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Mot & merveilles

Un mot plutôt qu’un autre. Pourquoi un mot nous parle-t-il plus qu’un autre ? Pourquoi nous interpelle-t-il ?
Est-ce sa musicalité, son sens ou son histoire qui nous le font préférer à tous les autres ?

Deux invité(e)s se prêtent au jeu, l’un(e) pour l’écrire, l’autre pour l’illustrer, mais sans se concerter !

Arabesque

 

Arabesques, encre et crin.
Calligraphie de Stéphanie Devaux

 


Stéphanie Devaux

Artiste calligraphe et plasticienne, Stéphanie Devaux travaille avec la plume et le fil.

Elle pratique la calligraphie depuis une quinzaine d’années, formée auprès de Laurent Pflughaupt, Kitty Sabatier, Brody Neuenschwander…

Stéphanie mêle papier et textile pour créer des compositions picturales et des livres d’artistes.

Elle enseigne aussi la calligraphie occidentale.

 

Ils sont huit. Ont entre 14 et 18 ans. Des ados. À ce titre, et surtout parce que ce sont tous des fous de lecture (et d’écriture), ils ont participé au Prix Clara, prix littéraire de nouvelles d’ados. Et ils en sont les lauréats de l’édition 2012.

Ils en veulent. Le Prix Clara, pour la plupart d’entre eux, ils l’ont tenté deux à trois fois : c’est 600 à 800 participants chaque année, et le jury n’en retient que huit.

Pour Les mots des anges, ils ont réussi à se mettre d’accord sur un mot, et à produire chacun un texte dans un temps record (les vacances de Noël – alors qu’ils devaient sans doute avoir mieux à faire).

Ils nous offrent avec générosité et enthousiasme leurs textes, tous différents mais tous magnifiques. Qu’ils en soient remerciés.

 

Le jour de la remise du Prix Clara, les huit lauréats.

 

Texte 1 : Arabesque (devoir d’arts plastiques)

“Inventez un motif abstrait et donnez-lui un nom”. Noté. Il me reste cinquante minutes. Je suis sans inspiration devant la feuille blanche qui me fait presque affront. Un motif abstrait… Il ne me vient que des formes géométriques, ou alors les fleurs affreusement moches et répétitives du papier peint de ma chambre. Je pensais tout d’abord à faire une seule forme étrange, mais ma tentative a avorté. Je me suis donc décidée à faire plusieurs motifs les uns à la suite des autres, ne représentant rien de précis. C’était plus facile à dire qu’à faire… Je levais la tête de temps à autre pour regarder si mes voisins et voisines avaient trouvé des choses intéressantes. Enfin, je ne voyais rien qui m’inspirait. Seulement, eux, ils savaient quoi dessiner. Je ne dois pas avoir beaucoup d’imagination.

Plus que trente minutes. L’inspiration ne me vient toujours pas. Je regarde le bureau du prof qui laisse vagabonder ses yeux au hasard sur les élèves. Il me regarde, et moi je me reconcentre sur ma feuille, histoire de lui faire croire que je cherche…

Le temps passe. Certains ont déjà fini. Je les envie un peu. Et quand bien même j’aurais trouvé un quelconque motif intéressant, il me faudrait lui trouver un titre. Je jette encore une fois un regard sur l’horloge : il me reste dix minutes. Je commence réellement à perdre espoir. Je reprends mon crayon en pensant que mon contact avec lui me donnera une idée, mais rien.

Enfin, pas tout à fait…

Un petit éclair de génie traversa mon esprit. Je me rends compte que, depuis le début de l’heure, je cherchais à faire quelque chose de précis. Abstrait mais précis. C’était contradictoire. Donc, prise au dépourvu par le peu de temps qu’il me reste, je me mets à faire des formes sur le papier avec mon crayon. Des formes plutôt arrondies, qui changent de sens et de direction comme bon me semble. On aurait dit des tiges avec des fleurs, mais ça n’en était pas vraiment. Voilà enfin quelque chose d’abstrait ! Je relâche ma main et regarde mon œuvre, assez fière je dois l’admettre.

Maintenant, le nom. Vite, il ne me reste que quelques minutes. Sur ma feuille, mes “tiges” ont presque l’air de danser. Danser… Une de mes grandes passions ! La danse classique, plus particulièrement. Mais oui ! Je viens d’avoir mon deuxième éclair de génie !

