WEBZINE N° 4
Automne 2007

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« Laissez-les grandir ici ! »
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Charlotte violette chocolat
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« Sans titre »
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Un monde sans miel ?
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Édito

Le numéro 4 des Mots des anges. Le numéro d’automne.

 

4e saison. L’automne pour finir le cycle de cette première année.

Je voulais que les Mots sortent le 23 septembre à 9:51 pour être en phase avec l’équinoxe. Mais j’ai pris mon temps (l’automne dure trois mois…) et j’ai eu aussi un peu de mal à retrouver Rajneet, une jeune Indienne de 13 ans qui vit en France depuis deux ans et que je voulais vous faire rencontrer.

Pour la rubrique Cuisine imaginaire, au menu cette fois-ci, la charlotte violette chocolat inventée par deux (très grandes) gourmandes. Pour les autres rubriques (la photo préférée, le mot merveilleux et le petit mystère de la nature), je vous laisse les découvrir. Bonne lecture.

Merci aux plus courageux et à ceux qui ont aimé les Mots des anges d’inscrire un ou deux noms de leur carnet d’adresses. C’est un jeu d’enfant…


4ine
Conceptrice rédactrice
4ine

Rencontre avec des êtres extraordinaires

Il est de ces gens dont la rencontre vous ébranle. Par leur volonté et leur intelligence de l’autre. Par leur façon de voir la vie et de la vivre. Par leur engagement dans notre société.

Vous vous sentez grandis de les avoir approchés, regardés ou entendus. Leurs engagements sont pourtant modestes. Ils passent souvent même inaperçus. Ces êtres sont presque anonymes, mais uniquement pour ceux qui sont loin d’eux.
Nous avons voulu leur rendre hommage. Vous les faire rencontrer.

« Laissez-les grandir ici ! »

 

Mélanie, ma fille, a rencontré Rajneet, une petite Indienne de 13 ans, lors de sa colonie d’été dans les Pyrénées organisée par la mairie de Paris. Elle m’en a parlé à son retour, un peu bluffée par cette fille de son âge et son histoire déjà incroyable.

Mélanie l’a ensuite reconnue dans le film pour les sans-papiers, Laissez-les grandir ici, diffusé en avant-première au Festival du film en plein air de La Villette.

Nous avons eu envie de la retrouver et vous la présenter.

Rajneet nous a reçues avec sa famille dans leur trop petite chambre d’hôtel, avenue de Clichy. Nous avons aussi rencontré sa grande sœur, Lovepreet.

 

Rajneet a eu 14 ans le 14 octobre. Lovepreet en a presque 16. Leurs parents ont 38 et 41 ans. Ils ont aussi ici un fils de 10 ans (au foot cet après-midi-là).

 

Ils sont sikhs, originaires du Penjab en Inde (voir infos en fin d’article). Le père était agriculteur et chauffeur. Pour des raisons politiques, ils ont dû fuir leur pays et sont partis avec quatre valises. Ils sont arrivés en France il y a deux ans, sans famille ni amis, ni même leurs passeports. Sans parler la langue non plus. Ils ont demandé l’asile politique mais, pour l’instant, leur demande n’a pas été “écoutée”.

 

4ine-SEANCE DE THE

Le thé indien chauffé dans le micro-ondes, seul appareil culinaire toléré dans l’hôtel.

 

Rajneet nous montre un tour avec une cuillère, Lovepreet sa broderie.

 

À leur arrivée en France, Rajneet et Lovepreet parlaient le penjabi, l’hindi, l’urdu et l’anglais. Elles parlent maintenant en plus le français et l’allemand pour Rajneet, et l’espagnol pour Lovepreet.

Elles ont été quelques mois dans une classe d’intégration. Elles sont prises en charge aussi par tout un réseau de soutien qui leur permet de rattraper leur retard. Brillantes et extrêmement motivées, elles ont rapidement intégré une classe normale et sont toutes les deux premières de leur classe. Elles travaillent dur, jusqu’à tard le soir et font leur devoir sur le grand lit car il n’y a pas la place pour une table ou une chaise. Le matin, elles prennent un bus à 7 heures pour aller rejoindre leur collège qui est loin de chez elles. Malgré toutes les conditions très précaires dans lesquelles vit la famille, elles ont le sourire et ne se plaignent pas, avec déjà des rêves d’avenir bien arrêtés. Lovepreet sera chirurgien. Rajneet ingénieur en télécoms.

