collectivement. Tout le monde y participe selon le mode d’organisation appelé la tesgüinada (le tesgüino est une boisson à base de maïs fermenté). La famille qui veut labourer son terrain invite ses voisins pour l’aider et faire la fête.

Les hommes travaillent aux champs (ils n’ont pas d’outils à part les machettes). Certains s’exilent en ville ou parfois y vont pour s’employer comme saisonniers dans la construction ou l’agriculture. Les femmes s’occupent d’aller chercher l’eau, de préparer la nourriture (moudre le maïs sur le métate en pierre volcanique), tisser des paniers et des couvertures pour les vendre, faire de la poterie et coudre leurs vêtements, qui sont entièrement faits à la main (le couteau faisant office de ciseaux). Dans les villes du Nord du Mexique, on voit des femmes Rarámuri vendre leur artisanat dans la rue, mendier ou se prostituer.

L’arrivée du narcotrafic est en train de précipiter les bouleversements de leur fragile équilibre : les cultures du pavot et de la marihuana se substituent à celle du maïs. Les Tarahumara sont ainsi obligés d’acheter leur aliment de base. L’arrivée d’argent entraîne aussi l’apparition de la civilisation avec tous ses fléaux, notamment la production de déchets que l’on voit jetés n’importe où.

Les enfants gardent les chèvres à partir de 7 ou 8 ans. Ils sont scolarisés à partir de 6 ans, ce qui les oblige à faire de longues marches par les sentiers de montagne pour rejoindre l’école la plus proche. Les vieux ramassent le bois et aident aux tâches les moins pénibles.

Leur nourriture est essentiellement à base de tortillas (galette de maïs épaisse), de frijoles (haricots noirs ou rouges), et de chile (piment). La viande (de chèvre ou de mouton) est consommée à l’occasion des fêtes uniquement et en petites quantités. Les bébés sont allaités pendant un an environ. Ils mangent ensuite la même nourriture que les adultes.

 

Vie quotidienne. Cangra moud le maïs, Elba prépare les tortillas, Curesia coud.

 

Les Rarámuri habitent sur des terres communautaires. En fait, ce sont des réserves, même si au Mexique ce terme n’existe pas légalement. Chaque famille a droit à une parcelle pour la maison, le champ et les trojes (greniers à céréales). Un hectare environ pour la famille d’Isabel.

Pas d’eau courante ni d’électricité. Il faut marcher environ 10 min pour aller chercher l’eau.

Leurs maisons sont construites en adobe (briques de terre), avec le toit en aluminium. Il fait sombre et frais à l’intérieur. Comme aménagement, il y a une base en bois qui fait office de lit ou de siège. Ils dorment sur des petates (nattes). Pour s’asseoir, certains disposent d’un ou deux petits tabourets très bas, d’autres utilisent une bassine renversée qui pourra aussi éventuellement servir de table. Ils rangent leurs habits dans des sacs à patates, mangent à la main sans assiette et boivent dans des verres en plastique. Aucune décoration, à part un petit bout de miroir qui traîne sur le bord de la seule petite fenêtre de la maison.

Les femmes refont leurs tresses une fois par jour ou tous les deux jours à l’aide d’un peigne en plastique. Les quelques bijoux qu’elles portent sont des colliers ou bracelets en perles de verre de couleurs. Certaines ont des boucles en or avec des pierres précieuses.

 

talina-y-guillermo

Talina et Guillermo.

 

Ce qui a le plus impressionné Isabel chez les Rarámuri, c’est leur douceur naturelle et leur patience face aux événements. Même quand ils attendent la pluie pour les récoltes et que des nuages se forment puis repartent pour plusieurs jours, ils ne s’énervent pas. Ils attendent en toute sérénité. Ils ne sont ni impatients ni énervés. Chaque jour, les événements arrivent sans heure précise (ils n’ont pas de montre). Il y a une sorte de quiétude et de certitude que les choses arrivent par elles-mêmes (c’est une notion difficile à expliquer car elle est inconcevable chez nous).

 

“La vie rythme leur propre vie.”

 


Isabel Guasch

Isabel est une jeune Franco-Mexicaine en licence d'ethnologie à l'École nationale d'anthropologie et d'histoire de Mexico.

Elle est également passionnée de photographie... et de pâtisserie.

