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Ma photo préférée

La règle du jeu : un(e) photographe de métier nous présente parmi toutes ses créations celle qui a sa préférence.
Et il (elle) nous explique pourquoi c’est celle-ci plutôt qu’une autre.

Rime croisée

 

Avec Thami Benkirane, la rencontre ne s’est faite que par échange d’e-mails. Mais il y en a eu plusieurs et cela a toujours été un plaisir de lire au bas de l’e-mail des phrases du style “À très bientôt et que la Lumière, chère aux photographes, baigne vos pas et la prunelle de votre cœur” ou “Bonne après-midi lumineuse !”.

J’ai découvert le travail de Thami au travers de ses blogs (il en a plusieurs !!!) et j’ai adoré la richesse des couleurs et des techniques expérimentées, la sensibilité de l’approche et l’empathie pour les sujets notamment. J’ai même fait une liste à Thami des photos que j’avais repérées et que j’aimais plus particulièrement. Pour l’une d’entre elles qui n’était pas affichée,  je n’ai lu que le titre mais je me suis dit que cela pourrait être “La” photo pour les Mots des anges : Tête-à-tête avec l’ange. Thami me répondit : “Au départ, elle faisait partie d’une série exposée dans le cadre de la biennale de Bamako (2003) consacrée à la thématique “Rites sacrés, rites profanes”. Elle est dans mes archives. Et il va falloir que je la cherche pour mettre la main et les yeux dessus !”.

Quelques e-mails plus tard, voilà ce qui fut décidé…

 

 

Je me suis alors souvenue que la règle du jeu de cette rubrique, c’est le photographe qui choisit et qui explique son choix. Thami : “Comme vous me laissez les coudées franches, ça va être difficile d’effectuer un choix. En fait, il va falloir que je choisisse subjectivement la meilleure photo dans une série donnée. Après une nouvelle virée dans le désert, j’ai opté pour une image qui fait partie de la série des billes.”

 

La série avec les billes est au départ une histoire de cuisine.

“En fait, nous étions tout un groupe d’amis cosmopolite (Français, Norvégiens, Japonais et Marocains) venus passer le réveillon dans le désert. Le matin en question, ils sont tous partis marcher dans les dunes et monter sur la plus haute. J’étais resté tout seul à l’auberge avec la charge de préparer un couscous pour le déjeuner.

La cuisine se faisait dans une pièce avec une fenêtre en fer forgé qui donnait directement sur le paysage dunaire. Tout en surveillant la cuisson des aliments, j’ai sorti trois billes de ma poche, les ai calées dans le fer forgé de la fenêtre et attendu que quelque chose se passe. Là, il y a des personnes qui sont passées et qui se sont tout naturellement incrustées dans les 3 billes !”

 

Depuis, Thami s’amuse avec ses billes. Il essaye d’intervenir sur le paysage, ce qui correspond à une démarche résolument inscrite aux antipodes de la photographie réaliste ou documentaire.

La préférée de la série s’appelle Rime croisée car la bille transparente a la propriété d’inverser le monde que nous voyons. Du coup, dans cette image, nous avons de haut en bas, le ciel bleu, le jaune de la dune inscrit dans le haut de la bille, ensuite le bleu du ciel et enfin le sable jaune… ça fonctionne comme une rime croisée abab.

Elle a été faite dans le désert du Sud-Est marocain dans les dunes de l’erg Chebbi. Thami y va depuis seize ans, à dates fixes et sur les mêmes lieux pour exacerber le regard et observer dans la durée un sujet, un objet ou un fragment quelconque du monde sensible afin d’en donner une image qui représente la métaphore décantée de son essence.

La photo a été prise loin de toute oasis et exactement à la limite qui sépare erg et reg (d’où la présence de ces petits rochers d’origine volcanique qui font office de support). Sa date de réalisation est située dans la dernière semaine de décembre. Vu la lumière abondante qui la baigne, elle a été prise le matin sur les coups de 9 heures.

Cette photo a été primée “meilleure photo paysage” au Salon national Photo du Maroc.

 


Thami Benkirane

Thami Benkirane est né un 21 décembre à Fès au Maroc. Après l’obtention du baccalauréat en 1973, il a poursuivi des études supérieures à l’université de Provence, à Aix-en-Provence. Son initiation à la photographie s’est faite dans le cadre du photo club de cette université (prise de vue, technique photo, laboratoire noir et blanc, etc.).

De retour au Maroc, nommé professeur à la faculté des lettres et des sciences humaines de Fès où il enseigne la phonétique, la phonologie et la photographie, Thami entame son premier travail photographique en 1984 sur le graffiti végétal. Cela donne lieu à un ensemble d'expositions au Maroc et à l'étranger.

Par ailleurs, il développe depuis une douzaine d'années un autre travail sur le désert qui s'apparente davantage au land art. Ses photographies procèdent de l'expérimentation et ne s'inscrivent nullement dans une démarche documentaire. Cela dit, il lui arrive – éclectisme oblige – de couvrir un sujet dans la pure tradition du reportage.

Cet article est tir du numro 10 du webzine https://www.lesmotsdesanges.com/V2 imagin par 4ine et ses invits
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