 

Tout un groupe d’amis les soutiennent et ont organisé l’anniversaire de Rajneet.

 

Bonne chance Rajneet et Lovepreet !


Rajneet Kaur Singh

 

Infos sur le Penjab (source Wikipédia)

Patrie des sikhs, le Panjâb – ou Penjab, littéralement l’État des cinq, panch, rivières, âb – est situé au nord-ouest de l’Inde.

Le Penjab original a été partagé entre l’Inde et le Pakistan lors de la partition qui a accompagné l’indépendance des deux nations.

Le Pakistan possède ainsi une province aussi appelée Penjab.

Cet article est tiré du numéro 4 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Cuisine imaginaire

Un cuisinier de métier ou un amateur éclairé nous livre une de ses recettes. Mais la condition est qu’elle soit inventée. Qu’on ne puisse pas la trouver dans les livres.

Charlotte violette chocolat

 

Une recette de filles (gourmandes). Une recette à la fleur et au chocolat imaginée comme une histoire de filles par Élise et Élise.

Élise et Elise cuisinent en écoutant Le sac des filles de Camille et en papotant. Enfin, l’une cuisine et l’autre prend les photos… Puis pendant que Charlotte se repose dans le frigo, elles vont voir leurs copains en métro et rentrent en vélo…

 

Panier :

. une soixantaine de boudoirs (attention des boudoirs, pas des biscuits à la cuillère)
. 500 g de fromage blanc
. 40 g de chocolat noir
. 3 feuilles de gélatine
. 3 blancs d’œufs
. 5 cuillerées à soupe de sucre
. 70 g de bonbons à la violette
. sirop de violette (si nécessaire)

 

La recette

1) Faire tremper la gélatine dans un bol d’eau froide.

2) Mélanger le fromage blanc avec le sucre.

3) Broyer les bonbons au mixeur, puis les faire chauffer dans un peu d’eau.

4) Porter à ébullition, jusqu’à la dissolution des morceaux de bonbons.

 

 

5) Presser la gélatine dans vos mains pour l’égoutter et ajouter la moitié du sirop encore chaud.

6) Bien mélanger et ajouter à la préparation au fromage blanc.

 

 

7) Râper le chocolat assez grossièrement et mélanger délicatement au reste.

8) Monter les blancs en neige bien ferme, et incorporer en soulevant.

 

 

9) Dissoudre le reste du sirop dans un peu d’eau, y tremper légèrement les boudoirs (sans trop imbiber !!), et en garnir le moule à charlotte. S’il manque un peu de sirop, vous pouvez compléter avec du sirop de violette (en vente en supermarché).

 

 

10) Verser la moitié de la crème, couvrir de boudoirs, verser le reste, et recouvrir encore. Protéger avec du film alimentaire et placer au frigo toute la nuit.

 

 

11) Pour le démoulage, faire glisser un couteau le long de la charlotte pour la décoller, puis tremper le fond du moule dans de l’eau chaude. Placer une assiette sur le moule, et retourner rapidement. Enlever doucement le moule… et servir !!!

 

 

7-FINI

Dommage, vous n’avez pas été aussi rapide que les gourmandes !

 

EliseS

Élise & Élise

 

Photos © Élise Pallot, montage © 4ine.

Cet article est tiré du numéro 4 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Ma photo préférée

La règle du jeu : un(e) photographe de métier nous présente parmi toutes ses créations celle qui a sa préférence.
Et il (elle) nous explique pourquoi c’est celle-ci plutôt qu’une autre.

« Sans titre »

 

Laurent Audinet a longtemps hésité pour finalement me donner une photo très personnelle.

 

 

Cette photo en noir et blanc a été prise dans un café lors d’un week-end à deux dans une petite ville de Normandie dont Laurent a oublié le nom. C’était une petite ville de bord de mer en hiver.