Je décide, finalement, à une minute de la sonnerie, d’appeler mon motif “arabesque”. C’est ma figure préférée en danse.

C’est la fin de l’heure, la sonnerie retentit et je donne mon dessin au prof. Soulagée. Et maintenant persuadée que l’art est tout ce qui me passionne.

 

Enya Van den Abeele, 14 ans.

 

Texte 2 : Arabesque 

Le bois de la barre où est posée ma main gauche me semble mouillé tellement ma paume transpire. Il fait chaud dans la salle. Je monte sur la pointe des pieds pour faire craquer mes chevilles, puis je rebaisse mes épaules et lève ma tête. Je me détends, je peux commencer. Port de bras ; mes muscles se détendent un peu dans ces gestes. Je monte mon pied droit en pointe à la hauteur de mon genou. Ma cheville est tendue au maximum. “Talon en haut et pointe en bas” aurait dit ma professeure. Mais elle n’est pas là, à sa place il y a un jury. Je passe mon pied derrière mon genou. Ma pointe a gardé la même position et je suis toujours en ouverture. Je tremble un peu, l’effort est intense à cause du stress grandissant. Je me replace correctement discrètement et change la position de mon bras droit. Port de bras. Mes demi-pointes me font mal. Je les ai encore trop serrées. Je respire un bon coup et me lance. Ma jambe gauche quitte mon genou et se met en attitude. Ma pointe n’a pas changé, je suis toujours en attitude. Parfait, enfin je crois car chaque muscle, tendon, ligament de mon corps me fait souffrir. Ne pas grimacer, rester impassible et insensible à la douleur. Je continue ; je déplie ma jambe qui se retrouve un peu au dessus de mon bassin. Tout mon corps me fait mal maintenant, j’ai l’impression d’avoir des crampes. Je transpire et le justaucorps me colle à la peau, trempé comme la barre. Je respire calmement, je dois tenir le plus longtemps possible. Mon avenir chez les petits rats se joue maintenant, se joue dans cette arabesque.

 

Anne-Élise Guilbert Tetart, 15 ans.

 

Texte 3 : Arabesque  

Arabesque (n. f.) : ligne sinueuse, de forme élégante (Le Petit Robert, 2006).

Une ligne, élégante, dont la forme régulière laisse rêveur. Comme la fumée d’une cigarette qui s’envole vers le ciel étoilé dans le calme d’une nuit d’été. Comme les volutes d’un feu de camp autour duquel sont réunis des amis qui discutent et savourent la simplicité du moment qu’ils partagent. Une autre arabesque, celle d’une jeune fille, qui a quitté le cercle formé autour du feu pour aller danser et exécute avec grâce cette pose de danse, une jambe tendue, l’autre levée en arrière avec souplesse. Bientôt, les arabesques s’entremêlent, les fumées des cigarettes que tiennent les amis vont se mélanger avec celle, plus épaisse, du feu qui crépite devant eux. Quelques filles se lèvent et quittent la chaleur des flammes pour aller rejoindre, à quelques pas de là, celle qui danse, pieds nus dans l’herbe desséchée. Elles l’imitent, tentent de donner à leur corps cette forme élégante que la jeune danseuse a si bien su reproduire. Avec les arabesques, jaillissent les rires des amis, heureux d’être ensemble, d’inventer leur vie à venir, et surtout heureux des rêves et des projets qu’ils ont plein la tête.

Ils ont jeté de l’eau sur le feu, et les arabesques se sont dissoutes dans la nuit. Plus personne ne fume près du foyer éteint, car les amis sont allés s’allonger sur des tapis de sol, là-bas, dans la prairie. Étendus sur le dos, ils se sont endormis, le visage tourné vers les étoiles.

 

Capucine Dao, 17 ans.

 

Texte 4 : Arabesque 

“J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ;
des guirlandes de fenêtre à fenêtre ;
des chaînes d’or d’étoile à étoile ;
et je danse.”
Arthur Rimbaud, Les Illuminations

Si l’on ne dort pas, la nuit, on peut se pencher par la fenêtre et regarder la ville endormie. Parfois, vous ne verrez rien d’autre que l’obscurité, quelques lueurs éclairant certaines fenêtres, en face, quelques fous qui, comme vous, ne dorment pas, et préfèrent rêver éveillés. Mais en d’autres occasions, quand la lune est bleue dans le ciel noir, quand les étoiles capricieuses se décident à briller d’une lueur plus forte, alors vous pourrez peut-être le voir sur les toits.

