WEBZINE N° 15
Été 2012
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Ma photo préférée

La règle du jeu : un(e) photographe de métier nous présente parmi toutes ses créations celle qui a sa préférence.
Et il (elle) nous explique pourquoi c’est celle-ci plutôt qu’une autre.

Urga, 2008

 

C’est en voyant un article sur son expo que j’ai eu envie de rencontrer Patrice Bouvier. Des triptyques sur les femmes clowns. Les femmes clowns, vous en aviez déjà entendu parler ? Patrice, qui les suit depuis 2006 et les photographie avec justesse et tendresse sur les planches et dans les coulisses, nous offre le portrait de l’une d’elles, Urga.

 

les_Mots_des_anges_Patrick-Bouvier.jpg

 

C’est à la fin du XVIIIe siècle que Philip Astley crée la version du cirque que nous connaissons actuellement. Très rapidement, un personnage issu du public installe une dimension humaine de rire et d’humour entre les numéros de voltiges équestres. Le clod, le “cul-terreux” en anglais, devient clown, et en français M. Claune, le paysan.

Muet, il fera donc rire par ses mimiques et ses prouesses physiques. Avec le langage, l’auguste naît. Auguste vient de l’argot berlinois qui signifie “idiot”. Fort porté sur la boisson, son nez rougeoyant devient cette protubérance emblématique.

Traditionnellement masculin, le clown était celui qui savait tout faire dans le cirque. Voltigeur, acrobate, musicien, il assurait les transitions entre les numéros. Agent de liaison et d’humanisation vis-à-vis du public, il transformait les peurs en rires. Lorsqu’un incident survenait, ou qu’un artiste était malade, il le remplaçait au débotté.

Cette lourde charge, qui nécessitait un talent particulier, tirait sa force et son inspiration d’un travail quotidien dans l’univers du cirque.

Quant aux femmes clowns, il n’y en avait pas. C’est Annie Fratellini, avec son auguste, qui a commencé, mais son clown ne différait guère de celui de ses homologues masculins.

Lassées des lazzi* traditionnels, la jeune relève, une dizaine de femmes en France, qui vient souvent d’univers différents (chant, comédie ou mime), a réinventé le personnage du clown au féminin. Un clown qui n’a plus rien à voir avec les clowns masculins.

Elles ont décidé à un moment de privilégier le corps comme moyen d’expression.

 

“Le clown, c’est la marionnette de la comédienne” dit l’une d’elles.

 

Chaque fille cherche son clown. Le clown doit raconter une histoire avec le corps plus qu’avec les mots.

Patrice Bouvier dit que cela fonctionne, ou pas. C’est magique et il n’y a pas de secret. Chaque femme met sa vie dans un autre personnage qu’elle incarne.

Développant un caractère unique, c’est dans leur univers au jour le jour, dans leur perception du monde, dans leur intimité qu’elles puisent leur propre écriture. Elles partent souvent du rôle d’une femme au quotidien. Cette femme veut faire comme les autres mais sa maladresse, son inadaptation à la vie formatée font que les situations les plus banales dégénèrent et deviennent vite déjantées, aberrantes, hilarantes.

Patrice Bouvier, en les photographiant, donne envie de découvrir ces personnages uniques et nécessaires.

 

* Les lazzi – de l’italien lazzo : lien – sont, dans le théâtre all’improviso, la commedia dell’arte, toutes sortes de plaisanteries burlesques, soit en paroles, soit en actions, des jeux de mots, des grimaces, des gestes grotesques et jusqu’à des détails de farces de tréteaux.

 


Patrice Bouvier

Patrice Bouvier est photographe indépendant, membre de l'agence Gamma-rapho.

Il photographie le monde du cirque depuis plus de trente ans.

En 1980, suite à un reportage sur le célèbre clown Achille Zavatta pour ELLE, il décide de le suivre pendant un an et de partager la vie itinérante de ce personnage mythique et de son cirque. De cette rencontre, il en a tiré un livre « Le Cirque d'Achille Zavatta au quotidien » (Édition Contrejour, 1981).

Cirque, fêtes foraines, contorsionnistes : il s'empare de tous ces sujets et, depuis 2006, suit les femmes clowns.

Ce travail a donné lieu à une exposition itinérante, présentée la première fois à Aurillac en 2010 lors du Festival de théâtre de rue.

Cet article est tir du numro 15 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imagin par 4ine et ses invits
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