Cette photo fait partie de ce qu’il appelle son “petit journal intime”. Dans ce journal, les photos n’ont pas de liens particuliers entre elles, mais elles ont toutes une signification particulière.

Choisir sa photo préférée est un exercice difficile, paraît-il. Il a choisi celle-ci parce qu’en cherchant, il s’est replongé dans ses souvenirs et a décidé de choisir un état d’âme plutôt qu’une photo. Cette photo-ci est de facture assez classique, plus émotionnelle qu’esthétique.

Pour Laurent, la photo est une mémoire qui capte et garde des moments. Et elle permet à d’autres d’y projeter leur propre histoire.

 


Laurent Audinet

Laurent vient d’avoir 40 ans. Après une école de cinéma, il découvre la photo par nécessité en faisant des photos de mariage. Il décide de faire les Gobelins, puis apprend le métier en agence.

Free-lance depuis trois ans, il mène en parallèle son travail de photo d’illustrations pour des agences et ses recherches personnelles.

Première exposition en 2006 à l’Hôpital Robert Debré sur les prématurés.

Laurent travaille actuellement sur une exposition de portraits de Japonais en Île-de-France.

Cet article est tiré du numéro 4 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Petit mystère de la Nature

On l’a certainement appris à l’école. Ou par un grand-parent plus patient que les autres. Mais on a un peu oublié.

Et on s’est senti trop grand pour oser demander de nous l’expliquer encore une fois.
Nous avons décidé de prendre notre courage à deux mains pour reposer la question et savoir enfin. Une bonne fois pour toutes.

Un monde sans miel ?

 

Quatrième petit mystère :
“la disparition des abeilles”

JP Gené dans sa rubrique hebdomadaire « goûts » du Monde 2 lance un cri d’alarme. « Alerte sur les abeilles ! Dans le monde entier les ruches se vident, les abeilles disparaissent. Or 80 % des espèces de plantes à fleurs dépendent d’elles pour être pollinisées : sans abeilles, ni fruits ni légumes… »

Ni miel non plus, pensais-je. Certains diront que nous n’avons qu’à manger à la place de la confiture de myrtilles ou du Nutella.

 

Gerard_Cambon_miel

© Gérard Cambon.

 

Mais au fait pourquoi les abeilles font-elles du miel ?

Mélipone, qui en consomme à lui seul des quantités fort peu raisonnables, va tout nous expliquer.

Parmi les quatre espèces d’abeilles qui existent sur notre planète, deux seulement, dont celle de nos régions (l’Apis mellifera), ont accepté de vivre en colonie dans les ruches fournies par l’homme sans cependant modifier leur comportement naturel.

Une colonie d’abeilles est constituée d’individus différenciés, mâles, ouvrières et reine, qui entretiennent entre eux des relations sociales permettant une survie de la colonie sur le long terme alors que chaque individu n’a qu’une vie éphémère.

Lors des opérations de butinage des fleurs, les ouvrières utilisent des organes très spécialisés adaptés à la collecte du nectar (langue longue et jabot) ou du pollen (corbeilles et brosses sur leurs pattes postérieures). Nectar et pollen constituent respectivement leur principale source de glucides (sucres du miel) et de protéines. L’abeille profite des grandes miellées des plantes à fleurs naturelles ou cultivées pour amasser, sous forme de miel, les réserves nécessaires à la couverture de ses besoins nutritionnels notamment hivernaux. Mais son instinct boulimique la conduit à amasser dans la ruche bien au-delà de ses stricts besoins, ce qui va permettre à l’apiculteur de prélever une partie du miel sans mettre en danger la vie de la colonie.

 

 

Cependant, le rôle des abeilles en agriculture ne saurait se résumer à la seule production directe de la ruche. Les abeilles jouent en effet un rôle primordial dans la pollinisation des plantes à fleurs. La pollinisation est un processus de transport des grains de pollen depuis les organes mâles vers les organes femelles de la fleur, ce qui assure la fécondation des plantes et la production de graines. Parmi les différents processus de pollinisation (animaux, vent, eau), celui impliquant les insectes, et plus particulièrement les abeilles, est essentiel pour la production de semences, l’arboriculture fruitière et les cultures sous abri : en faisant leur marché sur les fleurs, les abeilles laissent tomber involontairement de leurs « corbeilles » du pollen sur les organes femelles d’une même fleur ou d’une fleur de la même espèce et assurent ainsi leur fécondation.