Il a l’air d’un ange mais il pourrait tout aussi bien être un démon issu de l’imagination la plus obscure. Il est vêtu d’un manteau de fourrure sombre, et sur sa tête, il arbore un magnifique chapeau haut-de-forme en soie noire, directement sorti d’une autre époque. À sa main, une petite canne au pommeau d’argent, le même argent avec lequel furent coulés la lune, et les étoiles, et les astres les plus lointains, un argent qui bleuit quand un regard humain se porte sur lui.

Si donc vous êtes bien à votre fenêtre en cette nuit claire, vous pourrez le voir. Il saute de toit en toit, prenant appui sur sa frêle canne pour franchir les précipices, plus gracile que le vent et pourtant plus fort que l’ouragan. Il s’arrête souvent sur les toits, et alors il se penche au-dessus du vide, et se laisse tomber sur les balcons, sans un bruit, comme une ombre. Il regarde par les fenêtres, celles qui ne sont pas éclairées, celles qui ne cachent pas des fous de la vie, des fous de la nuit, des fous de la plume. Alors on peut le voir se pencher, coller son nez contre la vitre, et souffler doucement… Un sourire étire alors ses lèvres, et il repart gaiement, sautillant de balcon en balcon, de maison en maison, comme porté par un nuage d’argent, esquissant des petits pas de danse au-dessus des rues tourmentées par les voitures et les sirènes, comme arpentant un autre monde. Et vous, vous le voyez accomplir ce ballet en souriant, en vous demandant ce que cela fait d’être touché par ce souffle étrange…

L’homme se rapproche de vous, et alors qu’il esquisse une petite arabesque en s’appuyant sur sa canne, son regard croise le vôtre, et il se fige.

Pendant longtemps, il reste immobile, figé dans les airs dans cette étrange position, sans frémir, sans faiblir. Et vous, vous n’osez plus respirer, vous avez peur que tout cela ne soit qu’un rêve, qu’une illusion, qu’une image que votre souffle pourrait briser en mille morceaux comme un miroir.

Puis soudain, il est là, près de vous, cet homme en noir. Il est assis sur le rebord de la fenêtre, juste à côté de vos bras accoudés, et il vous regarde de ces yeux effrayants qui ont perdu tout de cet air angélique. Vous tremblez, vous aimeriez dire que c’est de froid, mais c’est bien la peur…

“Bonsoir, dit-il.
– Bonsoir, vous balbutiez.
– Que faîtes-vous à m’observer ainsi ? demanda l’homme en croisant les jambes et en allumant une cigarette.
– Je… j’étais intrigué, monsieur.
– Et par quoi donc étiez-vous intrigué ?
– Je me demandais ce que cela faisait si l’on recevait votre souffle… répondez-vous en rougissant.
– Voulez-vous vraiment le savoir ?”

Alors l’homme se penche sur vous, et il souffle, il souffle un air qui ne sent rien de la cigarette, un air qui sent le rêve, et l’oubli, et l’encre, aussi… un air couleur argent.

Et quand vous vous réveillez, vous êtes surpris de vous trouver avachi sur votre bureau, de l’encre plein les mains et un papier collé sur la joue. Vous avez fait un merveilleux voyage, loin de votre chambre, loin de votre vie, vers un endroit atemporel. Et vous vous surprenez à dessiner des petites arabesques dans la marge de ces feuilles sur lesquelles vous avez gratté, gratté, gratté toute la nuit. Alors vous repensez à ce que vous avez vu, cette nuit, et vous ne savez pas s’il s’agit d’un rêve, ou bien si tout cela est réellement advenu.

Et quelque part, sur les toits du monde, l’utopique M. Imaginaire sourit, avant de reprendre sa tournée en esquissant ses petits pas de danse.

 

Pauline Rolland, 18 ans.