Cet article est tiré du numéro 2 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Cuisine imaginaire

Un cuisinier de métier ou un amateur éclairé nous livre une de ses recettes. Mais la condition est qu’elle soit inventée. Qu’on ne puisse pas la trouver dans les livres.

Rougail de patates douces à la Joséphine

 

Élise a choisi de faire sa recette avec Fafa, sa grand-mère née en 1925 à Madagascar, et Tatamamie (Josèphe), sa grand-tante née aussi à Madagascar (en 1922). Élise a voulu imaginer une recette avec la patate douce. Fafa et Tatamamie ont pensé interpréter le rougail, un plat créole (accompagnement assaisonné) qui, quand il est froid, est à la tomate ou à la mangue verte. À six mains, entre rires et confidences, elles ont inventé pour nous, pendant la période des fêtes de fin d’année, le rougail de patates douces à la Joséphine. À tester en urgence !

 

Le panier (en accompagnement pour 4 personnes)

. 2 patates douces pas trop grosses
. 1 grosse échalote
. 1 grosse noix de gingembre frais
. 1 gousse d’ail, curcuma
. huile de tournesol, vinaigre, sel

 

1) Peler les patates. Rincer et mettre à cuire à la cocotte-minute entre 5 et 8 min (quand la vapeur commence à sortir).

2) Pendant ce temps, couper très fin l’échalote, réserver. Peler le gingembre et l’ail, et piler ensemble dans un mortier avec un peu de sel jusqu’à l’obtention d’une pâte.

3) Mélanger dans un petit saladier en inox ou en pyrex (résistant à la chaleur) l’échalote avec le contenu du mortier, et ajouter 3 cuillères à café de vinaigre. Bien mélanger.

4) Quand les patates ont refroidi, les couper en morceaux et les placer tout autour du mélange précédent dans le saladier.

5) Faire chauffer 3 cuillères à soupe d’huile de tournesol dans une petite casserole, sans arriver à ébullition.

Quand l’huile est chaude, y jeter une cuillère à café de curcuma, mélanger rapidement, et verser sur les échalotes. Remuer d’abord au milieu, puis incorporer petit à petit les patates. Bien mélanger sans trop écraser.

Laisser refroidir.

 

 

Ce rougail de patates douces à la Joséphine se sert en accompagnement d’un plat de riz et de poisson ou de porc par exemple.

On le sert froid. C’est épicé, sucré-salé.

 

 

Les trois chefs : Tatamamie (Josèphe), Fafa et Élise.

 

Photos © Élise Pallot, montage © 4ine.

 


Elise Pallot

Élise est une jeune graphiste/DA fort gourmande.

Cet article est tiré du numéro 2 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Ma photo préférée

La règle du jeu : un(e) photographe de métier nous présente parmi toutes ses créations celle qui a sa préférence.
Et il (elle) nous explique pourquoi c’est celle-ci plutôt qu’une autre.

Crépuscule arctique

 

À Daniel, j’ai demandé de choisir sa photo préférée parmi celles qu’il a prises lors de son expédition chez les Inuits dans le Grand Nord en 2006.

 

 

Crépuscule arctique

“Difficile de parler d’une image, même si elle témoigne de la beauté d’un paysage, d’une ville, d’un visage. Une intention ou une émotion devant un sujet va se matérialiser par la photo, prise à un moment très précis, en général de l’ordre d’une infime fraction de seconde. Mais ce résultat a pour le photographe une multitude de résonances. Qui vont de l’information au fantastique, en passant par l’esthétique ou l’artistique.

Ce bloc de glace échappé d’un iceberg, tel un animal en attente d’autres métamorphoses, reste figé dans ce long crépuscule arctique. Silhouette en contre-jour, un peu inquiétante, elle évoque entre autres les débats incessants sur le réchauffement de la planète. Mais elle peut aussi être interprétée différemment sous le regard du spectateur. La beauté du site : l’extrême rudesse du climat, l’histoire de cet immense continent, l’Arctique. La photo donne à voir, elle est comme une fenêtre ouverte sur le monde. Comme une petite musique figée dans l’espace-temps.”

 


Daniel Ponsard

Daniel Ponsard est photographe au Musée de l’Homme.

Cet article est tiré du numéro 2 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Petit mystère de la Nature

On l’a certainement appris à l’école. Ou par un grand-parent plus patient que les autres. Mais on a un peu oublié.