Durant les années 1960 à 1980, la modernisation de l’agriculture (destruction des haies dans le cadre du remembrement, emploi inconsidéré d’herbicides et d’insecticides) a entraîné un phénomène inquiétant de surmortalité et de dépérissement des insectes pollinisateurs et notamment des abeilles.

Des voix ont commencé à s’élever pour parler des conséquences néfastes de ce phénomène. Tout d’abord, celles des apiculteurs, touchés directement (diminution sensible de la récolte de miel), puis des agriculteurs (diminution des rendements par défaut de pollinisation notamment dans le cadre de la production de semences et des cultures fruitières). Même le grand public constate la régression de la diversité des couleurs dans les paysages prairiaux (la disparition des abeilles n’en étant pas bien sûr – et hélas – le seul facteur).

Mais c’est surtout l’humanité en charge de préserver la biodiversité et donc la qualité de la vie terrestre qui essaie de tirer la sonnette d’alarme : les insectes pollinisateurs, en participant à la biodiversité, jouent un rôle non seulement dans la lutte contre les désastres environnementaux liés aux maladies mais aussi dans le maintien de la plasticité des plantes face aux évolutions climatiques.

Cette prise de conscience devrait amener l’homme à modifier encore plus rapidement son comportement vis-à-vis des abeilles, et plus généralement des insectes, pour les réintégrer dans un monde où ils avaient leur place.

 

Ruche ayant perdu ses habitants.

 

Deux articles pour en savoir plus :

JP Gené, “Alerte sur les abeilles”, Le Monde 2, n° 176, « goûts ».
Gaëlle Dupont, “Les abeilles malades de l’homme“, Le Monde du 30 août 2007.

 


Mélipone

Chercheur honoraire en nutrition animale (ruminants).

La retraite lui laisse peu de temps pour écrire pour Les mots des anges...

Cet article est tiré du numéro 4 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités

Mot & merveilles

Un mot plutôt qu’un autre. Pourquoi un mot nous parle-t-il plus qu’un autre ? Pourquoi nous interpelle-t-il ?
Est-ce sa musicalité, son sens ou son histoire qui nous le font préférer à tous les autres ?

Deux invité(e)s se prêtent au jeu, l’un(e) pour l’écrire, l’autre pour l’illustrer, mais sans se concerter !

Écran

Claudine Verdickt nous dit ce qui se cache derrière le mot Écran. Oliver White l’a illustré. Ils ont travaillé chacun de leur côté pour avoir une plus grande liberté.

 


“Écran”, illustration d’Oliver White.

 


Oliver White

 

 

Écran n. m. (escren : fin XIIIe – néerlandais scherm « paravent »)

La surface de projection, sur laquelle on projette ses images,
ses fantasmes, ses idoles, ses convictions, ses rêves, ses films,
L’écran noir des nuits blanches de Nougaro,
Sur lequel on se fait du cinéma,
Sans pognon et sans caméra…
Grand écran à L’Écran de Saint-Denis
Petit écran plat…
Capture d’écran sur le site Écrans de Libé

L’écran barrage, écran protection :
Contre le froid, le chaud, écran thermique
Contre le soleil, écran anti-éblouissement
Contre le bruit, écran acoustique

L’écran de l’ordinateur, merveilleux nouvel outil,
De l’entreprise
Derrière lequel on se cache, et qui protège…

Pour qui le bonjour du matin ?
Pour l’écran qui, hélas, ne me répond pas…

Pour qui la question, quand j’ai besoin d’aide ?
Pour un écran qui, parfois, révèle l’intérêt de son propriétaire…

Enjamber l’écran pour rencontrer les yeux de l’autre
Nouvelle gymnastique
Nouvelles mœurs.

Que dire de l’écran tactile ? C’est lui qu’on effleure, désormais,
En restant très loin de l’Être humain.

 


Claudine Verdickt

Cet article est tiré du numéro 4 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imaginé par 4ine et ses invités