 

Texte 5 : Arabesque 

Arpégées, les notes de Debussy tombent goutte à goutte en embruns rapides sur le visage endormi.
Raide, la jambe de la danseuse s’étire dans le dos, lentement, le temps de suspendre si haut… le souffle.
Ardente volute qui fume au-dessus d’elle, par la grâce vaporeuse au bord de chaque mouvement.
Brûlants, les tourbillons. Leurs yeux sans fond aspirent le couple que le peintre a enlacé ; abîmes dorés, hypnotiques.
Epaisses boucles de la toison du faune triste… Sous sa main tendue aux gestes lents et plats, la silhouette de la danseuse s’évanouit.
Spirales entêtantes, l’étreinte rêvée s’évapore.
Quelles courbes plus parfaites que celles qui reposent le long de la femme étendue ?
Urgente, l’accalmie du silence pour chasser la densité bruissante du désir.
Entrelacés, les mots. Les corps au loin, volupté qui fascine, le faune.

N.B. Cet acrostiche peut se relire en écoutant les morceaux Deux Arabesques et Prélude à L’après-midi d’un faune de Claude Debussy ou bien en regardant la chorégraphie de Nijinski sur le Faune, et L’arbre de vie de Klimt.
Ce sont les œuvres qui l’ont inspiré.

 

Clara Prieur, 17 ans.

 

Texte 6 : En attendant Arabesque

Arabesque était en retard, comme d’habitude. Triglyphe et Métope l’attendaient au sommet de la tour Eiffel, serrés contre l’antenne radio. Ni l’un ni l’autre, qui n’étaient après tout que de vieux fantômes grecs, n’appréciaient véritablement ce personnage trop flou et dispersé à leur goût. Leur rigueur et leur droiture s’opposaient à Arabesque la danseuse, Arabesque toute de courbes et de couleurs vêtue, Arabesque l’imprévisible Orientale. Pour dire la vérité, ils se seraient bien passés d’elle et seraient partis sans l’attendre, s’ils avaient pu. Mais non, ils n’avaient pas le choix, devaient patienter.

Être patient, c’était difficile, là où ils étaient. Ils ne disposaient que de peu d’espace, dont ils avaient rapidement fait le tour. Et comme ni l’un ni l’autre n’étaient très bavards, le plaisir simple de discuter n’était même pas envisagé. Alors, ils regardaient la ville en-dessous d’eux. Comme c’était la nuit, elle scintillait de partout. Les lampadaires des avenues traçaient de longues veines pailletées qui traversaient la cité pleine de vie. Il y avait un fleuve aussi, dont ils ne se rappelaient plus le nom, mais ça n’avait aucune importance, et ils y virent, car leur vue était excellente, un couple de cygnes qui évoluait lentement le long des quais. Oui, il y avait bien ces grands oiseaux pâles et royaux sur ce fleuve dénaturé au cœur de cette ville feu d’artifice.

Mais Triglyphe et Métope se lassèrent de simuler la poésie en observant le monde humain à leurs pieds, et à nouveau ils regardèrent devant eux, vers les nuages sans intérêt. Ça faisait déjà un bon bout de temps qu’ils étaient là, si bien qu’ils faillirent en oublier la raison.

– Pourquoi est-ce qu’on est là à ne rien faire, déjà ?
C’était Métope. Il n’avait même pas bougé pour parler. Un moment passa.
– On attend Arabesque.
– Ah, oui, c’est vrai… Arabesque… Pourquoi est-ce qu’on doit l’attendre ?
– C’est comme ça. Tais-toi, il neige.

En effet, le ciel s’était ouvert sur des flocons, légers et fragiles, qui commencèrent à voltiger doucement dans l’air immobile. Leur trajectoire décrivait des courbes imprévisibles, et bientôt Triglyphe et Métope furent couverts d’étoiles blanches. Ce n’était pas qu’ils avaient froid ou le vertige, mais tout de même, s’ils pouvaient partir de cet endroit…

Alors apparut, voltigeant gracieusement avec les flocons, Arabesque la danseuse caramel, l’écume du rire aux lèvres. Tout de même, elle était belle… La rigueur de Triglyphe et Métope s’ébranla.

– C’est pas trop tôt, grommela l’un. Elle, chantait.
– Désolée, je me suis égarée dans un palais doré…
Et ils s’envolèrent.

 

Fanny Perdereau, 17 ans.

 

Texte 7 : Pièce pour une arabesque

Obscurité totale. Seule une veilleuse esquisse deux ombres assises sur un banc.