Et on s’est senti trop grand pour oser demander de nous l’expliquer encore une fois.
Nous avons décidé de prendre notre courage à deux mains pour reposer la question et savoir enfin. Une bonne fois pour toutes.

Suivez le bœuf de l’étable à la table

 

Deuxième petit mystère :
“bœuf qui es-tu donc ?”

Chez le boucher, on commande du bœuf. En revanche, dans les champs, il n’y a que des vaches ou des taureaux. D’où vient-il donc ce bœuf ? Est-ce celui de la fable ou celui de la crèche ? Nous cacherait-on quelque chose ?

Mélipone, notre spécialiste Nature, s’est penché sur la question.

Il s’agit là d’un très vaste sujet, et notre ambition n’est pas ici d’être exhaustif en la matière, mais seulement d’évoquer quelques aspects qui nous paraissent essentiels.

Qu’est-ce que la viande ?

La viande (étymologiquement “ce qui sert à la vie”) est constituée par la chair des mammifères et des oiseaux que l’homme, à l’origine chasseur et cueilleur, utilise comme aliment pour subvenir à ses besoins. Tel qu’il est vendu au consommateur, c’est un produit très hétérogène puisque constitué essentiellement par des muscles auxquels s’ajoutent en quantités variables du gras et de l’os. Cependant, au bout de notre fourchette, il n’est pratiquement plus constitué que de muscles.

Le muscle, dont la composition chimique moyenne chez les mammifères est caractérisée par l’importance de l’eau (75 %) et des protéines (19 %), comprend trois tissus : le tissu musculaire, le tissu conjonctif, et le tissu adipeux. Le tissu musculaire est constitué de fibres musculaires (unité structurelle de base) groupées en faisceaux qui définissent l’apparence (nous dirons la texture) telle qu’elle apparaît, par exemple, sur une tranche de faux-filet. Les tissus conjonctifs et adipeux sont répartis soit en périphérie, soit à l’intérieur du muscle. À l’intérieur du muscle, le collagène (tissu conjonctif) conditionne la tendreté (elle diminue généralement avec la teneur en collagène) alors que le persillé (tissu adipeux situé entre les faisceaux) améliore la flaveur (olfaction et gustation).

Mais, particulièrement dans le cas des bovins, une source coûteuse

Si la viande bovine contient notamment des protéines de qualité, sa production est par contre très coûteuse pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, les différents cycles de production de la viande bovine sont nettement plus longs que ceux des porcs ou des volailles, ce qui entraîne des frais importants notamment d’alimentation et ce d’autant plus qu’ils intègrent une phase d’engraissement très « énergivore » (consommatrice en calories). Ces cycles ont d’ailleurs tendance à devenir moins intensifs et donc à s’allonger pour mieux tenir compte des contraintes de qualité : par exemple, le gras de persillé ne se dépose dans le muscle qu’en phase terminale de l’engraissement.

Ensuite, le rendement du passage du poids vif de l’animal vivant (au départ de la ferme) à celui de la viande consommable est faible (de l’ordre de 35 à 40 %), soit 245 kg pour un animal vivant de 680 kg (fig. 1). On notera que parmi les pertes figure en priorité le contenu digestif qui peut atteindre jusqu’à 20 % du poids vif de départ car les bovins sont des polygastriques (estomac à plusieurs compartiments). Par ailleurs, le cinquième quartier, dont la valorisation demeure difficile, représente environ 26 % du poids vif.

Et dont la consommation diminue en valeur relative

Des prix élevés auxquels il faudrait adjoindre l’évolution des modes de vie et des considérations de diététique (discrédit du gras), ainsi que la crise sanitaire de la vache folle sont des facteurs explicatifs de la tendance générale à une diminution relative de consommation de viandes bovine et ovine en France (entre 1989 et 2000, elles ont diminué respectivement de 13 et 18 %) au profit de celles de porc et de volaille qui ont progressé respectivement de 8 et 15 %1. Cette diminution relative pourrait être à l’avenir contrebalancée par la mise au point de nouvelles formes de commercialisation des morceaux à cuisson lente (teneur élevée en tissus conjonctifs) qui sont de plus en plus difficiles à commercialiser malgré leur prix plus attractif.