Voix claire, enfantine (Claire) : Dis Richard… Tu te rappelles que tu m’as promis de m’expliquer tout ce que je ne comprendrais pas ?
Voix âgée, rocailleuse (Richard) : Oui Claire. Qu’est-ce qui te tracasse ?
Claire : Ça veut dire quoi arabesque ? Parce que je l’ai trouvé dans un livre un jour et j’ai jamais su parce qu’après je me suis endormie. Et après j’ai oublié alors tu peux être gentil et me dire c’est quoi ce mot ?
Richard : Arabesques ? Ce sont des ornements de type arabe qui n’avaient à l’époque que pour but de combler l’œil.
Claire : Que ça ? Mais ça veut dire quoi ? Je comprends pas… Et toi Maëlle, tu sais pas ce que c’est ?

Une troisième ombre s’est ajoutée. Peu à peu la lumière gagne en intensité.

Voix chevrotante (Maëlle) : J’ai découvert les couleurs il y a de cela si peu longtemps… le monde m’échappe encore Claire. Je ne te serais d’aucune aide.
Claire : Dites, vous êtes pas marrants ! Richard t’as jamais vu des arabesques ? Ah non c’est vrai t’es aveugle, mais je veux dire tu sais pas ce que c’est ? Parce que j’ai toujours pas compris là !
Richard : A la danse, cela me fait penser à la danse.
Claire : Comme quand on fait la fête et qu’on boit plein de jus d’orange avec plein de musique ? J’adore les fêtes moi !

Elle rit, d’un rire cristallin, et les deux autres ombres la couvrent d’un regard affectueux.

Richard : Non plutôt le ballet, ma petite.
Maëlle : Pour moi, c’est une route. Pavée de couleurs. Un chemin arc-en-ciel.
Richard : Ce peut être aussi la vie. Le vol des oiseaux, les gestes amoureux, les plantes, le moutonnement des nuages… tout est arabesque.
Maëlle : Non, ce ne peut être qu’une voie. Tressée d’étoiles et d’avenir, sinueuse et courbe comme la vie.

La lumière éclaire la scène. Sous les pieds des personnages, une route arc-en-ciel trace un chemin dans l’obscurité et rayonne.

Richard : Peut-être que c’est une voie. Mais pour aller où Maëlle ?
Maëlle : Pour vivre.
Richard : Mais dans quel univers ?
Claire s’exclame : Dans le Livre bien sûr !

 

Alexandre Imbert, 17 ans.

 

Texte 8 : Arabesque (pastiche)

Poème inédit de Charles Baudelaire, écrit semble-t-il au tout début des années 1840, retrouvé et annoté par Sarah Léon.

Exquise enchanteresse1, ô vierge d’In Salah2,
Dis, pourquoi danses-tu comme une barbaresque,
Toi dont la chevelure et les yeux semblent presque
Ressusciter Marie, enfin, de Magdala3 ?

Ton voile tourbillonne, odorant falbala ;
Ses ondulations4 sont d’un beau pittoresque.
Mais pourquoi danses-tu sur un rythme5 moresque ?
Car enfin tu le sais : ta place n’est pas là !

Je te vois bien plutôt couchée, ô jeune reine,
Sur l’un de ces divans dont la douceur entraîne
Aux chastes voluptés. – À moins que tu ne sois,

Comme une courtisane au destin romanesque,
Contrainte d’exhiber sans en avoir le choix,
La précoce impudeur d’une molle arabesque6.

1. Baudelaire conjoindra ce second mot et l’avant-dernier (“molle”) dans son poème “Le Beau Navire” :
“Je veux te raconter, ô molle enchanteresse !”…
2. Oasis du Sahara algérien.
3. Il s’agit de Marie-Madeleine, la pécheresse aimée de Jésus.
4. Appréciez la diérèse.
5. Nous nous en tenons ici à l’orthographe originale.
6. On notera que le poème s’ouvre sur le son “exq” et se termine sur le son “esq”.

 

Sarah Léon, 17 ans.

 

La cérémonie de la remise du Prix.

 

L’édition 2012 (Éditions Éloïse d’Ormesson).

 

Et enfin, un grand merci à Gérard Cambon, le photographe officiel du Prix Clara,
pour sa générosité.
www.gerardcambon.net

 

Cet article est tir du numro 17 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imagin par 4ine et ses invits
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