 

 

La viande, une des premières sources de protéines de qualité

Les protéines sont des nutriments indispensables à la construction et à l’entretien de l’organisme de l’homme. Sans vouloir engager une polémique avec ce que je dénommerais sans condescendance “les philosophies nutritionnelles”, je m’en tiendrais à l’avis de la communauté scientifique qui considère que les protéines de la viande sont, au même titre que les autres sources de protéines animales (œufs, poissons et produits laitiers), mieux équilibrées que les protéines végétales. Nous ne nous étendrons pas ici sur les autres points forts de la valeur nutritive de la viande.

Ut fama est (Comme le rapporte la légende), un quidam déclarait un jour “Je ne crains pas la maladie de la vache folle parce que je ne commande que du bœuf à mon boucher”. En fait, sous le terme courant de bœuf, on trouve rarement à l’étal du bœuf au sens strict, c’est-à-dire un mâle adulte castré (8 % de la consommation), mais la plupart du temps des génisses (femelles n’ayant pas vêlé) ou des jeunes bovins (mâles non castrés de 15 à 18 mois) – au total 44 % – et surtout des vaches de réforme, c’est-à-dire des vaches issues des troupeaux spécialisés en lait ou en viande et qui finissent leur carrière en boucherie (48 %).

“La tournée en solitude du boucher-abattant2 », un circuit de transformation et de distribution en voie d’extinction

Ce maillon de la ruralité (le boucher achète ses animaux chez des éleveurs qu’il a sélectionnés, récupère leur carcasse à l’abattoir et en commercialise la viande dans les marchés ou campagnes) disparaît progressivement. Les circuits de collecte, de transformation et de distribution ont considérablement évolué au cours des dernières décennies. Ainsi, aujourd’hui, par exemple, la viande de bœuf consommée par les ménages est distribuée à 79 % en grandes surfaces.

“Mange et tais-toi3 »… c’est fini !

Pour le consommateur, la valeur nutritive (apports de protéines, etc.) et les satisfactions gustatives liées aux caractéristiques organoleptiques (tendreté, couleur, flaveur, jutosité) ont constitué pendant longtemps les principaux critères de la qualité de la viande.

 

Boeuf_Gerard_Cambon

© Gérard Cambon.

 

Aujourd’hui, le consommateur formule des exigences de plus en plus pointues notamment sur la valeur hygiénique de la viande (absence de contamination microbienne ou parasitaire, de résidus d’hormones), sur le contexte de la production (lieu, race), sur la valeur « éthique » du type de production (degré de bien-être des animaux, conditions d’abattage), sur la valeur environnementale des fourrages et aliments concentrés ayant servi à les engraisser (pollution par les nitrates), etc.

En conclusion, la viande est un aliment très important mais aussi très particulier car il met en jeu depuis des temps très anciens les relations ambivalentes entre l’homme et les animaux domestiques que le professeur Ruckbush définissait comme des animaux capables de supporter les peines de cœur. Mais l’auteur ajoutera : “pas toutes les peines : ils demeurent des êtres sensibles envers qui l’homme a des obligations”.

 

Sources
(1) Le site Internet du Sénat www.senat.fr.
(2) Titre d’un article du Monde.
(3) Titre d’un ouvrage écrit par M. Paillotin.

 


Mélipone

Chercheur honoraire en nutrition animale (ruminants).

La retraite lui laisse peu de temps pour écrire pour Les mots des anges...

Cet article est tiré du numéro 2 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Mot & merveilles

Un mot plutôt qu’un autre. Pourquoi un mot nous parle-t-il plus qu’un autre ? Pourquoi nous interpelle-t-il ?
Est-ce sa musicalité, son sens ou son histoire qui nous le font préférer à tous les autres ?

Deux invité(e)s se prêtent au jeu, l’un(e) pour l’écrire, l’autre pour l’illustrer, mais sans se concerter !

Bordel

 

Nakasato_Calligraphe_Bordel

Calligraphie de nakasatO

 


Toshio Nakasato

Nakasato est né à Tokyo en 1951.

De 6 à 16 ans, il étudie la calligraphie auprès du maître japonais Yamaguchi.

À 15 ans, il remporte le Premier Prix au Grand Concours national de la calligraphie du Japon dans sa catégorie.

De 1979 à 1981 en République populaire de Chine, il approfondit sa connaissance de la calligraphie, de la peinture chinoise ainsi que des poètes et philosophes chinois anciens.

Maîtrisant les styles classiques des calligraphies chinoise et japonaise, Nakasato explore de nouvelles possibilités formelles à partir de la technique du pinceau ainsi qu'une nouvelle voie d'expression : il réinterprète le style le plus ancien de l'écriture chinoise, celui qui est le plus proche de la représentation de l'objet et donc du dessin.

 

 

Éveneige la Rangée a assumé la liberté de nous parler de “Bordel”.

 

Quand les mots me débordent. Bordel.

Je suis née dans une famille nombreuse, de parents cultivés, sensibles à la beauté, et mon père, qui était un lecteur familier de Raymond Queneau, adorait les jeux de mots, les palindromes et les contrepèteries. “Je suis un fer bien pété” s’exclama-t-il un jour qu’on lui souhaitait la sienne. Les conversations à table étaient souvent épicées d’allusions coquines, voire salaces que, du haut de mes 8-10 ans, je m’efforçais de décrypter.

Le mot bordel revenait plusieurs fois par jour : un papier égaré, un pot de peinture renversé, un placard en désordre. Ça allait de bordel de merde à putain de bordel, bordel à queue ou plus simplement quel bordel ! Le comble pour moi était d’entendre ma mère évoquer dans ses souvenirs de jeunesse les liens d’amitié d’une de ses sœurs avec une famille “de Bordelius” dont les filles avaient un charme fou, et du coup s’associait à ce mot grossier et trivial une notion de noblesse décadente de la Russie d’avant la révolution.

Beaucoup plus tard, j’entrepris des études de lettres et je découvris enfin l’origine étymologique et sémantique de ce mot relégué au rang des grossièretés d’une bourgeoisie qui se lâche.

Dans le “Bloch et Wartburg”, la bible des amateurs de mots, bordel vient du francique bord qui signifie planche, comme dans l’anglais board ou le gotique baurd, puis bord d’un vaisseau, terme de marine que l’on retrouve dans bordage, bordée, aborder. La borda est en provençal une cabane de planches. La borde s’emploie toujours dans le parler de l’Ouest et du Midi pour désigner une métairie, chaumière ou maison champêtre.

Bordelage est le droit que les seigneurs percevaient dans certaines provinces (Nivernais) sur les revenus des métairies : argent, volailles, grains. Le mot a progressivement glissé en lieu de débauche, de prostitution. Dès le XIIe siècle, on trouve le mot bordel au sens de faire bordel de, prostituer. Bordeler, bordelerie, bordelier (celui qui fréquente les lieux de débauche) en dérivent alors. En 1719, bordélique apparaît. En 1950, bordéliser.

Aujourd’hui, le mot est bien plus souvent utilisé pour parler de désordre, de saleté, ou pour terminer une énumération comme dans “et que je vole en l’air, la carrosserie, les roues, les mecs, le moteur en lamelles, les bouts de barbaque et tout le bordel” ou encore comme exclamation “répondez-moi, bordel !”.

Bordel, un mot qui claque au vent comme le battant d’une cloche.

Booooo________rdèèèl.
Booooo________rdèèèl.

Un mot qui déguerpit comme le geai de son arbre, le merle du buisson.
Bord d’aile.

Ce n’est pas du tout la maison de passe, le bar à putes avec l’hôtel attenant qui me viennent à l’esprit. Et pourtant, à Lyon, ma ville natale, j’ai arpenté sagement, mais les yeux grand ouverts, les rues des Archers, Mercière, Tupin, fascinée par ces “péripatéticiennes” aux chevelures excessives, aux poitrines dénudées et proéminentes, aux cuisses bottées, jambes résillées, jupes-gaines panthère, bouches écarlates, cigarettes, voix cassées, rires gutturaux, qui me toisaient sans méchanceté, maigrelette dans ma jupe plissée écossaise, socquettes bleu marine, béret à pompon et lourd cartable de petite classe.

Dors belle au bord d’eau
Dors beau au bord d’elle
le bord d’aile
est si beau
la bouteille est si belle
la couleur du bord d’eau
si émue du bord d’aile
du bord d’aile du corbeau
qui passe au-dessus d’elle
la bouteille de bordeau
le bordeau du corps bel
finira au bordel.

 

Éveneige la Rangée

Cet article est tiré du numéro 2 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités